‹ L'art japonaisChapitre 71 sur 76 · LA C E R A M 1 Q U F · texte numérisé non relu

LA C E R A M 1 Q U F

décor des formules chinoises et en constitue les grandes lois ornementales selon le génie japonais. Il institue

PORTE-BOUJ.UET APPLIQ UE, PAR NINSEl.

(Collection de l'auteur.)

pour ainsi dire des formes fondamentales d'objets si parfaitement en rapport avec leur destination qu'elles

sont restées dans Tusage courant. L'œuvre de Ninseï est marquée d'un caractère populaire; elle déborde d'une fantaisie inépuisable et charmante. Ses recherches ont ouvert à ses successeurs le champ illimité de la polychromie obtenue par les couleurs vitrifiables.

Ninseï était de Kioto. Sa date de naissance, comme je l'ai dit précédemment, n'est pas connue d'une façon précise; mais on peut la circonscrire dans le dernier quart du xvi« siècle; il a travaillé pendant toute la première moitié du xvii« et est mort vers 1660. Avant de s'adonner à la céramique, il s'était déjà acquis une grande renommée comme peintre. Il a parcouru successivement les diverses provinces du Japon et visité les principaux centres céramiques; mais c'est à Kioto qu'il établit son domaine et qu'il créa, dans les faubourgs de Kiyomid^oii, Avata, Mid^oi'O, Seïgandji, Otava, etc., ses fours dont les principaux existent encore aujourd'hui et perpétuent ses traditions. C'est à Ninseï et à Ninseï seul que revient la gloire d'avoir fait de l'antique capitale le foyer le plus énergique et le plus brillant de l'art céramique.

Les œuvres de Ninseï appartiennent aux genres les plus variés ; il semble que chaque pièce sortie de sa main soit le fruit d'un effort d'invention particulier, d'une étude attentive de fabrication. La création la plus populaire de Ninseï est celle de la poterie à couverte fauve, finement craquelée, décorée de fleurs où dominent les émaux bleus et verts rehaussés d'or. Cette fabrication, qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours dans les faubourgs de Kioto, principalement à Avata, à Kiyomidzou et à Ivakoura, est connue sous le nom

LA CERAMIQUE.

ÎOI

générique de « vieux Kioto ». Il n'est pas de produits céramiques que je lui préfère; les superbes faïences de la Perse nous paraissent seules pouvoir rivaliser avec eux d'harmonie et d'éclat. J'ai à peine besoin de

PLATDE KOUTANl, DECORE PAR M O R A K A O H E.

(Collection de l'auteur.)

faire remarquer que les œuvres autlientiques de ce grand céramiste sont d'une extrême rareté. Il faut se garder de confondre avec celles-ci toutes les pièces de date postérieure qui portent son cachet et qui ne sont

jOï L'ART JAPONAIS.

que des produits de son atelier. Les pièces anciennes se reconnaissent à la finesse de la pâte, à la netteté et à la souplesse des profils, à la transparence chaude des couvertes, aux reflets opalisés des émaux.

L'enseignement de Ninseï eut les plus féconds résultats. Deux artistes de grand renom, Kinkozan et Kenzan, illustrent Kioto à la fin du xvir' siècle.

Le type créé par Kinkozan est très remarquable : c''est un biscuit presque noir d'un grain très serré, très homogène, qui sert de fond à des émaux de dessins réguliers, d'un relief accusé, de couleur généralement bleu foncé, discrètement Zt entremêlés de jaune, de blanc et de vert. ^ Ogata Kenzan, qui vécut de i663 à 1743,

KINKOZAN. était le frère cadet et l'élève du célèbre peintre-laqueur Kôrin. Ses œuvres se distinguent par l'extraordinaire liberté de l'ornementation établie par grandes masses, de ton puissant, où des surfaces d'émeraude jettent presque toujours leur note éclatante. Elles montrent bien tout le parti qu'on peut tirer de la simplification du décor. Chez Kenzan cette apparente naïveté n'est qu'une habileté profonde. Ses belles pièces peuvent rivaliser aux yeux des amateurs avec kenzan. celles de Ninseï. L'originalité des formes, des procédés, du dessin n'est pas moins grande. Le sens coloriste est même supérieur chez Kenzan. Au point de vue de la richesse ample, vibrante, harmonieuse des émaux, celui-ci reste sans pair. La matière des

LA CÉRAMIQUE

pièces de Kenzan est ordinairement assez grossière ou tout au moins légère et friable , par conséquent, très inférieure à celle deNinseï; leur valeur est dans le vêtement magnifique dont Tartiste les enveloppe. Les originaux se distinguent au premier coup d^œil par la transparence et la tinesse des émaux qu^aucun copiste n'a pu égaler.

A la fin de sa vie, Kenzan s^est transporté à Yédo où il fonda le four d'Imado. Gomme l'a très justement fait remarquer M. Bing, cette fabrication présente des beautés d'un ordre différent et constitue une évolution très marquée dans la recherche des effets de couleur. Au lieu des fonds neutres, """

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