‹ L'art japonaisChapitre 41 sur 76 · MO U CH E, PAR TOMIHAROU · texte numérisé non relu

MO U CH E, PAR TOMIHAROU

Collection de l'auteur.)

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tenter que celle des rapports intimes qui existent entre notre art français du xiii* siècle et Tart japonais des bonnes époques.

Mais Je reviens aux sculpteurs de netzkés.

Un des artistes du commencement du xviii^ siècle les plus appre'ciés au Japon est Rioukei , dont les oeuvres sont malheureusement fort rares en Europe. A peine pourrait-on citer trois ou quatre pièces signe'es de lui. Son exécution est des plus habiles; son goût trahit un peu Tinfluence chinoise. Vers le milieu du xviii", les ateliers de Nara étaient en pleine prospérité. Ceux de Kioto et de Yédo avaient pris naissance et s'apprêtaient à lutter sans désavantage avec ceux ^^ de Tantique cité. A ce moment, apparaît b Nara un maître dont l'action a été considérable sur rindustrie des netzkés : Miva V^. Ses œuvres sont estimées entre toutes, et ce n'est que Justice, car s'il y a eu des praticiens aussi adroits, il n'en est aucun qui ait miva. allié comme lui l'originalité de l'invention, la largeur et la sobriété du style à la force concentrée de l'expression. Il faudrait accumuler les épithètes pour rendre par les mots le plaisir que vous cause un beau netzké de Miva. C'est presque une Jouissance du toucher, tant les accents en sont fondus et assouplis. A ma connaissance, celui-ci n'a sculpté que des bois : personnages ou animaux. On en compte une demi-douzaine disséminés dans les collections de Paris.

Le plus remarquable représente un paysan couvert d'un vêtement de paille et d'un grand chapeau, accroupi, à l'affût, et semblant guetter une proie invisible. C'est

un chef-d'œuvre de vie, une merveille d'expression dramatique. La maîtrise du ciseau y défie toute comparaison. Le masque du paysan, animé d'une sourde colère, la souplesse du corps, qui s'efface et rampe à terre, sont prodigieux. J'attribuerais aussi à Miva P'"un

admirable netzké de la collection de M. Auguste Dreyfus; il est en bois peint et représente la vieille Komati, assise, son bissac au côté. La peinture, usée par le frottement, a pris des tons d'une douceur charmante ; le modelé de cette figurine, haute de six centimètres, a l'ampleur de la nature même. Il est impossible de mettre plus de grandeur de style et plus de science de dessin dans un plus petit espace. Celte vieille édentée, image de la misère et de la décrépitude, aurait pu tenter le burin de M. Gaillard.

C'est de l'atelier de Miva que sont sortis la plupart des sculpteurs de netzkés en bois et en ivoire. Miva II et Miva III ont eu un grand talent. En relevant les signatures des pièces qui se trouvent à Paris, je puis citer les artistes les plus distingués de la seconde moitié du xviii^ siècle, appartenant aux ateliers de Yédo et de Kioto. Ce sont : Minkô, Norikadzou, Ikkô, Gamboun,

COLIMAÇON, PAR TADATOSHI.

Collection de M. S. Bing.)

LA SCULPTURE

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Bokousaï, Minkokou, Masatoshi, Tomiharou, Sensaï, Masanao, Shiômin, Tomoïtshi, Tadatoshi, Rioshiô, Riômin (qu'il ne faut pas confondre avec Thabile ciseleur du XIX* siècle) et Mitsoushighé, qui ont surtout

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CAMBOUN. BOKOUSAÏ. TOMIHAROU. MINKOKOU.

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RIÔMIN. MASANAO. NORISAnÉ. HÔMIN. TADATOSHI,

travaillé le bois; Kouaïguiokou, qui a tra^raillé également bien Tambre, l'ébène, le corail; Sessaï, Kisoui, Tôoun, Hidémasa. Tomotada, Masatsané, Masafoussa, Tomotshika. Jiouguiokou, Masakadzou, qui ont, de préférence, employé Tivoire. Ikkô, Gamboun et Kisoui se sont distingués par leurs admirables travaux d'incrustation.

Dans la période plus moderne, qui s'étend de 1810 à 1860, brillent les noms de Ikkouan, Norisané, Ittan, Anrakousaï, Masatsougou, Shibayama, — célèbre pour ses travaux de marqueterie et d'incrustation sur bois

ITTAN. MASATAMI. JIOUCUIOKOU. IKKOUAN. TOMOÏTSHI. ITiHlMlN.

dur, qui a fondé Técole de Shibayama, — Noboyouki, Gouiokouhô, Hômin, Masashiro, Rakouyeisai, Masa-

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MASAHIRO. KOUAIGUIOKOU. NORIKADZOU.

youki, Itshimin, Masatami, Shiôitshi, Norioki et Noritami.

