Voyage en Asie. Paris, Michel Lévy, 1 vol. in
LA SCULPTURE
des netzkés. Tous ceux qui ont visité Nara sont unanimes dans leur admiration. « Les mots, dit M. Reed, sont impuissants à rendre le saisissement, presque la terreur que Ton éprouve lorsque, pénétrant dans le temple du Daïbouts, on découvre dans la pénombre le colosse de bronze. Il semble qu'un rideau se déchire et laisse apparaître
CHAT EN BRONZE REHAUSSÉ DE ZÉBRURES D'OR (XVIIe SIECLE) (Brûle-parfums de la collection de M. Henri Cernuschi. )
la personnification surnaturelle de la grande religion asiatique. » Nara est bien loin; mais nous avons, à Paris même, une répétition de cette merveille de fart du vne siècle qui permet de s'en faire une idée. A défaut du colosse, nous pouvons nous contenter d'un diminutif qui est encore fort respectable. Le grand Bouddha de bronze rapporté de Mégouro par M. Cernuschi date, dit-on, de la fin du xvme siècle. Il reproduit les dispositions principales de l'œuvre du temps de Shioumoun. Le mouvement est le même; il est d'un calme et d'une élégance suprêmes; la tête est empreinte d'une suavité et d'une douceur presque tendre que l'on ne retrouve
ni dans le Daïbouts de Nara ni même dans celui de Kamakoura. Il mesure 4m,5o de la base de la fleur au sommet du disque, ce qui donnerait au personnage debout une hauteur de près de neuf mètres. C'est certainement la plus grande sculpture de bronze possédée par un particulier, M. Cernuschi l'a fait placer sur un soubassement de bois, à jour, d'une disposition très heureuse. L'effet, au milieu du hall, est des plus grandioses; la lumière abondante qui l'enveloppe en fait valoir toute la beauté; le ton et la patine du métal oxydé par l'air sont superbes. L'héliogravure que nous publions ici (pi. X peut suppléer à toute description.
Le temple qui abritait ce Daïbouts, à Mégouro, faubourg de Tokio, ayant été détruit, la statue était abandonnée et presque oubliée au milieu des jardins. Le récit de cette mémorable acquisition se trouve tout au long dans le Voyage en Asie de M. Théodore Duret1.
Un certain nombre de sculptures du vme et du ixe siècle existent encore au Japon. Nara en a conservé plusieurs. Mais les plus importants se trouvent à Kioto dans le temple de Todji, de la secte Shingon, construit par l'empereur Kouanmou (782-805). Ils sont de la main de Kobo-Daïshi, l'infatigable missionnaire du bouddhisme. On remarque, entre autres œuvres, quatre gardiens du ciel, dont M. Reed loue le grand caractère et une mandara à dixneuf personnages , représentant les principaux dieux du bouddhisme rangés autour de la figure de Shakia-Mouné. Une reproduction de cette mandara, exécutée avec beaucoup de soin par Yamamoto, sculpteur de Kioto, appartient au musée Guimet, à Lyon. Quelques monuments funéraires de Koyazan, près d'Osaka, sont du ixe siècle. Le plus ancien est le tombeau du même Kobo- Daïshi. Koyazan est le Campo-Santo des anciens héros du Japon.
Yosaï nous montre, dans ses Héros et savants célèbres, le prince
t. M. Duret, compagnon de M. Cernuschi, rédigea et publia le journal du voyage.
LA SCULPTURE
Gouaïyôouo sculptant une vasque de bois pour son jardin, sous l'empereur Seïva 'ixe siècle).
Je possède dans ma collection une pièce de bronze qui, selon