‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 132 sur 159 · FIGURE DE POÈTE, PAR HOKKEÏ · texte numérisé non relu

FIGURE DE POÈTE, PAR HOKKEÏ

(D'après une gravure des « Cinquante poètes saiiriques ».)

nais ont trouvé la mine inépuisable de leurs productions variées où éclate toute la verve de leur esprit fantaisiste; c'est de la fusion de ces éléments variés qu'est sortie la céramique véritablement japonaise, celle où déborde le caractère national et qui mérite de conquérir chez nous sa place au soleil, aucune production du même genre ne pouvant nous offrir la manifestation d'un sentiment plus profond, ni la saveur d'un charme aussi pénétrant.

LA POTERIE DE KIOTO. — NINSEÏ, KYOMIDZOU, AVATA, MIDZORO, IVAKOURA, KENZAN, DÔHATSHI, YEÏRAKOU, RAKOU.

C'est au début du xvne siècle que s'épanouit enfin cet art national que nous avons vu en travail de formation au précédent chapitre, et, chose remarquable, il s'est trouvé à ce moment un homme doué d'une organisation assez puissante pour élever du premier coup cet art à une hauteur exceptionnelle.

Ce qui peut, à bon droit, paraître bizarre, c'est que les Japonais les plus érudits n'aient pu jusqu'à présent se mettre d'accord pour déterminer S-** d'une façon précise la date où florissait leur plus grand céramiste, titre qui appartient de droit à Nonomouro Ninseï de Kioto. D'après Ninagava, on connaîtrait des œuvres produites par Ninseï pendant la période de Keïsho (i5g6 à i5gg); mais cette assertion est contestée par d'autres savants qui reportent à une époque assez postérieure (vingt-cinq ans environ) les premières productions de cet artiste.

Celles-ci dénotaient dès le début une grande habileté de main

ainsi que des soins peu communs; mais ce fut un peu plus tard seulement que Ninseï appliqua, pour la première fois, la peinture au moyen de couleurs vitrifîables suivant les exemples empruntés à la porcelaine de la Chine. Les plus grands peintres de l'époque ne dédaignaient pas de seconder les efforts du novateur, et l'on cite plus d'un objet qui avait été décoré par Ninseï d'après des dessins fournis par le fameux Tanyu lui-même.

Ninseï a créé la poterie à couverte fauve ou ton de crème finement fendillée et décorée en émaux verts, bleus et violets avec mélange de rouge et d'or que nos anciens catalogues classaient sous le nom de vieux truite (voir la pièce n° 8, reproduite à la planche IX). C'est une fabrication qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours dans les faubourgs de Kioto et le nom de Ninseï a été conservé par la généralité des marchands japonais pour carac- - tériser des objets de ce genre, sans qu'il faille en déduire //£} que ceux-ci soient nécessairement sortis de la main du ninseï. grand artiste. Il a été fait d'ailleurs un grand abus de la signature de Ninseï et les amateurs s'exposeraient à de cruels mécomptes s'ils acceptaient pour authentiques toutes les pièces prétendues telles en raison de leur marque.

Si dans l'énoncé des diverses productions de Ninseï nous avons tout d'abord rangé à part celle dont il vient d'être question, ce n'est aucunement parce qu'elle nous paraît plus séduisante que tant d'autres, mais uniquement parce qu'elle appartient au genre qui a le plus contribué à la popularité de son auteur. Parmi les ouvrages de Ninseï, il en est d'autres qui, à nos yeux, donnent une note bien plus caractéristique des talents de ce fécond artiste. Un petit brùle-parfums figurant un personnage accroupi se trouve reproduit en couleurs dans la planche I, sous le n° 6.

L'œuvre de Ninseï est infinie. Elle embrasse les conceptions les plus diverses et les procédés d'exécution comme aussi les effets

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obtenus sont d'une variété si étendue que l'esprit en est confondu. L'artiste paraît s'être attaché avec une prédilection marquée à la confection des bols à thé dont les formes varient incessamment sans jamais se départir d'une grande pureté de lignes. On trouvera à la planche VIII et sous les nos 8, 9 et 11 la reproduction

BOI. A FOND D EMAIL NOIR DECORE DES SEIZE LAKANS, PAR NINSEÏ. (Collection de M. Georges Petit.)

de trois genres différents de ces bols. Toutefois la pièce la plus remarquable du même ordre se trouve dessinée à cette page; elle est décorée des seize Lakans sur fond noir. Ici nous rencontrons ces qualités de matière et d'exécution qui semblent faire de cette coupe l'un des chefs-d'œuvre de l'espèce. La plus grande partie de ces sortes de tasses avait été exécutée pour les tshiajin de l'époque parmi lesquels Kobori-Masakoudzou, plus connu sous le nom de Yenshiu (titre honorifique du personnage), tenait le premier rang. L'influence de cet amateur s'exerçait au profit des poteries de

toutes provenances; il était l'arbitre incontesté du goût et, aujourd'hui encore, son témoignage est invoqué en toute occasion.