Il faudrait tout un chapitre et très étendu pour entrer dans le détail des œuvres signées par ces délicieux maîtres.

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Chacun d'eux s'est fait connaître par une spécialité où il se surpasse. îtshimin est Phomme des ruminants; Anrakousaï, celui des sennins; Tadatoshi, celui des escargots; Ikkouan, celui des souris; Minkokou, Sensaï, Masanao, Bokousaï ont signé d'admirables petits personnages; Nobouyoki excelle dans les scènes à plusieurs figures et dans les groupes; Noriaki et Noritami

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HIDÉMASA. NOBOUYOKI. SHIBAYAMA. MASATOSHI. MASAFOUSSA. TOMOrADA.

sculptent, en bois et en ivoire, de petits masques pleins d'esprit et de sel satirique, qui luttent avec les meilleures créations des Démé. Parmi les artistes secondaires, qui ne sont que de simples ouvriers, les spécialités sont bien plus frappantes. Certains manœuvres se sont adonnés à l'exécution d'un sujet unique ou à la copie d'un netzké célèbre. Ces répétitions se reconnaissent facilement à la sécheresse de l'outil. Beaucoup de netzkés des quarante dernières années sont empruntés aux albums de Hokousai.

Les plus humbles motifs sont de bonne prise pour le sculpteur de netzkés. Les dieux, les philosophes, les scènes de l'histoire, l'anecdote comique, la fleur, la plante, l'oiseau, l'insecte, le reptile, tout l'intéresse,

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tout est prétexte pour créer une composition neuve et piquante. Son imagination et sa verve ne semblent jamais en défaut, sa main est d'une docilité et d'une patience à toute épreuve; le temps n'est rien pour lui; il mettra six mois, un an, s'il le faut, à parfaire amoureusement son œuvre. Pas de nerfs, une persévérance

tranquille que rien ne vient troubler, des organes d'une sensibilité extraordinaire, aucun souci ni du temps ni de l'argent : voilà le secret de ces miracles de l'art japonais qui étonnent si fort notre civilisation à la

LAPIN, TAK MASATAMI.

(Collection de M. S. Bing.)

vapeur.

Ajoutez à cela la conscience et l'honnêteté de l'artisan d'autrefois, attaché le plus souvent au service d'une maison princière, logé, lui et sa famille, dans une maisonnette, jouissant d'un petit jardin qu'il cultivait dans ses loisirs, n'ayant ni besoins ni ambition, vivant dans le culte de son art et dans la contemplation de la nature. Cette condition sociale suffit à tout expliquer. Le nombre des artistes vraiment indépendants, s'élevant au-dessus de leur classe, voyageant, créant des écoles, étendant au delà de leur province la renommée de leur talent, n'a toujours été qu'une infime minorité, en dehors de l'art noble de la peinture qui était cultivé par les hautes classes. C'est pourquoi l'histoire est muette sur tous ces obscurs desservants des arts secondaires. Les renseignements biographiques sont nuls sur les

LA SCULPTURE

COQ., PAR MASANAO,

(Collection tic l'auteur.)

brodeurs, les ciseleurs, les sculpteurs de netzke's, voire même sur les iaqueurs, qui étaient de rang plus élevé. A peine connaîtrions-nous leurs noms, si Tartiste japonais n''avait pris soin de signer presque constamment son œuvre, quelquefois de la dater, en marquant Tannée du nengo dans lequel elle a été terminée. La lecture des signatures, des inscriptions, des cachets est, dans bien des cas, la source dMnformations la plus sûre, pour ne pas dire la seule.

J''ai dit que les netzkés en bois étaient plus estimés au Japon que les ivoires, parce que, grâce à la matière, ils sont plus

fins et plus souples de travail. Il y a cependant des ivoires qui sont aussi précieux que les bois. Les affreux groupes, vieillis artificiellement à Tinfusion de thé , qui ont inondé le marché dans ces derniers temps, sont des œuvres toutes modernes et destinées au commerce de bazar. Les amateurs néophytes devront s'en méfier et ne pas se laisser prendre à leurs charmes trompeurs. Cependant les bons artistes anciens ont fait, pour les Japonais, quelques groupes

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