‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 10 sur 117 · PORTRAIT DE MADAME ***, PAR M. F. GAILLARD · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MADAME ***, PAR M. F. GAILLARD

(Dessin de l'artiste.)

les libertés hautaines et le charme de l'inachevé. Mais M. Meissonier est un finisseur acharné, et, même dans ses plus étonnants tableaux, il dit trop de choses. Il voit, au deuxième plan, au troisième plan, dans les profondeurs du lointain, des détails que nous ne voyons pas. Cette question de la perspective dans les colorations et dans la lumière n'est pas de celles

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sur lesquelles il soit possible de faire des concessions. M. Charles Blanc lui-même, parlant l'autre jour dans le Temps de Texposition de M. Meissonier, a dû, sur ce point, formuler des réserves. Pour nous, pour tous ceux qui veulent rester amoureux de Tunité, la protestation doit être constamment renouvelée. Une figure qui, placée à un kilomètre du spectateur, se permet de parler aussi haut que les personnages du premier plan, est absolument une intrigante. Il est véritablement fâcheux que M. Meissonier ne consente pas à discipliner les acteurs qu'il met en scène : prises isolément, ses figurines sont charmantes, et, dans certains morceaux, l'artiste est bien près de la perfection.

L'Exposition des paysagistes ne nous montre que des œuvres connues. Elle est belle, sans avoir l'accent souverain, la note émouvante qu'on entendait résonner chez Corot, chez Daubigny. Le respect pour les réalités a mis en échec l'ancien enthousiasme poétique, et, en ces dix dernières années, il ne s'est point formé de maîtres qui puissent remplacer nos morts glorieux. 11 en est quelques-uns cependant à qui les vérités banales ne suffisent pas. M. Emile Breton, dont le pinceau a de belles audaces, ajoute volontiers un sentiment à la représentation de ses solitudes et il peint dans une gamme désolée les mélancolies de l'hiver. M. Ségé, qui est un des vétérans du paysage, a eu l'heureuse fortune de résumer un jour ses études et son talent en un tableau définitif, les Chaumes. Dans cette grande vue d'une plaine de la Beauce après la moisson, il y a la poésie muette de l'horizontalité et ce silence des couleurs et des lignes que nous aimons tant chez les maîtres. M. Auguste Pointelin, qui est presque un nouveau venu, est aussi un peintre délicat des vallées solitaires, un observateur qui, dans l'effet lumineux, cherche avant tout l'unité et la transparence. A ces noms, qu'il faut retenir si on les connaît, qu'il faut apprendre si on les ignore, s'ajoutent ceux de paysagistes diversement remarquables, comme M. Bernier, si robuste dans son Bois de Qiiimerc'h ; M. Pelouse, dont la manière est variée, mais qui excelle surtout à silhouetter sur les pourpres du soleil couchant les fines ramures des arbres, M. Hanoteau, qui a de la largeur et de l'énergie, et, un peintre dont nous prisons très haut le talent; M. Guillemet, l'auteur de Villennlle et de Bercy en décembre. 11 est bien entendu que nous n'avons aucun dédain pour M. Karl Daubigny, dont la Vallée de Portpille a une véritable grandeur ; pour les belles marines de M"'^ La Villette, pour les rivages de M. Lansyer et pour les paysages panoramiques de M. Herpin, dans lesquels on voit le topographe se doubler d'un coloriste plein de sève. Et comment, dans cette rapide revue

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