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L. de-Milloué, Histoire des religions de DP Inde, p

122 L’ART INDDPEN.

On ne connait aucune de ces anciennes statues, et la légende se trouve la, comme presque toujours,’en contradiction flagrante- avec la vraisemblance, sinon avec la vérité. En effet, la piété des premiers bouddhistes se refusa a figurer le maitre, elle se contenta de le représenter par des symboles, qui furent des pieds humains, avec des marques liturgiques, ou un éléphant. Mais on peut croire que des statues de divinités brahmaniques existaient alors dans les temples et quelles servirent de modéles aux artistes qui travaillérent, par la suite, aux topes bouddhiques, suivant les principes-d’un art national déja maitre de lui et sur lequel vinrent influer, plus tard, et seulement en certaines régions, les principes de l’art grec amenés par Pinvasion macédonienne et le mouvement commercial qui se faisait par la Bactriane, comme nous lavons précédemment mentionné.

Les données chronologiques permettant de dater les ceuvres de la sculpture hindoue sont parfaitement incertaines. Les plus anciennes sculptures ne sont, dailleurs, pas toujours les meilleures. Si la tradition demeure a peu prés immuable, la valeur des exécutants est tres inégale. On doit dire aussi que les basreliefs et les statues ne sont pas nécessairement contemporains des monuments qu’ils compleétent, et que des images de divinités pouraniques sont venues orner des caves bouddhiques qui leur étaient bien ant€rieures, ‘comme a Ellora et dans bien d’autres lieux. Bien avant Pintrusion de l’art hellénique, Inde possédait son art national, dont l’exubérance, la puissance et le sensualisme sont les qualités dominantes et qui lui donnent

ce caractére réellement oriental par lequel ce pays se rattache 4 la Babylonie et 4 l’Assyrie.

On est aujourd’hui d’accord pour reconnaitre que

FIG. 33. — BOUDDHA DE SfKRIe (Grande Encyclopédie.)

Part grec avait déja pénétré dans le nord de I’Inde avant la conquéte d’Alexandre. Les belles sculptures découvertes a Peeshawer, dans le Pendjab, sont considérées

comme étant contemporaines d’Acoka, elles peuvent €tre plus anciennes. Leur caractére est nettement occidental. Le Bouddha ascéte de Sikri (fig. 33), une des plus précieuses piéces du Musée de Lahore, peut étre pris comme exemple. La tradition académique, si Pon peut dire, y éclate dans l’exagération minutieuse des détails anatomiques, le parti pris de régularité dans les draperies, le rapport exact des proportions, le manque @originalité général. Le bas-relief de la plinthe est dune banalité désolante. N’étaient Je nimbe, l’arrangement des cheveux, on: pourrait prendre cette statue pour quelque médiocre étude occidentale, sans date, dont on peut dire, non sans indulgence, qu’elle est hybride « et d’un singulier et puissant effet! ». Les plus belles productions de I’art indo-grec sont les basreliefs d’Amravati, ot se trouvent heureusement com-

1. Sylvain Lévi, id. ibid., p. 709, col. 2. Le méme auteur a dit avec raison : « L?invasion de l’art hellénique a fait dévier le développement indigéne. Le Pendjab, comme Afghanistan, pare ses. monasteres et ses palais-de pastiches classiques ;: le Bouddha erhprunte le type d’Apolion; le vieux Sourya vedique monte dans le char d’Helios. » (id. ibid.). — Cf. E. Sénart, loc. cit., p. 54: « A vrai -dire, plusieurs ceuyres n’ont rien d’indou que le lieu de leur découverte; mais c’est un art dont les ceuvres mixtes font rapidement retour au pur style local, et qui parait avoir disparu bien vite, sans faire, a notre connaissance, souche d’un développement indépendant et durable. » Cette influence apparait nettement dans les médaillons de Bouddha-Gaya (fig. 37, 38, etc.), ol se retrouve aussi la tradition gréco-persané, comme aussi dans les poteries de Surate (p. 158). Ou bien ce sont des ceuvres grecques copiées servilement, si elles ne viennent pas d’Occident, comme la patére en argent du South Kensington Museum (fig. 109) qui: représente une pompe bachique. Le style général dés figures indique l’époque de la décadencé classique, comme dans la chasse bouddhique du méme musée (fig. 34).

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LA SCULPTURE. Beak ga.

binés les éléments de lart national et de Vart étranger, et aussi les sculptures de Peeshawer, ot prédomine l’influence hindoue. La le canon grec est respecté dans

les proportions des figures, mais le type-ethnique indigéne respecté donne 4 l’ceuvre un caractére personnel. Suivant la tradition chére a Vancienne Egypte, le Bouddha apparait entouré de personnages minuscules parmi lesquels. il se distingue par sa stature gigantesque. Une rondeur déja exagérée empate les membres, le corps, les saillies musculaires ne s’accusent plus. Une magnifique. statue des environs de Muttra, que G. Le Bon EUG 3?

‘date du vie siécle de notre Seed aang eon ére!, montre une des plus

parfaites productions de cet art hybride. Crest un Boud- | bi dha, de grandeur naturelle, appuyé contre un vaste. nimbe circulaire délicatement ouvragé par zones concentriques. Le corps, long et délicat, est voilé par une: étroite tunique dont les plis fins, ondulés, presque symétriques, laissent deviner les formes. La téte, d'un modelé un peu mou, présente ce type désormais classique de tous’ les Bouddhas de l’extréme Orient, a expression tout a la fois vague et sereine. Le lobe de Poreille, démesurément allonge, ouvert, descend jus- 4

. Voir a belle: figure qu’en a donnée cet auteur, loc, ois an

fis. oe 295.

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