‹ L'art japonaisChapitre 16 sur 76 · LE XVIII* SIECLE. — APOGEE DU DECOR JAPONAIS. GOSHIN ET OKIO · texte numérisé non relu

LE XVIII* SIECLE. — APOGEE DU DECOR JAPONAIS. GOSHIN ET OKIO

Au milieu du xviii^ siècle se produisit un retour de vogue de l'école chinoise, sous l'influence d'un artiste du Céleste Empire, Namping, qui vint s'établir au Japon vers 1720. Le gouvernement des Tokougava l'avait fait venir de Chine et lui avait, en sa qualité d'étranger, assigné la résidence de Nagasaki. C'était un

homme de grand talent. Il eut rapidement un nombreux cercle d'élèves et sa réputation s'étendit sur tout le Japon. Les Hollandais furent en rapport avec lui, et longtemps on a pris dans les Pays-Bas, où quelquesunes de ses œuvres avaient été importées, le style de Namping pour le type le plus pur de Part japonais. Sa manière était celle des bons peintres de la période de Young-Tching : paysages de convention, sans perspective, contours très fins et très étudiés des figures, profonde connaissance des fleurs et des oiseaux, coloris brillant.

Quelques-uns des élèves de Namping ont acquis une haute réputation. Tels sont, par exemple, Youshi, qui a popularisé le style de son maître, et Shosiseïki, de Yédo. On classe ce dernier parmi les artistes les plus estimés de son temps; Je connais, de lui, quelques œuvres qui sont d'une élégance achevée. Il est mort en 1774, à Tâge de soixante-dix-huit ans. On cite encore Riourikio, plus connu sous le nom de Kiyen, mort en 1758.

Le nombre des artistes de talent est si considérable à la fin du xvm' siècle que je suis obligé de limiter mes citations.

Yosen et son fils Issen représentent avec cclaî, à ce moment, Técole et la famille des Kano. Yoscn de Yédo, connu aussi sous le nom de Genshisaï, était né en 1752. Le Shiogoun Thonora du titre de Hôhin. Il est mon en 1808. C'est le dernier grand maître de l'école des Kano. Yosen était surtout un incomparable paysagiste. Personne ne l'a surpassé pour la poésie de l'exécution et l'habileté à rendre la fuite des plans. J'ai sous les yeux une aquarelle sur soie de o"', 40 de largeur sur

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o"', 25 de hauteur, qui donne une perception aiguë de son talent. Un paysan, monté sur son bœuf, rentre chez lui par une âpre et froide journée d'hiver. Le brouillard couvre au loin la plaine, les rizières inondées d'eau et les haies de bambous ; la lune jette sa lumière pâlie à travers un épais voile de vapeurs; le vent secoue les branches d'un maigre saule. Cela n'est rien qu'une grisaille lavée de teintes neutres, couvrant à peine la soie; mais ce rien vous donne une impression exquise de tristesse, de solitude et de silence. Son fils Issen travaillait également à Yédo. Il est mort en 1828.

En remontant un peu plus haut que Yosen, je trouve Bounleï, un des maîtres connus de l'école de Kano, mort en 1778, et Taïgado, de Kioto, peintre et savant, qui est venu comme tant d'autres artistes se fixer à Yédo ; tous deux élèves de Nankaï et de Riourikio. Les peintures de Taïgado sont parmi celles qui se vendent le plus cher au Japon. Elles sont fortement imprégnées de l'influence chinoise de Namping. Taïgado est mort en 1776 à l'âge de cinquante-quatre ans.

De Kioto aussi était Bouson, peintre et poète, célèbre par ses étonnantes distractions. On raconte qu'un jour pour admirer un bel effet de lune il fit un trou avec sa bougie allumée à la toiture de paille de sa maison et mit ainsi le feu à tout un quartier de Kioto. Ce grand incendie est encore connu sous le lum d'incendie de Bouson. Ses œuvres sont très rares; elles témoignent de beaucoup d'humour et d'un grand sentiment poétique. Il est mort en 1783, à soixante-huit ans. Il fut le maître du fameux Goshin.

