j-t Yoseï, de Nagasaki, se sont distingués par
^^Sr l'originalité de leurs œuvres. Le premier
S* ne travaillait guère que pour l'empereur.
yjr* II est célèbre pour ses laques noirs déco-
AV/Sa rés des plus fines et des plus chatoyan-
yoseï. tes compositions en incrustations de
nacre. Les pièces authentiques de Kôhi sont de la INR0 EN LAQUE d'argent>
r PAR RITSOUÔ (172O).
plus extrême rareté. Yoseï a importé au Japon (Cou«ction de m. n. but:,.» le laque rouge sculpté, dit laque de Pékin, dont il a perfectionné la fabrication au point d'en être considéré comme l'inventeur. Ses beaux rouges vibrants de cire à cacheter, son travail gras, n'ont aucun rapport avec les affreux produits de la Chine. La planche III des chromolithographies reproduit deux pièces authentiques de Yoseï et portant sa signature : une boîte de pharmacie décorée d'une lan-
gouste en relief et une petite bonbonnière de forme hexagonale.
L'époque de Genrokou (fin du xvne siècle et commencement
du xvme) est illustrée par deux maîtres qui comptent parmi les plus
INTÉRIEUR D'ENCRIER EN LAQUE D'OR INCRUSTÉ d'ÉTAIN ET DE NACRE, PAR KÔRIN.
^Collection de M. Louis Gonse.)
originaux et les plus éminents du Japon : j'ai nommé Kôrin et Ritsouô. L'un et l'autre ont employé et associé des méthodes si personnelles qu'on peut dire qu'ils ont révolutionné l'art des laques.
LES LAQUES
J'ai dit au chapitre de la Peinture que Kôrin était le plus grand des impressionnistes, le plus génial des dessinateurs japonais. Il
BOITE A ÉCRIRE EN BOIS NATUREL, DÉCORÉ D'UN COQ EN LAQUE D'ARGENT, PAR KOMA KOUANSAÏ, D'APRES LE DESSIN DE NAONOBOU. (Collection de M. Louis Gonse.)
a transporté dans le décor et l'exécution des laques tout son esprit d'initiative, toute l'indépendance de sa fantaisie. Il a fait craquer
2ob
le vieux moule dans lequel végétaient les ateliers de Kioto soumis à l'influence presque exclusive de l'école de Tosa. L'action de Kôrin sur les arts décoratifs a été toute:puissante. Par son frère Kenzan, qui était son docile imitateur, il affranchit les écoles céramiques
de Kioto de tout asservissement aux formules chinoises et acheva l'œuvre d'émancipation inaugurée par Ninseï; par ses œuvres de laque, où il se révéla praticien de premier ordre, il força l'admiration de ceux de ses concitoyens qui étaient rebelles aux étrangetés de son style. On dit encore aujourd'hui « l'or de Kôrin », tant le ton de ses laques d'or était particulier. C'est un ton sourd, puissant, égal, un peu mat, d'une chaleur concentrée et pleine de vibrations. Ses œuvres semblent taillées dans un bloc d'or. Le vernis coule de son pinceau comme une matière fluide et grasse. Son décor est traité par grandes masses, avec des partis pris sommaires d'une audace extraordinaire. Il tire des incrustations de nacre, d'argent, de plomb et d'étain des effets saisissants. Avec l'étain et le plomb employés comme note grise, en surfaces minces ou en reliefs épais, il obtient des fuites de plans, des profondeurs dont il avait, il est vrai, trouvé des exemples chez les artistes anciens, — témoin cet encrier décoré d'un vol de libellules que nous reproduisons ici, page 195, et qu'il a dû connaître puisqu'il a été copié par un de ses élèves, dans son atelier1, — mais que lui seul a amenés à cette perfection.
fumait).
PETITE BOITE EN LAQUE ROUGE DÉCORÉE DE POISSONS EN LAQUE D'OR, PAR KOMA KOUANSAÏ
( Collection de M. Louis Gonse. )
1. Voir le précieux recueil de dessins de laqueurs, en partie de râtelier de Kôrin, formé par Yoyousai et possédé aujourd'hui par M. Haviland. On y voit un dessin à grandeur d'exécution de cette pièce, qui appartient aux derniers temps de l'école de Kamakoura.
\ y l IANT1N i :
A Le)
evre pnnx
Coin lill.
de forme persane . ' boHes à parfums e >ns . et netzkés en laque
I Ptè
p.l. ivoire
LES LAQUES. 207
Un vrai laque de Kôrin est, au Japon, le régal des délicats. Ses œuvres sont à peu près inconnues des collectionneurs européens. J'en possède deux qui portent sa signature et qui peuvent servir de types pour reconnaître sa manière, au milieu des imitations inférieures sorties de son officine et que Ton rencontre fréquemment dans le commerce. L'une est une petite boîte cylindrique où des graminées en laque d'étain, en nacre, en argent, jouent sur un fond de laque d'or; elle est signée en dessous en laque d'or vert sur un fond de laque d'argent. L'autre est un encrier en laque d'or entièrement décoré de fleurs de kikou en burgau et en laque de plomb et d'argent; elle est signée, en laque d'or de relief et en pleine pâte, d'un paraphe dont nous donnons ici le fac-similé. « Il y a là, dit M. Paul Mantz1, un travail de compo-
Je Ht
% >^ sition qui révèle un décorateur de haut vol, une /
/)[ sûreté de main-d'œuvre, une perfection dans la ^*.
technique à rendre jaloux les joailliers les plus signature
3>Mv adroits. Quand la lumière joue sur ces deux DLKOR,N-
kôrin. pièces, aux irisations changeantes, elles donnent au regard
une fête sans égale. »
On dit que Kôrin a puisé les premiers éléments de son art dans
l'atelier des successeurs de Kôëtsou. Je n'y contredis pas, mais il est
certain qu'il a étudié les laques robustes de Kamakoura, où les
métaux autres que l'or ont été souvent employés.
