EMILE DE GIRARDIN, PAR M. CAR0LU3 DURAN
(Dessin de l'artiste.)
quotidiennes ou de la vie familière s'achemine aujourd'hui vers une sorte de positivisme qui pourrait avoir ses dangers. Si Adrien van Ostade avait exposé au Champ de Mars, il n'aurait peut-être pas obtenu un succès sans mélange. Son procès-verbal eût été taxé d'inexactitude. On lui aurait reproché de charger et d'exalter un peu le caractère de ses
paysans. Et, en effet, \'an Ostadc a un idéal. S'il croit à la vérité, il ne s'agenouille pas devant la platitude. De plus il a de Tesprit, et du meilleur; j'entends Tesprit pittoresque, qui n'a rien de commun avec la plaisanterie littéraire et les concetti de vaudeville.
Il y a aujourd'hui, parmi les peintres de genre, un groupe, d'ailleurs fort habile, qui sacrifie beaucoup à l'épigramme, à la littérature, on n'ose dire à la pensée, car le mot serait bien grand pour ces petits maîtres. M. Gérome est de ceux-là. II n'y a pas autre chose qu'une idée de comédie dans VEminence grise. Ce que , dans le langage vulgaire , nous appelons la peinture manque ici totalement. L'échantillonnage hasardeux des tons plaqués sur les costumes des gentilshommes compose un ensemble aigre et déplaisant, l'effet de la lumière sur les marches de l'escalier est une invention mesquine, et la touche est, comme toujours, inexpressive. L'intention est spirituelle, mais le mot ne vient pas. Un petit frisson de volupté animerait peut-être les orientales des Femmes au bain et du Bain turc , si ces dames n'étaient pas en ivoire : elles sont tout juste aussi émouvantes que des boules de billard. AL Gérome retrouve sa vraie force dans les récits de voyage. Le Santon à la porte dune mosquée a du caractère, et l'on devra se souvenir aussi du Retour de chasse, où l'on voit deux beaux lévriers jaunes boire à une fontaine. Ce sont là des chiens bien dessinés et charmants. Malheureusement , au-dessus de la vasque où s'abreuvent ces nobles bétes, il y a des feuillages, des feuillages taillés dans du fer-blanc et enluminés d'un vert cru. Ces violences de détail, qui suppriment le tableau , auraient fait pousser des cris de désespoir aux maîtres de l'école hollandaise.
Comment ne pas chercher l'unité dans ces peintures de petite dimension dont l'œil embrasse si aisément l'ensemble et dont les proportions sont si bien mesurées aux possibilités de la vision humaine ! Quelquesuns cependant protestent contre la nécessité du sacrifice. M. Firmin Girard, dont le pinceau est si spirituel, n'élimine pas assez le détail agaçant. M. Worms, M. Eugène Leroux, AI. Lucien Gros sont beaucoup plus sages : ils respectent les yeux des faibles mortels.
Le maître considérable en ces spectacles diminués parfois jusqu'à la miniature, c'est AL Meissonier. Son Exposition est fort belle et mériterait de longues écritures, car il y a dans la moindre de ses compositions un amour de l'art, un culte pour la perfection, qui sont véritablement admirables. Nous ne pouvons étudier l'une après l'autre ces peintures si précieusement élaborées. Notre sentiment personnel pourrait, d'ailleurs, en
quelques points, n'être pas tout à fait d'accord avec les préférences que le public a manifestées. Et pourquoi ne pas le dire ? nous avons été surtout intéressés par un petit portrait de femme qui, dans sa belle exécution, a