‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 133 sur 159 · BOÎTE A POUDRE DE THÉ, PAR KENZAN · texte numérisé non relu

BOÎTE A POUDRE DE THÉ, PAR KENZAN

(Collection de M. Louis Gonse.)

Autour des fours construits par Ninseï sont venus simultanément s'en grouper d'autres qui ont, de même, acquis une grande réputation par la suite. Les qualifications qui furent données à tous ces établisse-

STATUETTE REPRESENTANT UN POETE JAPONAIS, PAR OGATA FOUZAN (Collection de M. Edmond Taigny.)

ments tiraient généralement leur origine des quartiers ou faubourgs où ils étaient situés et, à leur tour, les fabricants adoptaient souvent des noms identiques pour en signer leurs produits et léguer ensuite ces mêmes noms à leurs successeurs. Cette particularité explique les doutes qui ont pu s'élever sur la question de savoir si telle désignation se rapporte à un nom de personne ou à une localité ; on voit que ce peut être à la fois l'un et l'autre, ainsi qu'il arrive pour Midzoro, Seïgandji, Otava , Akashi et autres.

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Le même cas se présente pour Ivakoura, nom de quartier adopté par tous ceux qui ont exploité un four établi à cet endroit immédiatement après Ninseï.

Les produits d'Avata, Midzoro, Ivakoura, se renferment gêné-

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STATUETTE REPRÉSENTANT JIOURÔ, PAR OGATA SHIOUHEÏ. (Collection de M. Edmond Taigny.)

ralement dans le genre vieux truite que nous avons cité plus haut comme une création de Ninseï et qui offre en émaux polychromes des décors sur fonds clairs. Les produits de ces divers établissements ont beaucoup d'analogie entre eux et il faut un œil exercé pour les discerner suivant la nature des craquelés et suivant le tour de

main dans le façonnage. Parmi les poteries d'Avata, nous rencontrons en outre des biscuits foncés partiellement couverts de décors. C'est le faubourg d'Avata qui a fourni le plus grand nombre des poteries de Kioto et aujourd'hui sa principale rue est presque tout entière consacrée à cette industrie.

La majeure partie de ces produits se débitent sous la désignation générale d'Avata; mais il s'en trouve aussi bon nombre qui portent des noms spéciaux, parmi lesquels le plus digne de remarque Jlg est intitulé Kinko\an, du nom du fondateur de cette fabricag5 tion. L'artiste s'était d'abord formé chez Ivakoura et vers i65o vint s'établir à Avata où, pendant longtemps, il continua de AN' signer ses produits du nom de Ivakoura-Yama ; plus tard, il adopta la marque Kinko~an dont ses successeurs ont hérité.

Nous professons personnellement un goût très vif pour l'un des principaux types créés par Kinkozan : c'est un biscuit presque noir et d'un grain particulièrement fin qui sert de fond à une ornementation formée d'émaux très saillants dont les contours s'arrêtent avec une précision absolument nette sans la moindre bavure. Les différents tons, soit bleus, jaunes, verts et blancs de ces émaux concourent le plus souvent à la décoration d'un même objet, mais quelquefois aussi ils sont appliqués séparément.

Nous n'avons pas l'intention de relever les noms de toutes les familles de potiers qui se sont établies à Kioto vers ces époques et, après avoir cité les familles Ho\an et Tan~an dont les signatures se rencontrent sur des ouvrages finement exécutés, mais dépourvus de personnalité, nous arriverons immédiatement au nom d'un céramiste de premier ordre qui clôt l'ère féconde du xviie siècle si brillamment inaugurée par Ninseï. Ogata Kenyan, qui vécut de i663 à 1743, était frère cadet du célèbre dessinateur laqueur Kôrin et, kenzan.

comme lui, avait d'abord étudié la peinture. Bien que Kenzan ait,

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par la suite, changé de résidence, nous devons le ranger parmi les illustrations de Kioto; c'est en effet dans les environs de cette ville qu'il a exercé le plus longtemps et que ses œuvres les plus remar-

PLATEAU CARRE EN FAÏENCE DE KIOTO. (Collection de M. Louis Gonse.)

quables ont été mises au jour. Plus tard, l'artiste séjourna pendant quelque temps à Sano (province de Shimodzouki) et vint enfin s'établir à Yédo où il fonda la fabrique é!Imado qui subsiste encore aujourd'hui sous ce nom ou sous celui de Soumidagava.

Kenzan, tout en se servant des mêmes matières que ses devanciers, créa un genre qui lui est absolument personnel. Les décors de ses ouvrages ont un caractère spécial, qui se reconnaît à première vue par une largeur de dessin et une maestria dans l'exécution qui contrastent avec le faire plus minutieux des artistes précédents. C'est une école nouvelle dont l'influence ne s'est plus démentie depuis, mais qui malheureusement ouvre la porte aux nombreuses imitations du maître, dont la signature a servi à de fréquents abus. Pour se guider au milieu de ces contrefaçons aussi fréquentes au Japon que dans d'autres contrées, il n'est de meilleur critérium que le degré de perfection dont l'objet litigieux témoigne. D'après ce principe, les productions authentiques de Kenzan peuvent être considérées comme étant à l'abri de toute confusion, car la finesse de leur émail comme la puissance de leur dessin n'ont pu être égalées par aucun copiste. Un spécimen très caractéristique de sa première manière est reproduit dans la planche I sous le numéro 7.

