‹ L'art japonaisChapitre 7 sur 76 · SANSONNET SUR UNE COURGE, PAR MOTGNOIOU · texte numérisé non relu

SANSONNET SUR UNE COURGE, PAR MOTGNOIOU

(D'après une ancienne gravure.)

Japon. Elles se distinguent par la puissance assourdie de la couleur, Tautorité du coup de pinceau, la noblesse sévère des figures.

Mais c^est Motonobou, fils et élève de Masanobou, qui e'tait destiné à porter au plus haut point ^f^^ de gloire et d'influence Tatelier qu'avait créé y] "• I son père. C'est lui qu'on désigne lorsque l'on dit Kano tout court. Il était né en ^^çUjx^ 1475 et avait épousé, à Kioto, la fille de „>*' I Mitsounobou, le maître le plus célèbre de l'école de Tosa, celui qui en fixa le style. Il reçut le titre suprême de Kohôgen et mourut en l'année i55g. Voici comment >„J-* s'exprime, à son sujet, à l'article « pein- I ^^ tures », la grande Encyclopédie sinico- • ^^ japonaise [Oiiakan Sand\aï D^ouiyé] : « Il KANO était le prince des peintres chinois et japo- MOTONOBou, j^ais^ presque un dieu dans sa puissance. On l'appelle souvent Kohôgen. Ses œuvres arrivèrent en Chine sous les empereurs Mings, et sa gloire se répandit dans tout cet empire. »

Ses peintures ont été conservées précieusement au Japon, où elles sont d'un grand prix, mais point d'une excessive rareté. Quelques-unes sont parvenues en Europe et se trouvent au British Muséum et dans deux ou trois collections particulières. Cependant ces spécimens ne sauraient suffire à nous donner une idée complète du génie de ce maître et à justifier son immense réputation. Motonobou ne m'a été révélé que par l'arrivée à Paris de quatre kakémonos confiés à M. Wakaï par leurs possesseurs, MM. Sano §t Yama-

LA PEIN TURE

taka. L'art japonais n'a rien produit, que j'e sache, de plus fort et de plus délicat que ces kakémonos. L'un d'eux représente un paysage aux lignes fuyantes : un Corot noyé de lumière et de transparence. La perspective en est admirable et Toeil le plus exigeant n'y trouverait rien à reprendre; la succession et la dégradation

CANARDS, PAR sEssHic. — (D'après unt ancienne gravure.)

des plans atteignent une finesse extraordinaire et son! obtenues avec des moyens d'une grande simplicité. Si Motonobou ignorait les lois scientifiques delà perspective, il faut reconnaître, devant une œuvre aussi parfaite, que son empirisme valait toutes nos théories.

M. Anderson dit à propos de sa manière de peindre: « Même sur des yeux étrangers, la vigueur de dessin et la complète maîtrise de pinceau qu'il a déployées dans le rendu des paysages et des figures produisent une impression vraiment extraordinaire.» Sans avoir le coloris séduisant de l'école de Tosa et surtout de Mitsou* nobou, dont il avait été à même d'admirer le talent»

}o L'ART JAPONAIS.

la couleur de Motonobou a cependant une harmonie et une chaleur qui tranchent sur la monochromie habituelle de Técole de Kano. Ses rouges sombres, ses bleus apaisés, ses violets puissants n^ont point été surpassés. Quant à son coup de pinceau, il avait Ténergie et la décision de la plus belle calligraphie japonaise. C'est bien de la peinture de Motonobou qu'on pouvait dire qu'elle était un dérivé de l'écriture.

L'écriture n'est-elle pas, chez chaque peuple, une des formes du dessin, et n'est-elle pas avec lui dans le rapport le plus intime? Nous employons la plume, c'est-à-dire un instrument rigide, maigre, aigu ; notre dessin est de même sorte que notre écriture. Les Japonais, comme les Chinois, se servent, pour écrire comme pour dessiner, du plus souple et du plus délicat des outils : le pinceau; leur écriture et leur dessin ont la même puissance. Nous dessinons comme nous écrivons, la main appuyée et les doigts allongés ; les autres, au contraire, tiennent, en écrivant et en dessinant, la main en l'air, le poignet immobile, les doigts infléchis, de façon que la pointe du pinceau attaque perpendiculairement la surface du papier. De là viennent ces souplesses étonnantes du trait, ces écrasements, ces ténuités, ces brusques ondulations qui font les délices d'un œil japonais. On peut poser en principe que les originaux de maîtres se reconnaissent, suivant l'expression consacrée, à la force et à la netteté du coup de pinceau. Les copies ont une mollesse qui ne saurait tromper un connaisseur.

Les sujets préférés de Motonobou étaient les paysages, et surtout les divinités familières du bouddhisme.

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