Gekkeï, plus connu sous le nom de Goshin, était

né à Kioto, en 1741, de la famille Katsoumora. Il est, avec Okio, le fondateur de Pe'cole moderne et indépendante de Kioto ou école Shijo^, qui se distingue de celle de Yédo par son extrême élégance, Tharmonie de son coloris et un goût particulier dans la composition. L'art de Goshin est franchement japonais et ne relève en rien de Técole chinoise. Il témoigne d'une "C^ étude approfondie des grands maîtres des ""V^^ trois siècles précédents. Les plus beaux mo- ^^^ dèles des brodeurs de Kioto sont empruntés ^^M^ à Goshin. Son dessin est net, élégant et d'une rare distinction. Après avoir étudié chez Bou-

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son, il voulut suivre l'enseignement d'Okio, dont la réputation était déjà fort grande. Okio se défendit de cet hommage rendu à son talent en lui disant : « Je puis être votre ami, mais non votre maître. » Goshin est mort en 181 1, laissant derrière lui une renommée que le temps n'a fait que grandir. Il est connu aussi sous le nom de Yenzan.

L'école de Goshin, ou tout au moins sa manière, a donné naissance à nombre d'artistes d'un talent remarquable, qui ont jeté, dans les dernières années du xvni* siècle et dans les premières années du xix% un nouveau lustre sur la gloire de Kioto, et lui ont rendu pour un demi-siècle une partie de sa primauté artistique.

C'est d'abord Toreï, de la province d'Inava, élève de Shosiseïki, puis de Goshin. Les renseignements nous manquent sur ce peintre; mais, à en juger par le grand tigre qui se trouve en la possession de M. Montefiore,

I. Shijoest le nom d'une rue de Kioto où s'établit cette école de peinture.

LA PEINTURE. (Î7

Toreï serait un des artistes éminents de la fin du dernier siècle. La puissance de Texpression et la Justesse du dessin luttent ici avec la souplesse merveilleuse du coup de pinceau et la blonde harmonie de la couleur. On ne sait, en ve'rité, ce qu'il faut le plus admirer, du rendu du pelage qui va, sans repentirs et sans mièvreries, jusqu'à rillusion de la nature, du mouvement superbe du fauve, qui se mordille la patte, ou de Pe'clat métallique et clair de Tœil bordé d'un mince liséré rose.

La manière de l'école de Goshin paraîtra, sans contredit, à des yeux européens non encore familiarisés avec les saveurs de terroir de l'art japonais, la forme la plus séduisante et la plus accomplie que celui-ci puisse revêtir. Les peintures de Seïsen, de Gouakoureï, de Renzan, de Zaïtiu, de Kakouteï, de Nangakou, de Keiboun, de Shosizan, de Mourakou, de Seïki, de Hakkeï, répondent entièrement à notre esthétique. Il est impossible de porter plus loin l'élégance du style, la délicatesse du dessin, la grâce ingénieuse de la composition, le charme d'un coloris qui chante dans les gammes claires, avec une discrétion et une sobriété qui sont un raffinement de plus. Les œuvres de ces maîtres, surtout celles des cinq premiers, sont dignes des hauts prix qu'elles atteignent aujourd'hui chez les marchands de Tokio. Leurs motifs sont de préférence empruntés à la flore et à la faune. Shosizan, fils de Shosiseïki, a peint des branches de cerisiers fleuris dont le merveilleux éclat donnerait à réfléchir à nos plus fins aquarellistes. Hakkeï avait la spécialité des insectes et des papillons. Renzan, connu aussi sous le nom de Hishitokou, a peint les oiseaux avec une légèreté de main sans égale.

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Il semble que le lisse et le brillant de la plume soient fixés sur la soie de ses kakémonos. Je connais de lui des colombes sur une branche de pin qui m'ont donné déjà de délicieuses heures de contemplation; de même certains petits ours au milieu de la neige, de Zaïtiu, dont Pattitude, l'œil vairon, la réjouissante bonhomie sontd^une exquise observation. Zaïtiu a, du reste, laisse une grande réputation au Japon. Son nom de famill'était Hara. Il est mort à Kioto, en 1837, à Page de quatre-vingt-huit ans.

Deux artistes d'une très grande renommée et d'un mérite vraiment supérieur vont maintenant

rj^ nous arrêter. Ils sont du petit nombre de

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