‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 107 sur 117 · PAYSAGE JAPONAIS · texte numérisé non relu

PAYSAGE JAPONAIS

(Gravure extraite d'un album de la collection de M. Burly.)

une large surface brun mordoré acquerra une valeur etune finesse telles, qu'à dix pas cette touche paraîtra bleue et transparente. Quintuplez cette surface, non seulement elle semblera terne et louche, mais elle fera paraître lourd et froid le ton brun chaud qui l'entoure. » J'emprunte cet exemple au Dictionnaire d' architecture de M. Viollet-le-Duc. Il nous serait facile de citer bien des preuves à l'appui de cette théorie. Nous pourrions rappeler notamment aux habitués de nos Salons de peinture les portraits de femmes de M. Bonnat. Il est rare qu'il n'y introduise pas une bague ou un bijou orné d'une turquoise précisément, qui doit tout son éclat au contraste des tonalités rousses de sa palette. Mais, sans sortir de l'extrême Orient, il suffit de comparer aux envois du Japon à l'Expo-

sition universelle ceux de la Chine, qui leur sont contigus. Ici les amateurs de tons francs peuvent s'en rassasier à cœur-joie. Le charivari des rouges écarlates, des bleus aigus, des jaunes serin, des verts pomme y fait cligner les paupières européennes le moins du monde sensibles au désaccord des couleurs. Pour accepter un tel éréthisme de tons faux, les Chinois doivent être doués de nerfs optiques plus résistants que les nôtres à l'action des vibrations lumineuses. C'est au moins ce qu'il nous faudrait supposer si de nombreux témoignages du passé ne subsistaient pour démontrer que l'ancienne Chine n'était pas atteinte de cette paralysie de l'organe visuel, que ses artistes n'ont pas toujours eu cette rétine d'airain. Dans les sections japonaises, au contraire, tout est doux au regard, apaisé, de couleur calme et pourtant joyeux. Sans doute, en vertu d'un organisme particulièrement délicat, d'aptitudes spéciales, d'habitudes traditionnelles, d'intuitions et d'instincts qui révèlent spontanément au peintre les effets simultanés des couleurs, il est rare d'y trouver une note fausse ou même une erreur d'harmonie.

Toutes les œuvres exposées sous l'étendard du Soleil levant ne sont pas également parfaites. On y rencontre des lots de camelote, des porcelaines surtout à décor rouge et or, d'un aspect banal et d\me forme commune, qui rappellent les formes et l'aspect de nos porcelaines bourgeoises de la rue Paradis-Poissonnière. A tant faire que d'imiter, le choix n'est pas heureux. Ce n'est pas le seul fait que nous pourrions citer où se révèle quelque tendance à l'imitation des fabriques européennes. De bons esprits, sincères admirateurs de l'art japonais et amis de ce peuple charmant, s'en sont émus; on a crié le caveant d'avertissement'. Il est incontestable que des facultés d'assimilation si rapide, comme le sont celles de la race japonaise, constitueraient un péril pour une vertu d'originalité qui n'aurait jamais été mise à l'épreuve. Mais nous ne devons pas oublier que le Japon a reçu de la Chine et de la Corée l'enseignement de l'art, et qu'il s'est bien aisément dégagé de ce que l'influence de ses maîtres aurait pu avoir d'excessif. Par les Hollandais nos propres arts lui étaient connus, et certes jusqu'à ce jour il n'avait ni abusé, ni même usé de leurs leçons. Je ne suis donc pas très inquiet. 11 me semble que ces velléités d'imitation ne se produisent que dans les régions inférieures de l'industrie japonaise cî trahissent un calcul commercial — un faux calcul, à coup sûr — plutôt

I. Voir notamment les articles plci is de verve, de bon sens et de bon goût publiés par M. Paul Dalloz dans le Moniteur universel du 31 juillet au 5 août, sous la rubrique Le TOUR DU MONDE AU Champ de Mars : Au Jjpon... et. chemin faisant, un peu partout.

qu'une ambition esthétique nouvelle. Je ne m'alarme pas davantage de voir les jeunes gens de Tokio adopter à Paris les usages parisiens. Ne savons-nous pas que, rentrés chez eux, tous les étrangers, tous ces Turcs, ces Égyptiens, ces Persans, ces Chiliens, qui ont vécu pendant des années de la vie du boulevard en « boulevardiers » consommés, déposent aussitôt, avec la poussière du chemin, au seuil de leur patrie, les mœurs faciles de TOccident pour rentrer dans les mœurs de leur race. L'empreinte du sceau originel est indélébile, l'Orient indestructible. Chaque peuple obéit fatalement aux transmissions de sa genèse, aux pulsations plus ou moins rapides du sang plus ou moins chaud dans ses veines, à la

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