‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 123 sur 159 · A QUANTIN EDITEUR · texte numérisé non relu

A QUANTIN EDITEUR

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ANCIENNES FABRIQUES DE KIOTO.TAKATORI . ROUTANT ET ICE (BANKO) Dharrna enterre laquée présentoir. bouteilles à saki . pitong, boite a parfums , coupe en forme de coquille

(Pièces de Ja coJ/ecùon de .V S £/n<f)

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mètres, unis de formes et généralement pourvus de bouchons en ivoire. Il s'était aidé pour' cette fabrication de produits tirés de la Chine avec laquelle les relations avaient été reprises depuis que la dynastie des Songs y avait ramené Tordre et la paix. Mais le jeune artiste, se sentant animé d'ambitions plus élevées, s'embarqua dans l'année 1223 pour la Chine en compagnie d'un prêtre nommé Dôgouen, afin de se livrer sur les lieux à des études approfondies. Il revint après un séjour de cinq ans, riche en connaissances techniques, riche aussi en approvisionnements de matières premières, tant en pâtes céramiques qu'en substances servant à la composition de l'émail. Ainsi armé, Toshiro construit des fours d'après les nouveaux systèmes et crée la fabrication de ces pièces qui sont restées les modèles du genre. Ce sont toujours les mêmes petits pots à thé; mais cette fois l'artiste a su les doter d'un charme particulier, comme aussi de qualités spéciales à l'emploi pour lequel ils avaient été conçus.

A travers les siècles ces petits vases ont conservé une grande célébrité aux yeux des Japonais. Pour nous, qui ne sommes pas habitués à faire grand cas des beautés discrètes qui se dérobent à un examen superficiel et ne viennent pas solliciter nos regards, il peut nous arriver de passer indifférents devant ces productions à l'apparence modeste. Mais, rapprochez ces petites pièces des yeux, soumettez-les à une analyse attentive, et vous reconnaîtrez une pâte d'une finesse extrême, délicatement façonnée et revêtue d'une couverte bien glacée qui offre un chatoiement harmonieux et calme. La terre est généralement d'un ton tirant sur le noir, tandis qu'une grande variété de couleurs distingue les couches d'émail; celles-ci coulent de haut en bas, laissant les parties inférieures du vase à découvert et s'arrêtant d'une manière irrégulière suivant la volonté du hasard , un maître charmeur dont l'artiste japonais a de tout temps aimé à provoquer les caprices heureux. Ces nuances passent

par toutes les gammes des jaunes, des pourpres et des bruns, constituant ainsi une grande variété augmentée encore par la diversité extrême des formes.

Se conformant à une vocation qui était commune à beaucoup

d'esprits distingués d'alors, Toshiro, avançant en âge, se fit prêtre et adopta le nom de Shiounkeï, lequel est resté attaché à ses productions les plus accomplies, celles des dernières années de sa carrière.

L'œuvre fondée à Séto a été considérée comme tellement importante par l'influence qu'elle a exercée sur l'avenir de l'art, qu'aujourd'hui encore il n'existe pas dans la langue japonaise courante pour traduire le mot céramique, d'autre expression que celle de sétomono (objet de Séto).

Au Japon, les secrets de certaines manifestations de l'art ont presque toujours été le patrimoine d'une famille , se transmettant de génération en génération sans toutefois se maintenir à une hauteur égale. Lorsqu'un artiste ne doit laisser après lui aucun descendant naturel qui puisse hériter de son expérience et de son talent, il supplée à cette vacance par l'adoption du fils d'une famille amie dont le choix se recommande par des facultés particulières. Très fréquemment le nom de l'artiste se transmet en même temps, et cette circonstance complique singulièrement la tâche d'assigner à chaque objet céramique sa date exacte. Le successeur immédiat de Toshiro signa du même nom; le descendant au second degré fut Tojiro et après celui-ci vint Tosabouro. Tous ces artistes se sont efforcés de conserver les errements du maître, en n'introduisant dans leurs

H.-?ut**vià.

TSHIAIRÉ (POT A THÉ) PAR TOSHIRO.

(Collection de M. S. Bing.)

là

œuvres que des variantes peu appréciables; tous ont fourni un contingent nombreux aux collections de ces petites pièces que l'amateur japonais entoure de soins tellement minutieux qu'on ne peut parfois s'empêcher de sourire, en voyant le plus modeste spécimen précieusement enfermé dans une boîte coquette, après avoir été douillettement serré dans les plis de quelque enveloppe soyeuse.

