CASQUE
A FEUltLES DE M A U >/ E , PAR NACATSANÉ MASANORI. (x V I l" SIÈCLE.]
(Collection de M. E.-L. Moiitefiore.)
qu'elles aient été offertes à Philippe II par Tambassade japonaise, qui, partie du Japon le 22 février i583, arriva à Lisbonne le 10 août 1584, d'où elle gagna Madrid, puis Rome. Cette ambassade apportait avec elle de riches présents et fut reçue par Philippe II luimême. Ces armures de provenance impériale étaient un souvenir digne de Hidcyoshi. Te ne vois pas, autrement,
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de quelle façon des objets de cette nature et de cette valeur auraient pu sortir du Japon*.
La forme classique de l'armure, avec sa cuirasse en fer battu, ses épaulières carrées, ses jambières et ses brassards, existait dès le xi* siècle; mais Tarmure perfectionnée, en fine tôle laquée, ne remonte guère au delà de la fin du xvr. La cuirasse des daimios était quelquefois d'une grande richesse. Des ornements damasquinés et gravés; des figures et sujets décoratifs, en ronde bosse, forgés et ciselés, faisaient de certaines armures des œuvres d'art du plus haut prix. Les épaulières, imbriquées, laissaient une grande liberté aux mouvements du bras. Des appendices analogues et imbriqués de même manière, avec des lamelles de fer et des tresses de soie, couvraient les hanches comme une sorte de crinoline. Dès Yoritomo, la plupart des casques étaient accompagnés d'un large couvrenuque mobile de même nature. Les jambes et les bras étaient protégés par des parties pleines, qui pouvaient être également damasquinées et ciselées, et par des parties de cotte de mailles. Le tout formait un ensemble souple et résistant, sur lequel les damas japonais avaient moins de prise que sur des cuirasses massives. La valeur d'une armure de combat résidait surtout dans la qualité du fer, qui, aminci par le martelage, acquérait en même temps une dureté merveilleuse. Le jeu des lamelles, des lacis de la maille, des attaches de soie, des doublures d'étoffe, était combiné de façon à neutraliser, plus sûrement que n'au-
I. Voir la relation de cette ambassade publiée à Rome, en i586. par le Père Jésuite Gualtieri.
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raient pu le faire nos plus fortes cuirasses, Faction redoutable des armes offensives. Le visage était garanti par un masque de fer sur lequel retombait la visière du casque.
Hidéyoshi, à la fin de sa vie, avait mis à la mode les armures commodes et légères inventées par Matsounaga Hissahidé. Ces armures en tôle laquée très mince furent, à partir de Yéyas, presque seules en usage.
Les armes de main étaient la lance, la pique, la hache, la flèche et le sabre, dont la trempe a été de tout temps d'une qualité sans égale.
De belles armures du xvn* siècle appartiennent à notre musée d'artillerie et proviennent du Cabinet du roi. Une collection très nombreuse de casques japonais se trouve en la possession de M. le comte de Monbel, ancien attaché à l'ambassade française de Yokohama. Celui-ci Pavait acquise en bloc d'un vieux résident européen. Cette précieuse collection, formée avec méthode, à une époque où le Japon n'était pas encore ouvert aux étrangers, renferme de très belles pièces, notamment deux casques de Miotshin et une série de casques coréens, trophées de la grande expédition de Corée, dirigée par Taïko-Sama lui-même, à la fin du XVI' siècle (1592).
Un des casques de la collection de M. Montefiore compte certainement parmi les plus belles pièces du temps de Yéyas que j'aie pu admirer. Il est formé par trois grandes feuilles de mauve adossées (armoiries des Tokougava) et est signé : Nagatsané Masanori, d'Etshi^en. La province d'Etshizen, riche, comme celle de Bizen, en mines de fer, a toujours été réputée pour ses
excellents forgerons. Un autre casque de la même collection est décoré de six arêtes réunies formant flammèches; il est un peu plus ancien et pourrait remonter à la fin du xvi« siècle. La forme de ces deux casques est des plus heureuses; elle nous fournit deux exemples remarquables de Tingéniosité du goût japonais à cette grande époque. Du reste, il est peu de branches de l'art oii les Japonais aient dépensé plus d'imagination que dans le dessin des casques. Il existe un ancien traité de la forme des casques, imprimé au Japon à la fin du XVII® siècle, qui peut donner une idée approximative de l'extraordinaire fantaisie des armuriers japonais.
Le plus bel objet d'art aux yeux d'un vrai Japonais a été, jusqu'à la révolution de 1868, la lame de son sabre. J'ai dit que le sabre sacré d'Amatérassou, conservé au temple d'Assouta, était l'emblème parlant de rhistoire du Japon. De tout temps, les Japonais ont attaché la plus extrême importance à la qualité et à la perfection de cette arme. Par contre-coup, aucune profession n'était plus estimée et plus respectée que celle de forgeron de lames et il n'était pas rare de voir des nobles s'adonner à ce métier et y acquérir une grande habileté.
