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LES BRODERIES

Le tissage des soies est depuis bien longtemps une des gloires de l'industrie japonaise. On conçoit le rôle qu'ont joué les étoffes de soie chez un peuple qui a toujours eu la passion des vêtements somptueux et dans un pays où la matière première est abondante et de qualité supérieure. Dès le xvie siècle la renommée des soieries japonaises était venue jusqu'en Europe. Des robes de cour étaient au nombre des présents apportés par la grande ambassade de 1584. A cette époque, le Japon n'avait plus rien à apprendre dans l'art du tissage; il était en pleine possession des moyens techniques.

Il n'est pas douteux que les procédés de fabrication n'aient été importés de la Chine; c'est peut-être dans'cette branche de métier que l'influence primordiale des Célestes est le plus incontestable. A l'ancienne cour, pendant la période qui précède l'avènement de Yoritomo, il était même de mode de porter des étoffes chinoises. De tout temps la ville de Kioto a été le centre de cette industrie,

que les auteurs japonais s'accordent à regarder comme étant déjà très florissante au xnf siècle. Les amateurs conservent avec un soin religieux les moindres fragments appartenant à ces époques reculées. Toutes les étoffes anciennes sont, d'ailleurs, des plus rares et des plus recherchées au Japon. On les garde comme un témoignage d'autant plus précieux du génie artistique de la nation que leur nature même les a exposées à des chances plus nombreuses de destruction. La collection la plus célèbre et la plus précieuse du Japon est celle des princes de Kaga. Elle a été en grande partie formée par le premier prince de Kaga, Maéda Toshiyé. Le trésor de cette puissante famille est, du reste, la plus riche collection privée qui existe encore aujourd'hui. Les étoffes furent exposées, il y a quelques années, au moment de l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Toshiyé.

M. Bing, lors de son voyage au Japon, a recueilli à grands frais une série très intéressante de morceaux d'étoffes remontant jusqu'au xiv6 siècle. Ce sont pour la plupart des fragments de robes de cour. J'ai dit précédemment que les fourreaux de sabre, les encadrements de kakémonos et les enveloppes de masques ou de boîtes de laque nous fournissaient bien souvent de précieux échantillons des plus anciens tissus.

Le luxe de l'aristocratie était extrême, et le luxe par excellence était celui des robes de soie. Pendant la féodalité, les plus belles étaient celles des hommes. Soit unies, soit ornées de dessins, elles affectaient des formes magnifiques, à longs plis un peu raides, à cassures épaisses. Les ceintures rivalisaient de splendeur avec elles. A partir du xvne siècle, les robes des femmes deviennent les plus riches et les plus ornées.

Des règlements sévères fixaient la coupe des vêtements de toutes les classes et de tous les rangs. Jusqu'à la révolution, les lois d'une étiquette rigide ont déterminé à la cour impériale ou

OT

ROBE DE LA COUR DES HOJÔ (XIVe SIECLE) (Collection de M. Louis Gonse.)

shiogounale et dans les cours princières la forme et même la couleur du costume. Tout était prévu jusque dans les plus minutieux détails. Un Japonais instruit reconnaît facilement l'âge et la provenance d'une ancienne robe de cérémonie au seul examen de son décor et de ses couleurs.

Nous reproduisons ici une robe de soie brochée et damassée rouge et blanche , semée des armoiries de chrysanthème. Elle provient, ainsi que l'indique le mi-parti des deux tons, de la cour des Hôjô et date du milieu du xive siècle. Cette pièce d'un goût simple et sévère témoigne du haut degré de perfection auquel

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