Ces qualités brillent spécialement dans ce qui constitue l'œuvre de jeunesse du maître, celle qu'il a accomplie pendant son séjour dans la métropole de la poterie. La fabrication d'Imado est de bien moindre importance, mais présente des beautés d'un ordre différent; au lieu des fonds neutres destinés à rendre plus saisissant l'effet des décorations vigoureuses, c'est la recherche de la couleur générale qui dans les conceptions nouvelles paraît avoir prédominé 'voir le bol numéro 6 reproduit à la planche VIII, la boîte numéro 3 de la planche I, et le dessin de la page 283) et la couverte chatoyante entre en lutte avec la douce tonalité des ornements. Ce résultat est obtenu par l'emploi d'une pâte excessivement friable et de faible consistance, laquelle, exposée à un feu doux, se combine avec une glaçure de composition très vitreuse.

Après Kenzan mentionnons, en passant, Otobaya Kourobeï qui s'établit à Kiyomidzou vers 1765, et arrivons directement à la fin

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du siècle dernier et au commencement du xixe qui nous offrent une digne "suite à l'histoire de la poterie ancienne de Kioto.

C'est l'époque où une véritable fièvre artistique s'est emparée de tous les Japonais , entraînée dans ce mouvement par l'esprit enthousiaste du Shiogoun Bounkio.

A Kioto , cette période fut marquée par un grand nombre d'artistes dont le premier en date fut Ogata-Shiouheï qui exerça ses talents dans des genres très divers; ensuite viennent Mokoubeï et Rokoubeï, ce dernier déployant une verve étonnante dans la confection des pe-

tites boîtes à

par-

PORTE-BOUQUET A EMAIL JAUNE, FIGURANT UNE RACINE DE BAM30U, PAR MAKOUDZOU.

(Collection de M. S. Bing.)

fums représentant les sujets les plus spirituels; puis enfin, Kan\an} Yossa, Zorokou, Marouya, Kanêiya et autres.

C'est avec intention que nous avons réservé pour la fin les deux artistes les plus célèbres du siècle actuel, à savoir : Dôhatshi et Yeïrakou.

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Takahashi Dôhatshi, qui avait commencé à se faire connaître vers 1810, a particulièrement excellé dans la fabrication des bols, qu'il décora dans la manière de Ninseï, mais en y introduisant le sentiment d'art qui était particulier à son époque; le fini dans l'exécution est souvent admirable et le goût le plus parfait règne dans la plupart de ses œuvres. Nous 'iv reproduisons une série de coupes sorties de la main de cet artiste à la planche VIII, sous les nos 3, 4 et 10. Celui que nous venons de désigner sous le nom dôhatshi. & Yeïrakou s'appelait en réalité Zengoro Rio^en. Il est issu d'une ancienne famille de potiers qui, sous le nom de Zengoro, avait tenu un rang honorable dans son industrie depuis plus de dix générations. Ce dernier descendant, celui dont seuls les produits nous sont connus, se révéla grand artiste. Mais c'est surtout par ses compatriotes qu'il fut proclamé tel, et lorsque les Japonais nous le représentent comme étant l'un des grands génies de l'art céramique, nous ne pouvons nous ranger à leur avis.

Zengoro est un praticien de premier ordre ; les matières par lui employées sont épurées d'une façon incomparable et les soins les plus minutieux président à sa fabrication. Mais c'est l'esprit d'invention que nous devons dénier à cet artiste dont l'ambition, au lieu de se hausser à des créations person- 1EÎBAKOU'

nelles, s'est donné pour tâche de faire revivre sous une forme plus ou moins renouvelée les types les plus variés empruntés au passé. C'est assez dire que nous ne pouvons suivre Zengoro dans tous les genres qu'il a abordés et nous nous bornerons à mentionner quelques-uns de ceux auxquels il s'est adonné avec une plus grande prédilection. Sa réputation a pris naissance par la reproduction d'une porcelaine à fond rouge couverte de dessins en or bruni, à laquelle on a donné le nom de kinrandé (brocart d'or), et qui passe

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pour avoir été créée en Chine sous la dynastie des Mings, pendant la période appelée Yeïrakou (1403 à 1424).

C'est cette particularité qui fournit au prince de Kishiu l'occa-

COUPE EN PORCELAINE BLANCHE DE KIOTO. (Collection de M. Alph. Hirsch.)

sion de récompenser le talent de l'artiste par le don d'un cachet d'or portant le caractère Yeïrakou, et, à partir de ce jour, ce nom remplaça celui de Zengoro comme marque de production et comme nom de famille.