C'est que la passion de la collection que les esprits positifs se croient en droit de reprocher à notre époque est bien autrement développée, raffinée et quintessenciée chez les vieux Japonais. Qu'il s'agisse de fixer un point litigieux à propos du Ko-séto (vieux Séto), on s'adonnera entre amateurs japonais à des dissertations sans fin, et il se produira des efforts d'analyse poussés à l'extrême. Vous les verrez interroger le plus imperceptible grain de la pâte; l'épaisseur de l'émail a son importance, et le poids de la pièce est calculé au plus près. Aussi les classements se divisent-ils à l'infini, établissant des catégories nombreuses dont chacune prétend à un nom distinctif. Ce serait vouloir fatiguer le lecteur que de lui faire une nomenclature aride de toutes ces dénominations, dont quelques-unes ne manquent cependant pas de pittoresque. Le plus souvent on a laissé à l'heureux détenteur d'une pièce inédite le soin d'en baptiser le genre : tantôt c'est le lieu delà découverte qui fournit le nom cherché; d'autres fois on adopte un terme galant tiré de quelque vers célèbre, ou bien encore on fait appel aune comparaison poétique inspirée par la forme ou la couleur de l'objet. Telle espèce est appelée -Yamamitshi (sentier des montagnes), à cause des petites lignes sinueuses gravées dans la pâte, tandis qu'un passionné amateur a trouvé le nom ingénu de Oyasaté tiré de Oyoso (peut-être); il s'était dit que les vases dont il avait découvert les types précieux étaient peut-être les plus beaux qu'il y eut au monde.

A côté du tshiairé destiné à conserver le thé en poudre, il

LA CÉRAMIQUE

fallait le vase à contenir l'eau [mid^ousa&hï] et le bol qui sert à la fois à infuser le thé et à le boire (tshiavan); d'autres pièces de vaisselle étaient enfin nécessaires pour faire face à des usages connexes que l'introduction du thé dans les mœurs avait engendrés avec le temps.

Au Japon, le thé est offert à tout venant en signe de bienvenue et, comme rafraîchissement, à toutes les heures du jour; mais sa consommation fait en outre l'objet, dans les grandes occasions, d'un cérémonial dont la solennité est extrême. Tout y est ordonné d'après des lois absolument fixes : la décoration de l'appartement, la façon dont le maître de la maison doit accueillir ses hôtes et leur adresser la parole , l'ordre observé pour disposer chacun des ustensiles, la manière exacte de les prendre en mains et de les faire fonctionner, mille autres menus détails enfin qu'il serait infiniment long d'énumérer : toute chose est convenue, réglée et rien n'est abandonné au hasard.

On sait en quel honneur est tenu , chez les Japonais de vieille race, tout ce qui dans le discours et dans le maintien se rattache à la forme, et chacun a pu observer l'importance capitale réservée dans l'éducation de la jeunesse à l'étude approfondie du cérémonial mondain. Néanmoins on est saisi d'étonnement à la vue de cette étiquette rigide et absorbante lorsqu'il s'agit de réunions qui sembleraient avoir été instituées dans un but unique

SENNIN, D APRES UNE GRAVURE DE TANKOSAÏ (I766).

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de délassement et d'abandon. C'est qu'en effet il se mêle à l'origine de ces fêtes d'autres préoccupations que la recherche d'un plaisir banal.

C'étaient, au début, des réunions où, sous le couvert de distractions familières, il se tenait des conciliabules dans lesquels on décidait parfois de la paix ou de la guerre de suzerain à vassal ou de Shiogoun à Mikado; plus souvent encore les Daïmios, après de longues périodes passées en expéditions lointaines ou en rudes combats, s'efforçaient de rendre leurs subordonnés à une vie paisible et réglée en ramenant leur esprit vers un ordre de jouissances plus abstraites où le sentiment de l'esthétique tenait la première place. Or rien ne pouvait mieux atteindre ce but que les Fêtes du thé dans lesquelles était spécialement exalté l'art de la poterie, l'un des plus goûtés de la noblesse japonaise et qui, dans de telles occasions, devenait facilement l'objet d'une véritable passion. Ces mêmes assemblées constituaient aussi une sorte de cénacle mis souvent à profit par les grands du pays pour maintenir et resserrer au moyen de contacts incessants les liens qui les unissaient à leurs fidèles vassaux. Il n'était pas rare de voir le dévouement de ceux-ci stimulé par le présent de quelque vase rendu célèbre par son

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