Ritsouô, de Yédo2, est moins un laqueur qu'un incrustateur, non
pas qu'il ne se soit montré à l'occasion un laqueur très habile, —
comme nous le prouve la curieuse et rare boîte de pharmacie, d'un
i. Galette des Beaux-Arts, 1" mai i883.
2. Il n'est pas né à Yédo, mais il y a habité la plus grande partie de sa vie, dans le quartier du Hondjo.
•>o8 L'ART JAPONAIS.
travail si parfait, entièrement en laque d'argent, qui appartient à
M. Burty et qui a l'inappréciable avantage d'être signée du nom de
l'artiste, et datée du nengo Kiôhô II (1726), — mais parce que ce
sont ses incrustations sur laque et ses grandes pièces décoratives qui
l'ont rendu célèbre parmi les amateurs des deux mondes et qui ont
jeté un lustre tout particulier sur la capitale des Shiogouns. Le
, moindre japonisant connaît les travaux de Ritsouô. Ils ont
\>z un caractère tellement tranché, si complètement japonais;
^ les procédés d'exécution sont si originaux, l'invention en est
-CÎ'Çl si personnelle et si franche, qu'il ne faut pas être grand
RITSOUO.
• clerc en matière d'art pour en être frappé. Il a fait des panneaux d'applique, des boîtes à gâteaux, des cabinets, des nécessaires à l'usage des femmes, des cantines, des plateaux, des étagères, des boîtes de pharmacie ; son ingéniosité s'est exercée sur les formes les plus diverses, son goût a relevé les objets destinés aux usages les plus vulgaires. Ritsouô est un indépendant dans toute la force du terme; il n'est d'aucune école, il n'appartient à aucun genre. Entre tous les modes d'incrustations ce sont les incrustations de céramique sur laque qu'il a traitées de préférence. Dans ce genre de travaux il a créé des merveilles dont aucun artiste n'a donné l'équivalent ni avant ni après lui. Ritsouô ne se répète jamais. Chaque objet sorti de ses mains est une œuvre complète, marquée au coin dune recherche spéciale, toujours intéressante. Son style a quelque chose d'étrange, d'imprévu et de trouvé. Ses procédés forcent l'admiration par la difficulté vaincue , ils enchantent le regard par une austérité et une simplicité de coloris pleines de saveur.
Les collections de Paris et d'Amérique possèdent un assez grand nombre de pièces de Ritsouô. Parmi les plus remarquables, je citerai: la grande boîte de M. Alph. Hirsch, en laque noir, incrustée sur le couvercle d'un crabe en faïence au milieu des algues d'or; un
PLATEAU EN LAQUE NOIR, DÉCORÉ DE LAQUE û'OR EN RELIEF ET DE LAQUE D'ARGENT UNI
TRAVAIL DE YÉDO (xVIIl6 SIÈCLE).
(Collection de M Louis Gonse. )
cabinet de fumeur décoré de pavots en relief ; un plateau et un cabinet chez M. Bing; un porte-serviettes, chez M. Georges Petit; un tableau applique, décoré d'une figure de guerrier coréen, chez
M. Haviland. Chez moi-même se trouvent, en outre des peintures gouachées dont j'ai parlé dans le premier volume, un tableau décoré de grands nénuphars à fleurs roses en faïence, en moire, plusieurs boîtes de pharmacie et une boîte à parfums sur laquelle on voit un poète assis devant la fenêtre de sa maison.
Le meilleur élève de Ritsouô et son émule dans le travail des laques incrustés a été Hanzan. 11 a fait d'admirables boîtes de pharmacie en laque d'or mat enrichies d'incrustations. J'en reproduis une appartenant à la collection de M. Bing. Une autre, décorée d'insectes, se trouve sous le n° io dans la planche ,111 des chromolithographies.
L'école des Koma, de Yédo, fondée par Koma Kiouhakou, jouit aussi d'une grande renommée à la fin du xviic siècle et au commencement du xvme. Les œuvres de Koma Kouansaï , maître de premier ordre, sont parmi les plus exquises *c|f qu'ait produites l'art des laques. La perfection de ses aven- •/\TZ turinés est célèbre; ils sont d'une pureté, d'un éclat et ^\, d'une égalité sans rivales. Il excellait dans les laques de kouansaï. demi-relief sur fond de vermillon. Son atelier, comme celui de Shiounshio, a produit des élèves qui ont brillé pendant tout le cours du xvme siècle.
L'atelier des Kadjikava, de Yédo, dont l'origine remonte égale-