LA CISELURE
Les lames japonaises sont incomparablement les plus belles qui se soient faites au monde; les damas et les lames de Tolède ne sont, au point de vue de la trempe de Pacier, si on les compare à certaines lames
FORGERONS JAPONAIS, d'apRÈI HOROUSAÏ.
exceptionnelles du Japon, que des Jouets d'enfant. Le sabre japonais est, en effet, une arme terrible. Une lame de moyenne grandeur, bien trempée, doit pouvoir trancher d'un seul coup la tête d'un homme; une lame ancienne, exe'cutée par un maître en renom, coupera sans difficulté celle d'un de nos « coupe-choux » d'infanterie. Certaines lames ont été payées des prix fabuleux, ce qui s'explique par les longs mois, d'un travail
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souvent incertain, qui sont nécessaires pour mener à perfection le martelage et la trempe d'une lame de marque. On a vu des pièces portant la signature d'un forgeron célèbre atteindre la somme de millej'en, cinq mille francs. Le dernier Taikoun, dit M. Dubard, offrit à notre minisire plénipotentiaire une lame conservée dans un simple fourreau de bois blanc qui fut estimée par un marchand de Yokohama plus de sept mille francs.
Le sabre japonais personnifie le sentiment du point d'honneur et le courage. Il sert aux nobles usages de la guerre, mais aussi à l'exécution des sentences capitales ; il venge l'injure reçue et efface, dans le sang du harakh'i, les remords de la conscience troublée.
L'étiquette du sabre est aussi complexe que solennelle.
Frapper le fourreau de son sabre contre celui d'une autre personne est une grave faute contre l'étiquette. Tourner le fourreau dans sa ceinture comme si l'on se préparait à tirer son sabre équivaut à une provocation. Poser son arme par terre dans une chambre et en pousser avec le pied la garde dans la direction de son interlocuteur est une insulte mortelle. Il n'est pas poli de sortir son sabre du fourreau, en la présence d'autres personnes, sans en demander d'avance la permission à chacun. Entrer dans la maison d'un ami avec son sabre est une rupture de l'amitié. Ceux à qui leur position permet d'avoir un serviteur qui les suit doivent laisser leur arme à la charge de celui-ci, à la porte de la maison, ou, s'ils sont seuls, doivent la déposer à l'entrée. Les serviteurs de l'hôte doivent ensuite la prendre, non
DRAGON. — (D'après Hokousaï.)
avec la main, mais avec un mouchoir de soie, qui ne sert qu'à cette cérémonie, et placer l'arme sur un portesabre, qui doit se trouver à la place d'honneur, près de Tinvité, et la traiter avec tout l'honneur et la politesse dus au propriétaire du sabre lui-même. Le grand sabre, si toutefois on en porte deux, doit être sorti de la ceinture avec son fourreau, et posé à droite du possesseur, parce que, de cette façon, on ne peut pas tirer le sabre et s'en servir; il ne doit jamais être posé à gauche, excepté lors d'un danger immédiat d'attaque. Montrer un sabre nu est une grave offense, à moins qu'on ne veuille faire admirer une belle lame à ses amis. 11 n'est pas d'usage de demander à voir un sabre, excepté s'il s'agit d'une lame de valeur, et que la demande puisse flatter l'amour-propre du possesseur. Dans ce cas, on présente l'arme par le dos, le coupant tourné en dedans, la poignée à gauche; l'interlocuteur ne doit toucher le manche qu'avec une soie, que chacun a l'habitude de porter dans sa poche, ou avec un morceau de papier propre. La lame doit être sortie du fourreau peu à peu et admirée morceau par morceau. Elle ne peut jamais être sortie entièrement à moins que le possesseur n'insiste auprès du visiteur. Dans ce cas, il faut la tirer avec beaucoup d'embarras et la tenir loin des autres personnes présentes. Après l'avoir admirée, il convient de l'essuyer soigneusement avec un linge spécial. On la remet ensuite dans le fourreau et on la rend ainsi à son propriétaire. Le petit sabre se garde dans la ceinture, et ce n'est que dans le cours d'une visite prolongée que î'hôte et le visiteur les posent à côté d'eux. Les femmes n'ont ni le droit ri l'habitude de porter un
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sabre, à moins qu'elles ne soient seules en voyage. En cas d'incendie, les dames du palais mettent souvent des armes à leur ceinture.
Un Japonais bien élevé doit pouvoir discerner Page et la qualité d'une lame à la simple inspection de la trempe. Les trempes affectent les aspects les plus variés; elles sont droites ou ondulées. Les ondulations un peu larges et régulières sont très estimées; mais la trempe droite, lorsque le fil de Tacier est marqué par une ligne bien pure d'un ton sourd et mat, est la plus belle aux yeux d'un connaisseur.
Il faut reconnaître que, même pour l'œil profane d'un Européen, certaines lames, par leur courbure harmonieuse, leur poli, leur pureté, ont le charme d'une véritable œuvre d'art. Les soins dont elles sont entourées leur conservent à travers les siècles l'éclat immaculé d'un miroir. On voit d'antiques lames dont la fusée (la soie) est toute mangée par la rouille, perforée de trous, traces des montures suc '^sives, mais dont le tranchant, de la poignée à la pomte, est aussi net que s'il sortait de la forge.
