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LES COLLECTIONS EUROPÉENNES

Il y aurait une curieuse histoire à faire, celle des collections de laques en Europe. Je ne puis que l'indiquer.

Du jour où ils y ont été connus, ces délicieux objets d'art ont éveillé la convoitise des collectionneurs. Ils étaient d'autant plus recherchés que leur trafic était entouré de difficultés plus grandes, l'exportation des laques étant formellement interdite par les lois japonaises. Si donc il en est venu quelques pièces avant la révolution de 1868, ce ne fut que par des voies clandestines ou par des échanges diplomatiques; alors même que le commerce en a été temporairement autorisé, cette licence ne s'est appliquée qu'à des qualités inférieures ou

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courantes, jamais aux laques de prix. Du reste, les pièces les plus ordinaires pouvaient passer pour merveilles aux yeux des Européens. Aujourd'hui encore, les laques de pacotille sont de beaux laques pour ceux qui n'en ont pas vu d'autres.

De tout temps, les produits de cette industrie ont été si fort estimés au Japon qu'ils ne paraissaient pas sur les marchés publics. Ils passaient directement des mains des artistes laqueurs entre celles des daïmios et des grands personnages. Les petites pièces étaient précieusement enfermées dans des boîtes et placées dans la partie la plus retirée de la maison, loin du regard profane des étrangers. Elles ne sortaient à la lumière du jour que dans des occasions solennelles et n'étaient touchées qu'avec un soin quasi religieux. C'est ce qui explique le prodigieux état de conservation de laques vieux de plusieurs siècles. Gersaint, dans le Catalogue Angran de Fonspertuis (1747), constate que les laques étaient encore plus recherchés aux Indes qu'en Europe; que les Bataves, malgré leur admission à Nagasaki, n'en voyaient presque jamais au Japon, et qu'à peine en recevaient-ils quelques-uns comme marque d'estime de la part des hauts personnages du pays. Les membres de la factorerie de Décima, au dire de Dubois de Jancigny, se voyaient quelquefois offrir par leurs amis japonais des objets en laque, mais seulement de deuxième qualité1. En 1664, onze navires venus des Indes orientales en Hollande apportèrent environ quarante-cinq mille pièces de porcelaine de Hizen et seulement cent une pièces de laque; onze autres bateaux, partis de Batavia dans la même année, contenaient seize mille cinq cent quatre-vingts pièces de porcelaine et seulement douze laques2. Thunberg5 raconte qu'en 1776

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