Yenshiu aida puissamment à propager la réputation de Ninseï et bientôt l'habile céramiste fut mandé à la cour d'un grand nombre de princes afin d'y enseigner les nouveaux procédés et aussi pour confectionner sur place quelques beaux spécimens de sa propre

PORTE-BOUQUET APPLIQUE, EN ANCIEN AVATA ( Collection de M. S. Bing.)

main. Ninseï construisait alors, et spécialement pour la circonstance, des fours dans l'enceinte des palais. Les objets fabriqués dans de telles conditions reçoivent au Japon le nom de Omvayaki, c'est-à-dire « poteries faites au jardin » et nous retrouvons des exemples de ces sortes de productions jusque dans les derniers temps du Japon féodal.

Parmi les provinces parcourues par Ninseï, on cite celles de Satsouma, de Kaga et de Higo; il visite Odo (province de Tosa), Haghi (province de Nagato^, etc., etc. La boîte à parfums n° 7 que

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ANCIENNES FABRIQUES DE KIOTO ET DE KOUTANI Boîtes ù parfums boile à ihé, porte- pinceaux, bouteille il saki, pois à encens, boU à. Il»;

Pièces de la collection de M. S "■ s

LA CÉRAMIQUE

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nous montre la planche IX paraît avoir été fabriquée par Ninseï durant son séjour à Koutani.

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THEIERE EN ANCIEN AVATA.

(Collection de M. Louis Gonse.)

Ces pérégrinations ne représentent cependant autre chose que de simples fugues et c'est Kioto avec sa banlieue qui demeure le véritable domaine de notre artiste. Il y déploie une activité extrême,

établissant partout, dans la ville et dans les faubourgs, des disciples chargés de continuer son œuvre de diffusion et les y aidant puissamment de ses conseils et de sa main.

Nul autre que Ninseï ne doit donc être considéré comme le véritable fondateur du grand centre de fabrication qui constitue un des plus beaux titres de gloire de l'antique capitale.

JARDINIERE EN ANCIEN AVATA.

(Collection de M. Loirs Gonse.)

Le nombre des fours qui doivent leur existence à Ninseï est considérable. Une nomenclature nous en est fournie par le livre qui sert de guide au musée de Tokio. On y relève les noms de : Kiyomid\ou, Avata, Omouro, Midçoro, Seïgandji, Naroutaki, Takagaminé, Komatsoudani, auxquels on peut ajouter ceux (XOtava, Akashi, etc., etc. Quelques-uns de ces termes nous sont peu familiers et s'appliquent à des établissements qui sans doute n'ont eu qu'une existence éphémère. Mais dans le nombre il s'en trouve qui, comme Avata et Kiyomid\ou, sont restés debout pour transmettre aux jeunes générations, sous des formes quelquefois renouvelées , les traditions de leur illustre fondateur.

LA CÉRAMIQUE

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Par abréviation, on désigne sous le nom de Kioyaki, toute poterie fabriquée à Kioto. Il n'existe aucune localité qui ait produit des variétés de céramique aussi multiples, depuis les poteries les plus rudes d'aspect jusqu'aux fines porcelaines, et nulle part il n'a été dépensé de semblables efforts d'imagination. Le goût de la tradition le dispute à l'inspiration individuelle; tout a été tenté, depuis la reproduction fidèle des anciens types chinois que les Japonais désignent sous les noms de Kôtchi, Gosou ou Banréki; depuis le style hiératique de la Corée intitulé Mishimadé jusqu'aux productions du goût le plus vivant, où la poterie est chargée d'interpréter toute idée poétique ou folle qui traverse le cerveau de l'artiste.

Tout devient motif à plastique. L'oiseau qui traverse l'espace, la fleur qui grimpe à la muraille, la maisonnette même de l'ouvrier, l'attitude comique d'un passant aussi bien que le personnage de la légende; tout ce qui frappe le regard ou l'esprit est rendu d'une façon spirituelle ou gaie, et rien n'est mieux fait pour peindre le caractère à la fois artiste et enjoué de ce peuple, que la série de ces improvisations sans fin exprimées dans la poterie de Kioto. Ces qualités se retrouvent isolément dans d'autres céramiques du Japon, mais nulle part nous ne les voyons réunies dans un ensemble aussi surprenant. Nous reproduisons quelques spécimens variés sous les nos i de la planche VI; i, 3 et 4 de la planche VII; 7 de la planche VIII, et 1 de la planche IX.

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