‹ L'art japonais (volume 2)Chapitre 8 sur 159 · PLAFOND DU TEMPLE D OBAKOU A OUJI · texte numérisé non relu

PLAFOND DU TEMPLE D OBAKOU A OUJI

i. Le Japon pittoresque. Paris, Pion, 1879, 1 vol. in-12.

2. La citadelle proprement dite a été détruite à la révolution de 1868.

large et autant de haut, — plus dV quatre cents mètres cubes!

Le même Hidéyoshi a fait aussi construire le palais de Himkakou et le magnifique et célèbre temple shinto de Nishi-Ongouandji, à Kioto, qui fut terminé en 1 578.

Mais c'est le xvne siècle qui est l'âge d'or de l'architecture au Japon. L'art atteignit alors une perfection technique, une opulence d'invention, une harmonie de formes qui n'ont pas été dépassées. Le grand temple shinto de Nikkô, élevé par Yémitsou à la mémoire de Yéyas, et le temple de Tshiôin, à Kioto, tous deux construits par le célèbre sculpteur-architecte Hidari Zingoro, les grandes pagodes à cinq étages de Nikkô, d'Osaka et de Kioto sont considérées, à juste titre, comme les merveilles de Fart japonais arrivé à son épanouissement.

Les dimensions colossales du sanctuaire principal de Tshiôin l'ont fait appeler par les voyageurs européens le Saint-Pierre du Japon. Quant au temple de Yéyas, à Nikkô, il n'y a qu'une voix pour lui accorder le premier rang. Comme magnificence et comme conservation il l'emporte sur tous les autres, même sur ceux de Kioto. Comme intérêt artistique, il est bien réellement le plus admirable de l'empire et la plus splendide curiosité que les étrangers puissent y contempler.

Devant ces constructions de bois qui ont la grandeur des choses éternelles, on doit se dépouiller des vieux préjugés et se convaincre que la majesté dans l'architecture tient plus à la forme qu'à la matière et que le bois, dans certains cas, vaut la plus belle pierre et les plus beaux marbres du monde.

« Au pied du temple de Gonghen-Sama, s'écrie M. Bousquet, comme devant Notre-Dame, comme à Bourges, comme à Rome et à Athènes, l'âme humaine se sent à la fois élevée et écrasée. » Au milieu d'une nature sauvage, sous des ombrages plusieurs fois séculaires, près des cascades murmurantes, l'art et l'histoire se

L'ARCHITECTURE

sont unis 'pour déifier la mémoire du plus grand homme du Japon. Les trois temples les plus remarquables de Yédo, par leur

GRANDE FONTAINE DE TEMPLE, EN BRONZE, A KIOTO. ( D'après une photographie communiqués par M. Josiah Conder. )

beauté et leur richesse, appartenaient à la même époque : ce sont ceux de la Shiba, d'Ouiyéno et d'Assaksa. On les doit aussi à

Yémitsou, le grand bâtisseur. Les célèbres temples de la Shiba et d'Ouiyéno ont été en grande partie détruits, le premier par un incendie en 1 873 ; le second, par la guerre civile, en 1868. Celui du faubourg d'Assaksa, dédié à la déesse Kouanon, existe encore; il est un des beaux ornements de Yédo. Ses jardins, très fréquentés par le bas peuple, ont l'aspect d'une foire perpétuelle. La téra d'Assaksa est un but d'excursion bien connu des étrangers.

Depuis deux siècles, le Japon s'inspire de l'imitation des types créés sous le shiogounat de Yémitsou par Hidari-Zingoro. L'histoire de l'architecture offre désormais peu d'intérêt. Les temples plus modernes de Tokio n'ont rien à apprendre à ceux qui ont vu les chefs-d'œuvre de Nikkô et de Kioto.

Aujourd'hui le Japon vit sur des formules appauvries. L'art religieux est frappé à mort. Il cède la place 'aux usines et aux gares de chemin de fer.

L'art architectural du Japon a deux qualités dominantes : son association intime avec le caractère du paysage — ce que j'appellerai sa mise en scène — et sa décoration. C'est dans ces deux sens, plus encore que dans la structure elle-même, 5-^ qu'éclatent les ressources du génie japonais. Ce que nous admirons dans un minuscule netzké, dans une boîte de laque ou dans n'importe quel objet usuel, nous le retrouvons dans l'ornementation d'un temple; il y a la même bonne foi d'exécution, la même loyauté de main-d'œuvre. Les plus petits détails, fussent-ils en dehors de la portée du regard, sont exécutés avec un égal scrupule.

Semblables à nos admirables maîtres de métiers du xme siècle, les artistes japonais des belles époques jugeaient que, dans une œuvre d'art, si compliquée qu'elle fût, rien n'était indigne de leur sollicitude.

Prenons pour exemple le grand temple de Yéyas à Nikkô. Les artistes de Yémitsou, sous la direction de Zingoro, y ont donné pleine carrière à leur débordante fantaisie et en ont fait un musée d'art qui surpasse les rêves enchantés des Mille et une Nuits.

Bâti sur les pentes de la montagne, environné d'une splen-

PORTE PRINCIPALE DU GRAN0 TEMPLE DE NIKKO SCULPTEE PAR HIDARI ZINGORO

(XVIIe SIÈCLE).

dide végétation, le grand temple de Nikkô forme toute une ville au

ci =

milieu de laquelle l'imagination du plus intrépide reste confondue. Les cours succèdent aux cours, les portes aux portes, les

enceintes aux enceintes; et chaque enceinte, chaque porte constitue à elle seule un ensemble du plus haut intérêt; chaque cour est ornée de bâtiments de dimensions et de formes les plus différentes : kiosques élégants, pagodes élancées, fontaines abritées sous des toits somptueux, magasins destinés à recevoir les ornements sacerdotaux, les livres sacrés, lanternes et toris magnifiques. Les murailles sont décorées de panneaux sculptés et de frises d'une exécution merveilleuse; les toits, garnis de faîtières et de bordures en bois, en terre cuite et en bronze du style le plus pur, reposent sur des charpentes dont le travail d'encorbellement rappelle les voûtes en ruche d'abeilles des Arabes. Toutes les poutres sont polies, ajustées, comme de l'ébénisterie de luxe; toutes les mortaises sont fixées par de grands clous à tète de bronze qui rivalisent avec les plus délicates orfèvreries, et la plupart des grandes pièces de bois sont maintenues dans des chemises de métal d'un travail précieux; les montants, les linteaux des portes, sont enlacés par des branches fleuries, des dragons dans les vagues; les plates-bandes des frontons sont ajourées de bas-reliefs où courent les motifs les plus variés, animaux ou personnages, au milieu des plantes et des fleurs ; les soubassements sont décorés de grecques du plus beau

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