Il est une autre variété dans laquelle Yeïrakou s'est complu et qui nous séduit infiniment plus que celle dont il est question cidessus : ce sont des objets entièrement recouverts d'émaux très brillants dont les tons les plus habituels, le jaune, le violet et le vert assemblés sur une même surface, sont isolés par des sections gravées en creux dans la pâte. La pièce 5 figurant sur la planche VII donne une idée très parfaite de cette fabrication; nous avons choisi quelques autres variétés produites par le même artiste pour les donner sous les n°s 5 de la planche VIII et 2 de la planche IX.

Si nous avons à bon droit classé Yeïrakou parmi les potiers de Kioto, d'où il est originaire et où la plus grande partie de ses productions ont été créées, il n'en est pas moins vrai qu'il mit son talent au service de maintes autres localités. Nous avons déjà cité la distinction qui lui a été conférée par le prince de Kishiu. Les plus beaux spécimens d' ' Onivayaki fabriquésjdans l'enceinte du palais princier de Kishiu sont en effet l'œuvre d' Yeïrakou. Il faut également mentionner son séjour dans la province d'Owari où il produisit des somét\oukë dans le goût chinois.

Pour épuiser le chapitre des poteries de Kioto, il nous reste à parler d'une fabrication que son caractère tout spécial nous a empêché de ranger dans le classement qui précède. Ce genre de céramique date de fort loin et s'est conservé intact jusqu'à ce jour

fet eut

STATUETTE DE FOUKOU-ROKOU, EN RAKOU.

(Collection de M. L. Gonse.)

LA CÉRAMIQUE

sans avoir été influencé par la transformation que Ninseï et son école ont fait subir à la tradition coréenne.

Le nom donné à cette poterie est celui de Rakou et voici son origine.

Dans la deuxième moitié du xvie siècle, vivait un certain Tshojiro

^**e?ps

BONBONNIÈRE A ÉMAIL GRISATRE, EN RAKOU. (Collection de M. de la Narde.)

ou Tshioyou, dont le père appelé Améya, d'extraction coréenne, s'était établi potier à Kioto et s'y était marié avec une Japonaise. Cette dernière, après la mort d' Améya, avait continué la fabrication et les produits avaient dès lors reçu le nom de Amayaki (poterie de veuve). Tshojiro perfectionna beaucoup cette fabrication lorsqu'il en

eut hérité à son tour et, en i588, le grand Shiogoun Hidéyoshi le manda dans son palais de Djiourakou qu'il venait de faire bâtir. L'ar-

Ç/,ei,

tiste y fabriqua des bols à thé dont la perfection satisfit tellement le prince que celui-ci gratifia Tshojiro d'un cachet d'or portant la marque de Rakou en souvenir du palais où les nouvelles productions de Djiourakou avaient été créées. Ainsi que nous l'avons dit déjà, le genre de cette poterie s'est perpétué jusqu'à présent; le cachet Rakou a été conservé, et c'est le onzième descendant de la même famille qui l'emploie aujourd'hui.

Les bols de Rakou affectent des formes d'une irrégularité pittoresque et voulue; ils sont presque toujours complètement dépourvus de décor, tandis que la pâte en est assez grossière et peu résistante. Tout le charme de ces objets réside dans les tons de l'émail; les couleurs les plus usitées sont les noirs et les rouges ; beaucoup de spécimens aussi offrent un mélange de ces deux tons ou bien des dégradations qui, déroulant toute la gamme des brans, des jaunes et des roses, éclatent avec une telle puissance et offrent aux yeux un tel régal que l'on ne rencontrerait que difficilement leur équiva- rakou. lent dans aucune autre céramique. Voir les bols représentés sur la planche VII, sous les nos 8 et 10.

Pour la poterie, la cité de Kioto a attiré dans son orbite la plupart des entreprises isolées qui s'étaient formées dans les localités environnantes ; néanmoins il s'était conservé au xvne siècle à l'ombre de la métropole un petit cercle artistique qui n'était pas dénué d'importance, et dont le siège était à Foushimi, où résidait alors le

STATUETTE, PAR GOEMON.

(Coll. de M. Ed. Taigny.)

LA CÉRAMIQUE

tshiajin Kobori Masakoud\ou, autrement dit Yehshiu, dont nous avons parlé plus haut. Tout près de Foushimi, il y avait plusieurs fours à poterie parmi lesquels celui du village de Fougakousa mérite une attention spéciale.

Cet établissement fut fondé en 161 5 par un émule de Ninseï du nom de Ikarouka-Goëmon, et représente à notre connaissance le seul endroit du Japon qui ait produit ce que nous avons coutume d'appeler des figures de terre cuite. Il existe de cette fabrication des statuettes remplies de vie et de caractère, et qui évoquent le souvenir de nos figurines de Tanagra, si tant est qu'il soit permis de faire un rapprochement entre deux conceptions si différentes de la figure humaine, et dont chacune a cependant sa raison d'être, suivant l'idéal propre au milieu dont elle est sortie.

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