DANSEUSE EN COSTUME DE COUR
( D'après une gravure de Hanzan. )
plus qu'ailleurs encore, ils sont les premiers coloristes du monde.
Une branche importante du tissage des soies a été la tapisserie.
Ainsi que me le faisait remarquer M. Alfred Darcel, il ne s'agit
pas d'un tissu présentant plus ou moins d'analogie avec nos tapisseries européennes, mais bien d'un véritable point des Gobelins, d'une exécution très soignée. Les procédés en ont-ils été importés par les Portugais ou par les Hollandais ? Je n'ai pu avoir de renseignements précis à cet égard. Les Japonais m'ont affirmé que l'origine de ces tapisseries était chinoise. Tout ce que je sais, c'est qu'on en fabriquait déjà à Kioto à la fin du xvie siècle. Taïko Sama fit exécuter pour Maéda Toshiyé un grand
FRAGMENT DE CEINTURE EN VELOURS ÉPINGLE (TRAVAIL DU XVIIe SIÈCLE). pannCaU ClC tapiSSCTieS
(Collection de M. Louis Gonse.)
que le prince de Kaga possède encore aujourd'hui. M. le comte de Monbel m'a affirmé avoir vu au Japon, soit dans les temples, soit entre les mains de quelques particuliers, des tapisseries européennes du xvne siècle.
LES TISSUS
La production des ateliers de Kioto a, du reste, été fort restreinte; les spécimens de cette industrie sont des plus rares et à peine connus en Europe.
Je reproduis ici en couleur quelques pièces d'ancienne tapisserie. Le décor en est purement japonais , sans aucune trace de l'influence étrangère. Le panneau du milieu , un tronc de prunier fleuri sur fond d'or, datée de la fin du xvie siècle ou au plus tard du commencement du xvne.
Les quatre carrés à fond bleu sont du xviii". Ces diverses pièces se distinguent par un coloris doux et fondu d'une délicatesse charmante.
Mais c'est par les travaux de broderie que les artistes de Kioto ont mérité leur renommée sans rivale. Tout le monde connaît aujourd'hui les fragment foukousas1 japonais, ces tableaux de soie adorables, chatoyants, où la perfection de l'exé
DE CEINTURE EN SOIE BROCHEE AUX ARMES DES TOKOUGAVA (XVIIIe SIÈCLE).
(Collection de M. Louis Gonse.)
i. J'ai déjà dit que lefoukousa est un carré d'étoffe, plus ou moins riche suivant le rang et la fortune des personnes , qui sert à envelopper le présent que Ton veut faire ii. 3o
cution tient du miracle, où le goût suprême du décor est rehaussé par les plus merveilleuses ressources du coloris. Il est presque
superflu d'en faire l'éloge. Parmi toutes les manifestations de Fart japonais, les broderies sont les plus populaires en Europe.
Du moment où ces fragiles trésors ont apparu chez les marchands spéciaux, ils ont été l'objet d'un engouement presque excessif. Les vrais amateurs les ont encadrés avec le même soin que des peintures de prix; beaucoup de ces broderies ont malheureusement servi à confectionner des coussins et des écrans et ont été ainsi vouées à une destruction certaine. La source en est tarie. Il ne vient plus que des produits modernes dont la richesse ne compense pas la médiocrité décorative.
Les foukousas étaient, avec les robes, le fond même du trousseau des femmes de l'aristocratie japonaise. On en brodait déjà de fort remarquables au xvne siècle. La grue volant au-dessus de la mer,
agréer, la missive que l'on adresse dans une petite boîte de laque. Bien entendu, le foukousa est retourné à l'envoyeur. C'est l'accusé de réception.
COSTUME DIMPERATR1CE.
( D'après ua dessin de Gakouteï. )
LES TISSUS
sur fond rouge, que nous reproduisons ici en couleurs, est un exemple précieux de ces anciens travaux. Le dessin est de Youhô et rappelle le style de Tanyu. On y voit un premier emploi de ces éclaboussures de poudre d'or, que les artistes modernes ont cherché tant bien que mal à imiter. Un autre de même époque est plus remarquable encore; il représente une forêt de branches de
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FRAGMENT d'ÉTOFFE, TRAVAIL DU XVIIIe SIÈCLE, DANS LE STYLE DE KORIN.
(Collection de M. S. Bing. )
pin en or se détachant sur le disque du soleil, réservé sur un fond rouge feu couvert de nuages d'or. Il serait difficile d'imaginer un motif d'un effet plus poétiquement étrange et plus grandiose, un plus beau ton d'or. Le génie des décorateurs japonais apparaît là dans toute sa splendeur.
Les plus parfaits foukousas appartiennent à la seconde moitié du xvme siècle.
Je n'ai pas à décrire l'exécution de ces travaux de soie. Il faut les voir, les tenir à la main pour apprécier tout ce qu'ils ont de surprenant. Les fleurs, les oiseaux, les poissons y sont brodés au
naturel avec une illusion de vérité extraordinaire. Les reflets et les jeux de la lumière sur le plumage, le scintillement des écailles
dans l'onde, la fraîcheur mouillée des plantes sont rendues comme au pinceau.
La qualité supérieure, unique, de ces tableaux de soie, c'est d'être une chose tissée, exécutée point par point, avec toute la minutie de la broderie au métier, et de conserver l'aspect libre de l'esquisse peinte, tenant en même temps d'une manière intime au grand art du dessin, luttant avec lui et le surpassant dans le rendu des effets pittoresques.
Le foukousa japonais, mis sous verre et encadré, est le plus somptueux ornement que puisse faire entrer dans son intérieur le raffinement d'un délicat. Les fonds jouent un rôle capital dans le charme de ces broderies. Les Japonais y ont essayé les nuances les plus rares. Il faudrait créer un vocabulaire spécial pour les désigner. Les termes de rose turc, de vert poireau ou bouteille, de jaune citron, maïs ou feuille morte, de bleu céleste, de blanc crème, de gris d'argent, de rouge feu, de violet aubergine, y ajoutât-on tous les néologismes de nos couturières en vogue, seraient insuffisants. Il y a des tons qui n'appartiennent qu'aux foukousas et que notre teinturerie européenne n'a jamais connus.
Avant d'être brodée, la composition du dessin était tracée au