LEGENDE DU VOLEUR D HUILE
( D'aprJs Hokousaï. )
d'émaux verts, jaunes ou violets, forment une heureuse diversion à l'uniformité du ton. L'usage s'est introduit chez les marchands de désigner ce dernier genre sous le nom de Kaga, en opposition avec celui de Koutani réservé aux décorations polychromes. Nous avons à peine besoin de faire ressortir le non-sens d'une pareille distinction, ces différentes sortes provenant toutes deux de Koutanivillage situé dans Kaga-province.
On a vu que la fabrique de Koutani avait été établie comme
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institution exclusivement princière ; ce caractère lui fut conservé pendant cent cinquante ans durant lesquels tous les ouvriers étaient aux gages du daïmio, et prit fin vers le déclin du siècle dernier où la fabrication tomba en décadence. Entre 1812 et i8i5, deux ouvriers nommés Yida et Yoshida entreprirent de reconstruire les fours dans la ville de Yamashiro , non loin de Koutani d'où Ton continuait à s'approvisionner de matières premières. A partir de ce moment, la fabrication de Koutani s'est transformée en une entreprise commerciale qui a pris une extension considérable. On dit que Yoshida s'est principalement adonné aux émaux employés en épaisseur, tandis que Yida a perpétué le décor rouge.
Nous avons décrit les types de Koutani les plus généralement connus. Mais il en existe un petit nombre qui, par des qualités exquises et par le sentiment personnel qui a présidé à leur création, échappent aux classements que nous avons établis. Quelques-unes de ces pièces proviennent d'une fabrication rendue particulièrement précieuse par l'emploi, en épaisseur, de l'or et de l'argent, de façon assez habile pour donner l'illusion des métaux mêmes, incrustés à l'état pur dans la pâte.
Pour parfaire un ensemble d'une richesse et d'une puissance saisissantes, l'artiste complétait le décor par des rouges très intenses distribués avec un goût parfait. Nous connaissons dans cet ordre une petite boîte à parfums à décor de damiers dont les champs sont formés d'or, d'argent et de rouge alternés, et nous reproduisons ici une autre pièce plus remarquable encore : c'est une coupe, dont le décor, à lambrequins, est cerné d'applications d'or et d'argent en relief auxquels le feu a communiqué l'éclat le plus métallique. La porcelaine blanche qui porte cette ornementation, et qui paraît dater de la fin du xvne siècle ou du commencement du xvme, est pure et fine comme une belle « coquille d'ceuf » de la Chine et l'émail doux et crémeux donne à la matière l'aspect d'une pâte tendre.
LA CÉRAMIQUE
On trouvera divers autres échantillons de fabrications exceptionnelles reproduits sous les numéros 6 et 7 de la planche VII et surtout sous le n° 5 de la planche IX.
COUPE EN PORCELAINE DE KOUTANI A ÉMAUX d'oR ET D'ARGENT EN RELIEF.
(Collection de M. Louis Gonse.)
Nous ne pouvons quitter la province de Kaga sans faire mention d'une fabrication qui n'a aucun point de contact avec la porcelaine de Koutani et qui se produit dans un faubourg de la ville de Kanazava, du nom de Ohi. C'est une poterie d'une matière très poreuse et en tous points semblable à celle qui sert à Kioto pour la
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fabrication du Rakou dont elle émane. Cette industrie a été implantée à Ohi il y a deux cents ans environ par Tshozaïyémon frère d'Itshiniu (quatrième Rakou).
Les objets sont faciles à distinguer par le cachet Ohi dont chacun d'eux est revêtu et par les nuances de l'émail où dominent le vert et le rouge feu. Ajoutons qu'au lieu de s'en tenir presque exclusivement à la fabrication des bols, à l'exemple des artistes de Rakou, ceux d'Ohi n'ont pas craint d'aborder des productions plus variées.
Plus que toute autre branche de la céramique japonaise, la poterie artistique de Satsouma doit son origine à la grande expédition du Taïko-Hidéyoshi dont le souvenir revient si souvent sous notre plume.
