EDWARD ]ENNEB, GROUPE DE M. M O N T E V E R D E
(Dessin de M. Bocourt; gravure de M. Chapon.)
c'est la France qu'elle imite, en poussant à outrance les défauts, sans rien prendre des qualités, et Ton sait les contournements affolés qu'ont pris sous ses mains la rocaille et le rococo. Heureusement un grand homme est venu lui donner une sculpture vraiment nationale, un peu rude et sommaire, mais énergique et monumentale. Quoique l'horwaldsen soit Danois, c'est lui qui l'a régénérée ; c'est son grand exemple qu'elle a suivi et qui Ta menée dans ses voies. Après lui Rauch et Schwanthaler sont aussi de vrais maîtres, l'un dans le sens de la force, l'autre dans celui de l'élégance; l'un plus profond, l'autre plus ingénieux et vraiment supérieur dans la composition des bas-reliefs qui se déroulent sur les longues frises. Rauch est plus profondément Allemand ; Schwanthaler y ajoute quelque chose de la Grèce.
Aujourd'hui il serait difficile, avec le peu de morceaux envoyés au dernier moment, de porter un jugement d'ensemble sur la nouvelle école contemporaine et d'en marquer tous les caractères. Il n'est que juste de reconnaître la valeur de ce que nous avons sous les yeux.
Malgré sa pomme, VAdain nu et debout de Al. Hildebrand, qui appartient au Musée de Leipzig, pourrait aussi bien être un Paris en face des trois Déesses, tant sa pose et son type sont un souvenir de la belle sculpture romaine. Le chèvre-pied assis, de M. Hartzer, dont un Amour railleur saisit la barbe en même temps qu'il tient un miroir devant sa figure, gagnerait beaucoup à ce que l'exécution du marbre fût plus ferme et moins savonneuse, car l'agencement du groupe est vif et d'une heureuse nouveauté. Quant aux deux grands groupes de M. Renaud Bégas, ils sont tout à fait importants. Celui de bronze a repris sans défaillance le motif de Jean de Bologne. Dans l'œuvre élégante qu'on admire depuis le xvi'' siècle sous une des arcades de la loggia des Lanzi, c'est la femme qui est au sommet; ici c'est le casque du robuste soldat, emportant en travers devant lui le beau corps de la jeune femme affolée, qui crie, et dont la main impuissante essaye de s'attaquer au visage du ravisseur. Le jet est superbe et plein de furie; les deux acteurs sont bien en scène et n'ont rien de contourné ni de théâtral, l'écueil ordinaire de ces sujets violents. M. Bégas cherche évidemment la vie en action, et le mouvement lui est naturel. C'est aussi la qualité de son second groupe de marbre, VEtilèvement de Psyché, qui appartient à la Galerie nationale de Berlin. La femme, qui tient une des mains de Mercure, et qui pose son autre main sur l'épaule du divin messager, touche encore la terre de la pointe de ses pieds dressés. Quant au Dieu, il se détache du rocher contre lequel il
LA SCULPTURE. 63 s'appuyait tout à Theure, et Tune de ses jambes repliée va, sans violence lui donner Télan dont il a besoin. S'il y avait une critique à faire, ce serait
l'enfance de bacchus, groupe parperraud.
(Dessin de M. Bocourt; gravure de M. Chapon.)
peut-être de trouver trop grande la différence entre la force trop accusée du Dieu et la petitesse relative de la femme. On pourrait, je le sais, ré-
64 LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.
pondre par d'illustres exemples, par le groupe de Naples qu'on appelle communément le Taureau Farnèse, et surtout par l'Andromède et Persée de notre Puget. Ce qu'il y a de certain dans l'œuvre de M. Begas, c'est que ses deux figures partent et quittent la terre ; on le sent, on le voit. Dans quelques instants elles s'élèveront dans l'éther pour monter d'un trait dans l'Olympe, où l'heureuse Psyché se réunira à celui qu'elle n'a perdu que pour l'avoir trop aimé.
M. Charles Wagmueller ne cherche pas la force comme M. Renaud Begas; mais, devant ce qu'il a envoyé, on regrette de ne pas connaître l'ensemble de son œuvre, où doivent dominer la tendresse, la grâce et la mélancolie, si l'on s'en rapporte à ce que nous avons sous les yeux. La jeune fille, les jambes nues, qui porte sur ses épaules, en riant de ce beau rire frais et ailé de la jeunesse, un bébé nu, fort peu rassuré, dont les petits bras se rattachent désespérément à son cou, est un agréable morceau, très gracieusement joli. 11 y a plus dans son modèle du tombeau d'une morte regrettée. Cette année, la sculpture funéraire est particulièrement supérieure. En Italie, l'une des choses les meilleures est le groupe d'un sarcophage ; en France, le tombeau monumental de M. Paul Dubois est l'honneur de notre Exposition. Dans sa donnée plus simple, l'œuvre de M. Wagmueller conquiert d'un seul coup à son nom la vie et la notoriété. Sur le milieu d'un long sarcophage en batière, décoré aux angles de sphinx ailés, est assise de côté une belle jeune femme, le calme génie du regret et du souvenir ; elle tient de la main gauche une tablette éloquente, sur laquelle on lit le nom Michaela-Gabriela Wagmueller mdccclxxvl Le groupe se complète par un tout petit enfant nu et assis, témoin inconscient de la jeunesse disparue de la femme et de la mère, qui ne revit plus que dans cette frêle promesse ; il joint ses petites mains en regardant la palme déposée sur le pied du tombeau par la piété de la jeune femme. A terre, sur l'emmanchement, deux couronnes jetées à terre pondèrent à droite le corps de la grande figure assise sur la gauche. De tous les côtés les lignes sont heureuses ; l'effet est triste, sans la violence des révoltes et des terreurs, et dans un sentiment très noble et très pur. La douleur a été là une vraie muse ; elle a inspiré l'harmonie silencieuse et comme l'apaisement et l'espérance qui se dégagent de cette belle composition. Tous ses éléments sont connus ; mais, dans sa simplicité, elle a pourtant une nouveauté personnelle, noblement précise, qui la fixe dans le souvenir et la rend impossible à oublier.
C'est, au contraire, la vie, dans sa réalité la plus pardculière, qui