Presque toutes les lames de valeur sont signées • souvent même elles sont datées. La signature se trouve toujours gravée à chaud sur la fusée.
Les pièces exceptionnelles sont ornées de gravures en creux exécutées au burin et à froid. On se demande comment, dans une matière telle que l'acier des lames japonaises, on est parvenu à ciseler, souvent même à ajourer des motifs qui ont le gras et la souplesse de la cire. Ce sont généralement des dragons enlacés ou mordant une lance, des devises, des armoiries, ou même de
simples cannelures; mais j'ai vu des figures de divinite's, Foudo, Kouanon ou Dharma, intaillées avec une liberté et une vigueur surprenantes, qui décoraient la lame d'une façon princière. Sur quelques armes de grand luxe, le sujet était non seulement ciselé, mais encore damasquiné d'or et d'argent.
La forme antique des sabres de guerre était droite, lancéolée et à deux tranchants. Pendant les grandes luttes féodales, on se servit beaucoup de sabres à deux mains. Avec l'adoucissement des mœurs, les armes blanches ont été peu à peu en s'allégeant et en se rapetissant.
Le sabre en usage dans la cérémonie du harakiri est de taille moyenne, intermédiaire entre le grand sabre et le poignard. Le harakiri est le mode de suicide national, adopté par les gens de classe noble qui avaient volontairement résolu de mettre fin à leurs jours ou avaient été condamnés à mort pour une faute n'ayant pas le caractère infamant et n'entraînant ni la perte du rang ni la dégradation militaire. Le harakiri était dans l'ancienne société une institution moralisatrice, dont la pratique, quoique singulièrement cruelle, a contribué plus que tout le reste au maintien des vertus militaires. Au Japon, sous l'ancien régime, tout homme portant un sabre devait être prêt à chaque instant à faire le sacrifice de sa vie en s'ouvrant le ventre. Aujourd'hui, cette coutume, comme tant d'autres, est tombée en désuétude. Du reste, le port et l'usage des sabres sont interdits depuis 1868. L'armée est équipée à l'européenne et porte la baïonnette et le fusil.
Les lames de la province de Bizen ont toujours joui d'une réputation méritée. Cette province est la plus
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riche du Japon en mines de fer et de houille. Le Yamato, le Yamashiro et PEtshizen ont, avec le Bizen, produit les artistes les plus renomme's.
Dès Pépoque de Shioumoun , la forge des lames avait atteint un haut degré de perfection. Amakouni, de Yamato, qui vivait au VIII* siècle, a laissé un nom célèbre. Shinsokou, de Bizen, était forgeron de l'empereur Heïzeï (commencement du ix" siècle).
Quelques-unes de ses lames ont figuré à l'exposition rétrospective de Tokio.
Ohara Sanémori vivait au milieu du IX® siècle; ses œuvres sont parmi les plus fameuses ; leur perfection ne fut Jamais dépassée. Mounétshika, de Kioto, est le grand maître du x*. Au xi% vivait Yoshiyé, de la même province, qui a fait aussi des armures d'une grande beauté. L'empereur Gotoba, à la fin du XII* siècle, était si grand amateur de lames de sabre qu'il attacha à sa personne douze forgerons renommés, pour chacun des douze mois de l'année.
Au xiiF siècle, nous relevons les noms de Yoshimitsou, Kouniyouki et surtout Kounitoshi, dont une des plus précieuses lame'^
LAME DE SANÉMORI.
(Coll. Montefiore.)
du temple d'Idzoukou-Shima porte la signature; pendant le cours du xiv« siècle , ceux de Masamouné, artiste célèbre entre tous, Kaniouji, Okanémitsou; au xv^etau xvi« siècle, ceux de Kanésada, de Kanésané, de Foujivara Oujifoussa, trois maîtres très renommés, et enfin d'Oumétada Miojiu, que le Shiogoun Ashikaga Yoshiharou appelait en 1546 à Kioto pour Tattacher à sa personne.
A partir du xvi* siècle, la ville d'Ossafouné, de la province de Bizen, devient le centre le plus important de la fabrication des lames; Haroumitsou, Soukésada, Kiyomidzou et d'autres également appréciés y ont exercé leurs talents, Yasoutsougou a laissé une grande réputation comme fournisseur attitré du Sandai Shiogoun (Yémitsou). Au xvni^ siècle, les forgerons n'ont plus d'histoire ; au milieu de la tranquillité de cette période, les armes ne sont qu'un objet de luxe, mais quelquefois de grand luxe, comme le prouvent les belles lames de Naotané.
Les sabres les plus précieux sont conservés dans les temples. Le temple d'Idzoukou-Shima en possède une collection admirable. Les sabres de Yoritomo sont au temple de Hatshiman, à Kamakoura, et ceux de Yéyas au grand temple de Nikkô. On trouve de belles armes dans les collections parisiennes et quelques lames de choix. La lame la plus remarquable appartient à M. Montefiore et porte la signature illustre de Sanémori. Malgré sa haute antiquité, elle est d'une conservation irréprochable.
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