Le prince Shimadzou-Yoshihissa, qui à cette époque était à la tête de la province de Satsouma, avait en i5g8 ramené de Corée dix-sept familles de céramistes qu'il établit dans le village de Naéshirogava, où pendant longtemps on fabriqua des objets presque en tous points semblables aux productions coréennes. Les poteries grises, ornées de dessins noirs ou bruns, de même que les incrustations d'émail blanc, faisaient le fond de cette fabrication, ou bien encore , c'étaient des spécimens qui tiraient simplement leur effet du mélange contrastant de leurs couvertes diversement teintées.
Dans le cours des années Kouangheï (1624 à i6q3), un certain
CHAT ENDORMI, BRULE-PARFUMS EN ANCIEN SATSOUMA, AUX ARMOIRIES DES TOKOUGAVA.
(Collection de M. Louis Gonse.)
Bokouteïyen découvrit une pâte blanche à Housouki , et en même temps composa un émail d'un ton clair et fin avec des matières provenant de Kaséda.
C'est de cette époque que date la délicate poterie truitée qui a rendu le nom de Satsouma célèbre chez nos amateurs. Les premières pièces du genre étaient sans aucun décor et même plus tard ce n'est que très discrètement encore que se trouve employée l'ornementation par-dessus couverte. Au cours de la seconde moitié du xvme siècle seulement, deux ouvriers, Kin-Zenkaï et Kouhabara- Jiou\ayémon, se sont rendus à Kioto pour apprendre à rehausser les belles matières produites dans leur province par de riches décorations.
Les détails qui précèdent sont empruntés à une étude très intéressante communiquée par M. E. Satow à VAsiatic Society de Tokio. Malgré ces renseignements nous devons cependant avouer que notre curiosité demeure en éveil devant ce fait étonnant que du premier coup les ouvriers de Satsouma ont dépassé tout ce qui, avant eux, s'est fait de beau en ce genre de travail. Il n'y aurait dans ce fait rien de surprenant s'il s'agissait d'un groupe d'ouvriers dès longtemps préparés à une telle transformation par des travaux d'un caractère à peu près analogue; mais ici, c'est tout le contraire : on nous dit que jamais à Satsouma la fabrication n'est sortie des mains des Coréens, lesquels ont conservé intact le génie primordial de leur patrie, se mariant constamment entre eux et ne souffrant l'intrusion d'aucun élément japonais. Pendant des siècles, ces sectateurs opiniâtres de la tradition n'ont produit que d'après des prototypes légués par les fondateurs de leur colonie, et c'est de cette production primitive et sombre d'allures qu'est sortie, sans transition, une création remplie de la grâce la 'plus aimable et la plus raffinée qu'il soit possible de rêver dans le domaine de la céramique.
On n'a pas oublié l'effet magique produit par les premières
LA CÉRAMIQUE
faïences de Satsouma qui parurent en Europe et, n'étaient les nombreuses imitations dont les Japonais ont encombré nos marchés depuis lors , l'engouement de la première heure aurait certainement pris des proportions plus considérables encore. Ce n1est en effet que depuis leur révolution de 1868 que les Japonais ont consenti à nous livrer leurs véritables pièces d'amateurs, celles qui avaient été confectionnées pour l'usage des Daïmios et des Shiogouns et qui donnent la note de ce que l'aristocratique distinction du goût japonais a pu enfanter de plus élevé.
Dans ces petites pièces la pâte est ferme et lourde; sa couverte, sillonnée de fissures extrêmement fines et serrées, présente les nuances délicates qui, depuis le ton légèrement enfumé du vieil ivoire, s'étendent jusqu'au blanc de la crème. Sur ces fonds harmonieux et doux s'enlèvent des décors tantôt vaporeux et tendres, tantôt s'accusant dans un dessin ténu et précis où des rouges éblouissants, savamment distribués , éclatent au milieu d'ors en relief d'une extrême pureté ; des émaux d'une limpidité exquise
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