EPOQUE DE GENROKOU. - • KORIN
Les différents arts du décor suivaient, au Japon, un développement parallèle à celui de la peinture. La fin du XVII* siècle et le commencement du xviii* marquent pour quelques-uns de ces arts, notamment pour les laques, pour les tissus et pour les travaux de métal, fonte et ciselure, une période d'éclat incomparable. Le nengo célèbre de Genrokou (1688 à 1704) doit rester gravé dans la mémoire de tous ceux qui s'intéressent à l'art japonais. Aux yeux des gens de goût, il détermine un point de perfection qui n'a pas été dépassé. On dit au Nippon la période de Genrokou, comme nous disons ici le siècle de Louis XIV. C'est le moment où les relations commerciales avec la Hollande avaient acquis toute leur intensité. Faut-il voir dans ce fait un excitant particulier d'activité productive? Cela n'est pas douteux pour les fabriques de porcelaines du Hizen, dont les produits étaient en majeure partie destinés à l'exportation européenne et exécutés en quelque sorte sur commande. Dans le domaine des connaissances scientifiques et industrielles, il est certain que cette infiltration de l'influence européenne, qu'on enveloppait
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de part et d'autre de mystère, a été considérable. Au point de vue de Part, elle ne se révèle que par des détails d'un ordre secondaire et fut en réalité assez insignifiante.
PORTEUR DK FAGOTS, — (Dessin de Kôrin pour une boîte de laque.)
(CoUect 011 de M. S. Bing.)
Cette époque de Genrokou est non seulement illustrée par des peintres célèbres, mais encore par des hommes éminents en tout genre. Alors vivaient de grands poètes comme Bashio, Kikakou et Lansetsou,
des ciseleurs comme Sômin,cles laqueurs comme Kôrln, des céramistes comme Kenzan, des amateurs comme Kîboun, des décorateurs comme Ritsouô. L'énorme accroissement de la ville de Yédo, devenue, depuis Yeyas, la capitale de fait et le centre commercial du Japon, ne fut pas étranger à ce grand mouvement d'art. Uastre de Kioto pâlissait visiblement au profit de celui de Yédo. Gardienne des hautes et exquises traditions, des élégances raffinées et sévères, elle se voyait peu à peu supplantée par une rivale dont les allures de parvenue avaient moins de distinction, mais plus de vie. Kôrin, dont je viens de prononcer le nom comme laqueur, est peut-être le plus original et le plus personnel des peintres du Nippon, le plus Japonais des Japonais. Son style ne ressemble à aucun autre et désoriente au premier abord Toeil des Européens. Il semble à l'antipode de notre goût et de nos habitudes. C'est le comble de l'impressionnisme, du moins, entendons-nous, de l'impressionnisme d'aspect, car son exécution est fondue, légère et lisse; son coup de pinceau est étonnamment souple, sinueux et tranquille. Le dessin de Kôrin est toujours étrange et imprévu; ses motifs, bien à lui et uniques dans l'art Japonais, ont une naïveté un peu gauche qui vous surprend ; mais on s'y habitue vite, et, si l'on fait quelque effort pour se placer au point de vue de l'esthétique Japonaise, on finit par leur trouver un charme et une saveur inexprimables, je ne sais quel rythme harmonieux et flottant qui vous enlace. Sous des apparences souvent enfantines, on découvre une science merveilleuse de la forme, une sûreté de synthèse que personne n'a possédée au même
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degré dans l'art japonais et qui est essentiellement favorable aux combinaisons de Tart décoratif. Cette souplesse ondoyante des contours qui, dans ses dernières œuvres, arrondit tous les angles du dessin vous séduit bientôt par son étrangeté même. J'avoue très sincèrement que l'art de Kôrin, qui, dans les premiers temps, m'avait passablement troublé, me donne aujourd'hui les Jouissances les plus raffinées.
Kôrin est né à Kioto, en i66r, d'une famille bourgeoise du nom d'Ogata. Son premier maître fut, dit-on. Tsounénobou Kano; il entra ensuite à l'école de Tosa et étudia dans la maison de 1 a. laqueurs fondée par Kôëtsou; mais c'est ^-C^*' dans l'étude des esquisses de Shiokouado X '. -^ et surtout dans celle des peintures de Sôtatsou, artiste avec lequel sa manière a les plus étroits rapports, qu'il trouva sa voie définitive. Il quitta Kioto assez jeune et se kôrin fixa à Yédo. Il revint plus tard dans sa ville natale et y mourut en 1716 à l'âge de cinquantesix ans.
Son dessin est bien un dessin de laqueur; l'encre de Chine coule du bout de son pinceau comme une matière grasse; et, en effet, c'est surtout par ses laques que Kôrin s'est rendu célèbre. Son style a fait école et a été à la mode pendant tout le cours du xviii* siècle; son invention décorative est d'une abondance qui n'a pas d'égale.
Ses peintures — esquisses d'albums ou kakémonos, — quoique rares, étaient jusqu'en ces derniers temps assez peu prisées au Japon. Le goût du gros public,
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blasé par les ragoûts excitants des produits modernes, méconnaissait la haute et aristocratique distinction de Part de Kôrin qui avait conservé, par contre, toute Testime des vrais connaisseurs. Ses œuvres dénotent un rare tempérament de coloriste; à ce point de vue seul
elles sont les plus curieuses à étudier.
Je citerai, parmi les plus remarquables qui soient venues en Europe, deux grands paravents décorés d'immenses chrysanthèmes à fleurs blanches, en relief, sur un fond d'or. L'aspect décoratif encst d'une somptuosité vraiment royale. Ils étaient placés à l'exposition de la rue de Sèze, dans le fond de la salle, au dessus des vitrines murales, l.e ton particulier de For, légèrement opalisé, la blancheur des pétales, Télégance et l'imprévu de la composition laissant aux surfaces d'or toute leur valeur, ces tiges pliant sous le poids des fleurs, ces bouquets s'enlevant en lumière comme un vol de grands papillons, tout concourait à en rendre l'effet éblouissant*.
I. M. FenoUosa, qui a examiné ces paravents, lors de son passage à Paris, est porté à les considérer comme un chef-d'œuvre unique sorti de la main de Kenzan, le frère de Kôrin.