EXÉCUTÉE ET EXPOSEE G O B ELI N S
Durand, pour l'encadrement.)
LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.
Nous avons dû classer dans un chapitre spécial la broderie orientale, bien qu'elle puisse trouver sa place dans une ou plusieurs des espèces que nous avons énumérées. Mais les produits orientaux sont composés au point de vue de Tart comme à celui de l'exécution d'éléments locaux", TEurope n'a et ne doit avoir sur leur fabrication qu'une très légère influence. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de réunir les merveilles de l'aiguille en aussi grand nombre qu'il vient de l'être fait. Du Japon au Maroc et de la Perse à la Chine, nous ne trouvons que d'admirables spécimens qui représentent l'art de la broderie dans les divers pays. Nous sommes heureux de voir entrer dans la consommation européenne la plupart de ces produits, qui nous sont apportés par nos grands négociants.
Ces travaux, toujours si originaux, si neufs et si bien conçus, doivent être pour tous un perpétuel enseignement.
Les Japonais sont toujours les maîtres dans le mélange des procédés. Tissus unis ou brodés, impression, peinture, application, broderies de tous genres, ils utilisent tout avec un égal succès. Leurs dessins, lorsqu'ils sont de grandes dimensions, ont l'air plus agrandis que grands, et leurs petites pièces sont, sous le rapport de la composition, préférables aux grandes. Les tissus brodés sont le plus souvent minces et carteux, mais on y trouve une franchise et une fraîcheur de ton toute spéciale à la fabrication japonaise.
L'exposition présentée par Ko-Scho-Kuaisha résumait l'exposition de broderies dans deux spécimens très différents : un petit panneau de soie bronze représentait de grandes branches de lauriers-roses en fleur. La broderie était faite en soie floche rattachée en couchure par des soies tellement minces qu'un verre grossissant était nécessaire pour distinguer le procédé. L'art ne le cédait en rien à l'exécution : c'était la branche de Tarbre posée sur la soie, La seconde pièce était un grand rideau de fleurs naturelles brodées en application sur fond brodé lui-même en couchure de cordon d'or. 11 faut avoir les conditions spéciales de main-d'œuvre de rOrient pour pouvoir exécuter de pareils travaux dans de telles conditions, mais ces travaux n'en sont pas moins intéressants pour les Euro-
péens, qui auront à chercher la reproduction et Tinterprétation de ces objets par les procédés qui nous sont propres.
Les broderies chinoises étaient aussi importantes par leur nombre que par leur valeur artistique, les paravents et les écrans en grand nombre généralement brodés sur satin. Ces travaux étaient brillants et bien exécutés: nous leur préférons cependant de beaucoup les broderies de costumes exécutées en soie sur satin et sur crêpe. Les compositions, très ingénieuses, faisaient ressortir une merveilleuse exécution et une coloration vive, harmonieuse et originale. Les expositions de MM'. Carlowitz, Foo-Long et Schu-Pao présentaient les plus beaux produits de la broderie chinoise.
Les autres parties des sections de la broderie orientale offrent des caractères différents pour le dessin et pour l'emploi des matériaux.
La Grèce a envoyé deux sortes de produits très opposés : fun, des costumes d'homme et de femme brodés au crochet et ornés de cordonnets d'or; l'autre, des ceintures et diverses autres parties de costume brodées en soie floche sur lin et mélangées d'or.
Ces seconds travaux sont bien plus intéressants que les premiers, car on y sent non seulement la conservation du style national, mais encore une très grande liberté et une très heureuse naïveté d'exécution.
Le gouvernement d'Annam avait une suite très curieuse de broderies d'ameublement exécutées en plusieurs tons de bleu et de blanc sur fond rouge vif. Les dessins et les matériaux étaient chinois, mais traités avec une largeur d'exécution beaucoup plus accentuée que ne le sont généralement les produits de Chine.
L'exposition du Maroc est la seule qui, résumant les procédés employés en Orient pour les broderies en soie, mêle à ses produits les divers procédés de l'application, et emploie les matières d'or avec une réelle supériorité. Ses travaux ne le cèdent en rien à ceux des Indiens, et ont une supériorité artistique incontestable. Les Marocains ont abordé non seulement tous les genres de broderies, mais ils les utilisent avec une grande intelligence. Vêtements de diverses sortes, housses de chevaux, détails de costumes, sont traités avec richesse et talent.
C'est dans ces remarquables travaux que nous avons trouvé au plus haut point le mélange intelligent des procédés de l'art oriental.
Nous avons gardé, pour finir, Tétude des Manufactures nationales, non que leurs travaux soient parfaits, mais parce qu'ils sont, à nos yeux, un curieux mélange de médiocrité et de beauté, et qu'il est facile de tirer de cette dernière étude une conclusion logique et surtout pratique. Les Gobelins auraient peut-être dû ne pas exposer les tapis destinés au palais de Fontainebleau; ils avaient à faire admirer des travaux très remarquables,comme : la Séléné, deM.Machard, à laquelle Tartiste a ajouté un élégant encadrement de style Renaissance, ainsi qu'on peut le voir dans rintéressante reproduction que nous donnons de cette charmante tapisserie; la Pénélope, de M. Maillart, et le Vainqueur, de M. Ehrmann. Les artistes ont depuis longtemps fait Téloge des tableaux, éloge qui rejaillit sur les tapisseries. Ces œuvres sont essentiellement décoratives, par la proportion, par la composition, par le dessin et par le coloris. La riche exposition des Gobelins renferme d'autres pièces très importantes, mais qui, à notre sens, font trop tableau et pas assez décor. Ce même défaut se fait sentir dans les travaux de la manufacture de Beauvais, travaux toujours éternellement parfaits, et aussi dans quelques cadres qui entourent les compositions modernes. La perfection de l'exécution ne sauve pas le manque de parti pris dans la composition de ces ornements. Nous nous empressons de faire une exception en faveur du cadre dessiné par M. Lameire,etqui entoure la Visitation, de Ghirlandajo, ainsi que pour celui de Machard dont nous venons de parler.
Ce reproche serait peut-être peu important s'il s'agissait d'une exposition ordinaire; mais les produits exposés par les manufactures de l'État ne doivent rien laisser à désirer, ni sous le rapport de l'art, ni sous celui de la perfection du travail. Si les conditions onéreuses dans lesquelles est établie leur fabrication ne leur permettent pas d'avoir une influence très pratique sur la production ordinaire, il n'en est pas de même des lumières artistiques que ces établissements nationaux doivent conserver et répandre.
11 serait facile aux Gobelins de revenir aux vraies traditions décoratives, et les précieux éléments que contient cet établissement lui permettraient d'étendre son influence bien au delà de ses travaux ordinaires. 11 serait utile de voir réunis dans un petit musée les divers spécimens
des travaux de l'aiguille : tapisserie sur canevas, broderie de différents genres, dentelles, etc. On pourrait alors analyser les anciens procédés et
PÉNÉLOPE, PAR M. MAILLART, TAPISSERIE EXÉCUTÉE ET EXPOSÉE PAR LA MANUFACTURE DES GOBELINS.
(Dessin de l'arl'ste.)
les reconstituer en les comprenant toujours et en les modifiant quelquefois. Nous sommes certain d'avance des éminents services que rendrait cette modeste innovation. La réalisation en serait économique et prompte. Nous avons donc tout lieu d'espérer que nous verrons dans un prochain
avenir cette branche de nos industries d'art prendre un nouvel essor et un fructueux développement.