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CARDE EN FER MARTELE ET INCRUSTE D ARGENT

PAR YousAN. — (Collection de l'auteur.)

Non moins habiles sont Mitsouhiro, Mitsouoki et Toshinaga, les coryphées du bronze jaune, à la fin du XVIII* siècle. Ces trois artistes de Kioto se sont adonnés aux gardes incrustés de fleurs ou d^animaux en haut relief, et ciselées dans ce beau métal clair. Toshinaga

zyj. L'ART JAPONAIS.

affectionne les grues. Mitsouoki est un incomparable buriniste. Mitsouhiro est le chantre des nuits d'automne; ses compositions, qui représentent ge'néralement des clairs de lune, des lapins jouant dans les herbes, des grues dormant dans les roseaux, sont d'une délicatesse, d'une poésie et d'une élégance infinies..

Shindzoui et Riouô sont, à mes yeux, plus étonnants encore. Leur sentiment décoratif a parfois une ampleur extraordinaire. Ils continuent, en quelque sorte, la tradition des grands artistes du xvii* siècle; ils ont à un haut degré l'art de sacrifier certains détails au profit de l'énergie de l'ensemble.

Il faut mettre à part l'atelier des Gôto, de Yédo, pour les travaux desquels je n'ai pas la même admiration que les Japonais. M. Burty est parvenu à réunir une série fort intéressante de spécimens des principaux artistes de cette famille de ciseleurs dont il nous racontera un Jour la généalogie et qui était originaire de Kioto. Les Gôto emploient presque exclusivement l'or et le shakoudo; l'or pour les reliefs et le shakoudo pour les fonds. Ils affectionnent les fonds grenus, striés ou martelés, dont l'exécution est réputée fort difficile. Mais leurs décors sont monotones, poncifs et d'un goût un peu chinois; leur invention est pauvre. Le plus célèbre des Gôto est Gôto Itijio (xix® siècle); ses œuvres ont une très grande valeur au Japon.

Que de maîtres admirables brillent au déclin de ce grand xvm^ siècle! Que de noms, que d'œuvres il faudrait citer et décrire si l'on faisait une monographie de la ciselure! Le plus humble artisan, au milieu de cette universelle floraison de l'art, est encore supérieur dans

LA CISELURE

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l'emploi technique des métaux à tout ce que nous pourrions lui opposer en Europe. Combien d'artistes de premier rang ne se révèlent à nous que par une seule pièce, mais qui suffit à classer un homme ! Lorsqu'on

CAK.PES ENLACEES, CARDE EN FER, PAR YEÏJIT.

(Collection de M. Montefore.)

relève les signatures des ciseleurs de garde, Timaginaion reste confondue à l'idée de ce que le Japon a dû enfanter, pendant ce demi-siècle de prospérité sans pareille. De 1780 a 1840, Fart est en ruf, l'activité créatrice tient du prodige.

Tomoyoshi, Nagatsouné, Masanori, Foussamasa,

Takanori, Mounémitsou, Jôhi, Mounénori, Kadzounori, Seidzoui, Toshihiro, Tomonobou, Téroutsougou, Masayoshi,Teikan, Kadzouiomo, Masatsouné, Masa-

HAROUNARI. KOUNIHIRO. M ASANORI. NACATSOUNÉ. TOMOYOSHI. FOUSSAMASA.

toussa, Ossatsouné, Yoshihidé, Yoshitsougou, Moritshika, Yasouyouki, Yasoutshika, Harouakira, Ekijio, Nobouyoshi, Toshimasa, Hirosada, Katsouki et Nat-

YOSHITSOUGOU. TEIKAN.

souô ont, pendant cette période, pratiqué Tart de la ciselure avec un talent consommé.

Seidzoui et Yasoutshika sont les plus populaires de ces artistes, en raison même de la fécondité de leur offi-

LA CISELUKE. an

cinc. Natsouô vit encore; il est le dernier des ciseleurs de la vieille roche, mais il ne produit plus. Ses œuvres sont actuellement Pobjet d'un extrême engouement à Tokio, où elles se vendent au poids de Por.

Les kodzoukas sont, comme je Tai dit, les petits couteaux fixés sur l'un ou sur chacun des côtés du four-

HAROUAKIRA. NOBOYOUSHI. VASOUTSHIKA. NATSOUS.

reau. Le manche du kodzouka ne le cède pas, en intérêt, au reste de la monture. Les mêmes artistes ont ciselé les gardes et les kodzoukas, remploi des métaux et les procédés sont identiques, la forme seule diffère. Dans une garniture de sabre soignée et que des remaniements ultérieurs n'ont pas altérée, toutes les pièces portent généralement la signature du même ciseleur. Le kodzouka est, parmi les ornements du sabre, l'un des plus importants; il surpasse souvent la garde ellemême en finesse et en élégance de travail. Mais toutes les remarques que je viens de faire peuvent s'appliquer aux kodzoukas aussi bien qu'aux ronds et aux bouts de sabre.

Les signatures qui se trouvent gravées sur les kodzoukas nous donnent la plupart des noms que nous

zjô L'ART JAPONAIS.

avons relevés sur les gardes. Je trouve cependant sur deux kodzoukas, que j^estime parmi les plus remarquables comme exécution et comme originalité, les noms de Koushi (xvir siècle) et de Sôjo (xviii*' siècle), que je ne rencontre sur aucune garde. L^un des plus beaux kodzoukas que je puisse citer porte la signature de Mitsouoki. Il est en bronze jaune, sans incrustations, et représente un tigre au bord de Teau. Ce kodzouka est une merveille de vie, de naturel et de finesse. C'est devant cette petite pièce, où les coups de burin, pressés les uns contre les autres, nerveux et souples, rendent, comme au pinceau, le pelage du tigre, que M. Falize déclarait ne connaître aucun artiste européen, lui laissât-on dix ans, capable d'en ciseler un fac-similé. Et je ne parle ici que de Texécution. Si Ton fait entrer en ligne de compte le goût, Pingéniosité, le sentiment merveilleux du décor qu'a déployés l'artiste japonais, l'admiration que l'on éprouve est bien plus vive encore. Que ce soit un sujet à personnages ou un motif d'ornement, le champ est utilisé avec le même bonheur; grâce à une admirable entente de la proportion, rien ne paraît maigre. On se blase vite sur l'adresse technique des ciseleurs japonais, tant elle semble chez eux un don de nature; mais on éprouve une jouissance toujours nouvelle dans l'étude du décor lui-même. Quel tact, quelle souplesse! Comme les deux côtés se complètent harmonieusement! Car, bien souvent, le sujet se continue sur la face et sur le revers et présente dans chacune de ces parties le même intérêt. Quelquefois même il chevauche sur le grand et le petit sabre. On verra Shoki, sur la grande garde, poursuivant le diable qui se cache

LA CISELURE

sur la petite; dans Tune, Komati nous apparaît jeune et resplendissante de beauté, dans Tautre, vieille et courbée par Page, etc. L'étude du microcosme de cet art pourrait conduire à Tinfini,

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