VASE SASSANIDE CONSERVÉ AU TEMPLE DE HORIOUJI
i. On accorde à certains bronzes chinois une antiquité de près de quatre mille ans.
2. Shiouko-Djioushiou (Collection des dix sortes d'antiquités).
3. Œuvres, publiées par M. Schlumberger, t. Ier, p. 3oi à 3o6.
LA SCULPTURE
de plus que les sources profondes de l'art japonais sont d'une
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GRAND MASQUE DE BRONZE FONDU POUR LE PRINCE T O Y O H A RO U -T AI RA (1480).
(Collection de M. Henri Cernuschi.)
nature complexe, et que les influences indo-européennes et même
persanes y entrent pour une part au moins aussi grande que celles de la Chine.
Le même temple de Horiouji renferme une image en bois du
fils de Shiotokou-Daïshi ,
sculptée par ce grand personnage lui-même1, qui serait la plus ancienne sculpture , de date certaine , conservée au Japon. On y voit encore d'autres figures en bois d'une très haute antiquité. Elles ont des yeux peints. M. Reed les compare aux célèbres statues, de même matière, découvertes par Mariette, en Egypte, et conservées au musée de Boulaq. L'étude de ces monuments, qui n'a encore été entreprise par aucun Européen, jetterait à coup sûr une vive Iu-
le PRINCE GOUAÏYOUO SCULPTANT UNE VASQUE. ( D'après Yosaï. )
mière sur les origines de l'art japonais.
11 y a, du reste, au Japon, pour tout ce qui touche à l'histoire de l'art et de la civilisation, des mines d'une richesse incomparable qui n'ont même pas été effleurées. Le trésor impérial de Nara est du nombre. Formé par les empereurs du vme siècle, alors que Nara était la capitale de l'empire, il est resté intact et tel qu'il se trouvait au moment de la translation de leur résidence à Kioto. L'inventaire qui en fut dressé à la fin du vme siècle est une preuve des soins
i. Reed, Japan, t. II, p. 162.
LA SCULPTURE
dont il a été constamment entouré et du peu de pertes qu'il a subies pendant cette longue durée de mille ans. Il occupe encore le bâtiment où il avait été placé originairement; cette construction, que j'ai signalée dans le précédent chapitre comme un des types les plus purs de la primitive architecture shintoïste, devait être restaurée au commencement de chaque cycle. Un rescrit impérial ordonnait d'en respecter religieusement toutes les dispositions.
Le témoignage de la puissance des empereurs de Nara apparaît non seulement dans ses temples, mais encore et surtout dans son colossal Bouddha de bronze. Cette œuvre de sculpture est sans contredit Tune des plus surprenantes qui existent au monde. C'est la plus grande figure qui ait été coulée en bronze. L'empereur Shioumoun,
dont le nom est lié à tous les '^mm*mÊ^^^^Mt^>-^
grands travaux d'art de cette LANTERNE EN BR0N2E DU TEMPI-E DE LA SH,BA' A T0KI°-
, . n , . (D'après une photographie communiquée par M. Conder.)
époque, le ht exécuter peu de
temps après l'arrivée de prêtres bouddhiques de grand renom, qui venaient, l'un de l'Inde méridionale, et l'autre de Siam. C'est sur leurs indications que paraît avoir été conçu le plan de la figure. Elle fut fondue à Sitaraki, province d'Oumi, en l'année 739 'de notre ère,
quinzième du règne de Shioumoun, avec le produit d'une quête faite dans tout l'empire. Le premier or venait d'être découvert dans le Moutsou; la tradition prétend qu'une certaine quantité en fut mêlée à l'alliage et servit à en dorer la surface. Le précieux métal apparaît, du reste, dans la patine, et l'analyse de l'alliage en révèle la présence dans des proportions assez notables, un demi pour mille environ, ce qui, étant donné le poids de la statue, représente deux à trois cents kilogrammes d'or.
Le colosse fut fondu en plusieurs morceaux. Il ne fut transporté à Nara qu'en l'année 745. On le dressa en soudant les morceaux au moyen d'un système ingénieux de tenons intérieurs ; puis on bâtit, en 753, pour le recevoir un grand temple qui prit le nom de temple du Daïbouts (temple du grand Bouddha). La netteté et la beauté du travail indiquent à quel degré de perfection était déjà parvenu Fart du fondeur. Cette merveille existe encore aujourd'hui à peu près intacte. La tête seule, endommagée par un tremblement de terre en 855, puis par un incendie, a été refaite au xvne siècle.
Le dieu est assis sur la fleur symbolique du lotus; il semble abîmé dans la contemplation de l'absolu; sa main droite est ouverte et levée, la gauche étendue et appuyée sur le genou, la paume en dehors. Les plis tombants de la robe sont d'une ampleur et d'une souplesse qui rappellent la Grèce; la construction du corps, par grandes masses, est d'une magnifique ordonnance; le dessin, d'une correction sévère; le geste, qui est presque un bénissement, exprime le détachement des choses humaines, l'oubli de tout ce qui peut troubler le calme de l'âme. La sérénité d'une insondable rêverie, une majesté surhumaine revêtent toute la figure d'une inexprimable grandeur. Plus encore que la taille matérielle, ce caractère de force concentrée et de tranquillité frappe l'imagination des visiteurs.
En même temps qu'elle est la plus vénérable par la date, cette représentation de Bouddha est la plus belle qui existe. La