‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 65 sur 159 · DE HOKOUSAÏ · texte numérisé non relu

DE HOKOUSAÏ

LES LAMES

pant tourné en dedans, la poignée à gauche; l'interlocuteur ne doit toucher le manche qu'avec une soie, que chacun a l'habitude de porter dans sa poche, ou avec un morceau de papier propre. La lame doit être sortie du fourreau peu à peu et admirée morceau par morceau. Elle ne peut jamais être sortie entièrement à moins que le possesseur n'insiste auprès du visiteur.

Dans ce cas il faut la tirer avec beaucoup d'embarras et la tenir loin des autres personnes présentes. Après l'avoir admirée, il convient de l'essuyer soigneusement

avec un linge spécial. On la remet ensuite dans le fourreau et on la rend ainsi à son possesseur. Le petit sabre se garde dans la ceinture, et ce n'est que dans le cours d'une visite prolongée que l'hôte et le visiteur les posent à côté d'eux. Les femmes n'ont ni le droit ni l'habitude de porter de sabres, à moins qu'elles ne soient seules en voyage. En cas d'incendie , les dames du palais mettent souvent des armes à leur ceinture. i^Ji; Un Japonais bien élevé doit pouvoir discerner l'âge

et la qualité d'une lame à la simple inspection de la trempe. Les trempes affectent les aspects les plus variés; elles sont droites ou ondulées. Les ondulations un

GRAVURE DU « YEHON SOUIKODEN », DE HOKOUSAÏ.

KODZOUKA

Par Oumetada Miojiu.

peu larges et régulières sont très estimées; mais la trempe droite, lorsque le fil de l'acier est marqué par une ligne bien pure d'un ton sourd et mat, est la plus belle aux yeux d'un connaisseur.

Il faut reconnaître que, même pour l'œil profane d'un Européen, certaines lames, par leur courbure harmonieuse, leur poli, leur pureté, ont le charme d'une véritable œuvre d'art. Les soins dont sont entourées les belles lames leur conservent à travers les siècles l'éclat immaculé d'un miroir. On voit d'antiques lames dont la fusée (la soie) est toute mangée par la rouille, perforée de trous, traces des montures successives, mais dont le tranchant, de la poignée à la pointe, est aussi net que s'il sortait de la forge.

Presque toutes les lames de valeur sont signées; souvent même elles sont datées. La signature se trouve toujours gravée à chaud sur la fusée. Quelquefois l'artiste a ajouté une légende, pièce de poésie ou sentence :

Il n'y a rien entre le ciel et la terre que l'homme puisse craindre qui porte à sa ceinture cette lame unique.

Notre destinée est entre les mains du ciel, mais un guerrier adroit ne rencontre pas la mort.

Dans nos derniers jours notre sabre devient la richesse de nos enfants.

Les lames exceptionnelles sont ornées de gravures en creux exécutées au burin et à froid. On se demande comment, dans une matière telle que l'acier des lames japonaises, on est parvenu à ciseler, souvent même à ajourer des motifs qui ont le gras et la souplesse de la cire. Ce sont généralement des dragons enlacés ou mordant une lance, des devises, des armoiries, ou même de simples cannelures; mais j'ai vu des figures de divinités, Foudo, Kouanon ou Dharma intaillées avec une liberté et une vigueur surprenantes, qui décoraient la lame d'une façon princière. Sur quelques pièces de grand luxe le sujet était non seulement ciselé, mais encore damasquiné d'or et d'argent. Je citerai, dans ce genre,

LES LAMES

une admirable lame signée Oumétada Miojiu, de la collection de M. Bing, et incrustée de métaux précieux représentant une bataille navale (xvie siècle), et, dans ma propre collection une lame signée Taïkeï Naotané (xvme siècle), décorée d'une figure de Bishamon ciselée en creux et incrustée d'or de différentes couleurs. Ces deux

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