‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 108 sur 159 · CABINET EN LAQUE NOIR INCRUSTÉ DE BURGAU, PAR KÔHI (XV II0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

CABINET EN LAQUE NOIR INCRUSTÉ DE BURGAU, PAR KÔHI (XV II0 SIÈCLE

(Collection de M. Louis Gonse.)

près abandonné.

Cinq ou six

belles pièces du temps de Yoshimasa se trouvent précieusement conservées dans les collections parisiennes. L'une des plus remar-

2oo L'ART JAPONAIS.

quables est celle dont nous reproduisons ici l'intérieur du couvercle. C'est une boîte ronde en laque d'or vert à mosaïque d'or et d'argent, figurant, à l'extérieur, le décor traditionnel des miroirs métalliques. A l'intérieur du couvercle, qui représente la glace du miroir, on voit une figure de musicien aveugle jouant de la biva, en costume de cour. Cette figure, en laque frotté et dégradé de différents tons, se détache sur un fond de laque d'argent doucement vermeille et imite d'une manière admirable une image vue en reflet sur la surface du miroir.

Aucun nom d'artiste laqueur antérieur au xvie siècle ne nous est parvenu; on ne signale aucune pièce portant une signature.

Le nom illustre de Kôëtsou jette son éclat sur la fin du xvie siècle. J'ai parlé de lui au chapitre de la Peinture. Mais c'est surtout comme laqueur qu'il s'est rendu célèbre. Son influence a eu une action décisive sur le développement de cette industrie. La plupart des excellents laqueurs du xvne siècle sortent de son atelier ou de son •j^ école. Il a élargi le style de ses prédécesseurs et l'a élevé yl^ au niveau du plus grand art. Le premier, il a exécuté

p des compositions qui sont de véritables peintures. Ses \ SL± suJets en haut relief sont d'une ampleur de dessin et koetsou. d'une netteté d'exécution qui, on peut le dire, n'ont jamais été surpassées. J'ai à peine besoin de remarquer que ses œuvres sont de la plus insigne rareté. La collection de Mme Louis Cahen renferme une boîte ronde, décorée sur le dessus de deux personnages à cheval, en laque de relief de différents tons. Cette magnifique pièce porte, suivant l'opinion des connaisseurs japonais, tous les signes de la manière de Kôëtsou. Elle se rapproche, en effet, beaucoup de l'encrier que nous reproduisons en couleurs (voir la pi. II des chromolithographies, Ier vol., p. 218) et qui a l'inestimable avantage de porter la signature et le cachet du maître. Ce chef-d'œuvre, en laque noir miroir, est encadré d'une fine bordure

BOITE A GATEAUX EN LAQUE VERT INCRUSTÉ ET AVENTURINÉ D'ARGENT SUR FOND DE LAQUE NOIR, AVEC LES ARMOIRIES DE CHRYSANTHÈME EN LAQUE D'OR (TRAVAIL DU XVIIe SIÈCLE).

( Collection de M. S. Bing. )

en aventurine d'or et décoré d'un Lakan et de deux-enfants endormis près d'un tigre, en laque d'or de haut relief. Kôëtsou a exprimé d'une manière admirable le calme du sommeil au milieu de la nuit. Le travail, regardé à la loupe, est d'une précision et d'une souplesse merveilleuses.

J'attribuerais volontiers à la main de Kôëtsou une boîte en laque noir uni de la plus grande beauté, appartenant à M. Charles Haviland. L'intérieur, tout en laque d'or, est d'un ton éblouissant. Le contraste de cette simplicité extérieure et de cette richesse, dissimulée avec un soin presque jaloux, est d'un effet unique.

A partir de Yéyas le goût des objets en laque se répand dans tout le Japon et s'applique à tous les usages de la vie. On laque les colonnes, les portes et les autels des temples bouddhiques, les intérieurs des palais, les ponts, les chaises à porteurs (norimons), les voitures de cérémonie, les étagères, les cabinets, les coffres de voyage, les porte-sabres, les porte-bouquets, les selles et les étriers, les tabourets, les plateaux, les boîtes à lettres, les boîtes à gâteaux, les peignes, etc. Shiounshio, appelé de Kioto par le Shiogoun, fonde l'école de Yédo, qui se distingue dès le début par une manière plus large de comprendre le décor et par une grande liberté de méthodes. L'atelier de cet éminent artiste existait encore au milieu du xvuie siècle. Shiounshio II, Shiounshio III et JLlU Shiounshio IV n'étaient guère moins habiles que Shiounshio Ier. On rencontre quelques œuvres authentiques de ce dernier dans les collections parisiennes ; deux ou trois d'entre elles sont signées et permettent de déterminer les autres. Une des plus belles pièces appartient à M. Haviland ; c'est un grand encrier en laque noir décoré d'un paravent en laque uni de différents tons, copie d'un original de Kano Motonobou. M. Burty et M. Alph. Hirsch possèdent deux petites boîtes décorées d'un semis dz feuilles de momidji qui sont d'une qualité superlative et que j'attribue sans

LES LAQUES

hésitation à la main de Shiounshio. La belle boîte que nous reproduisons à la page 201 pourrait encore être de lui, avant qu'il ait quitté Kioto. Le troisième Shiogoun Yémitsou a porté à son plus haut point de développement l'industrie des laques. Sous son impulsion féconde les ateliers de Yédo rivalisaient d'ardeur avec ceux de Kioto. Les laques dits de l'époque du Sandaï Shiogoun ont conservé la faveur des délicats. Ils atteignent, et à juste titre, les prix les plus élevés. L'exécution en était d'une qualité irréprochable et pouvait, jusqu'à un certain point, se comparer à celle des chefs-d'œuvre du temps de Yoshimasa. Ils avaient en plus l'élégance suprême qui caractérise cette époque raffinée.

On cite à ce moment le nom de Shimidzou

Youhô. Un peu plus tard Kôhi, de Kioto, puis

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