‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 21 sur 117 · FLEURS DE MAI, PAR M. MERCIÉ · texte numérisé non relu

FLEURS DE MAI, PAR M. MERCIÉ

(Croquis de l'artiste.)

de M. Guillaume, garde la maîtrise de son élévation émue; Ton ne peut être plus noble et plus touchant à la fois. Mais nous n'avons pas à revenir sur ce chef-d'œuvre, auquel se joignent le Baltard et le Buloi. Celui de M. Vitet, par M. Chapu, est, dans un autre sens, bien remarquable avec ses grands traits longs, qui étaient un peu mous et blafards dans la nature.

92 LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.

à cause de la blancheur particulière de la peau ; sans cesser d'être vrai, le marbre augmente nécessairement leur style en affirmant la charpente osseuse, qui était aussi large qu'intelligente. Citons aussi les bronzes des tètes de Henri Reguaidt, par M. Barrias, du docteur Parrot, et des peintres Henner et Baiidry, par M. Paul Dubois; le dernier est une merveille de vie et de feu.

Je le répète, il faudrait y insister ; il faudrait aussi, à propos de Tensemble nombreux des bustes exposés, parler de tendances qui s'y révèlent et ne sont pas sans danger. D'un côté, certains bustes de femme sont beaucoup trop développés ; ce qui est ronflant et trop chargé diminue Teffet plus qu'il ne l'augmente. Il y a trop de nu ou trop de vêtements, trop de plis, trop de draperiis, trop d'accessoires. Rien n'est aussi plus malheureux que de descendre un buste jusqu'à la taille et d'y faire intervenir les bras. C'est alors une sensation pénible que ce corps mutilé, que cette immobilité précieusement tourmentée, et ce n'est pas même une partie de statue. Comme le passage du corps au piédouche demande malgré tout un arrangement, il faut appuyer, élargir la base, étouffer et dissimuler la coupure; la composition se manière, s'alourdit, se fausse complètement, et ce n'est le plus souvent qu'un fragment impossible, car on ne pourrait compléter la statue en la continuant. L'exagération et le tapage ne vont pas au silence de la statuaire.

L'autre danger, c'est l'affirmation de l'ébauche. Elle est le commencement, mais non la fin. Le marbre s'y refuse, mais la terre la plus heurtée se peut cuire et se peut reproduire en bronze. Or, cette année, surtout au Salon, trop de terres et de bronzes ne sont que des maquettes; elles ne vont pas au delà de l'impression volontairement hâtive et se lancent par trop dans le hasard de tous les ragoûts. Ce n'est pas du modelage, ce sont des boulettes de terre aplaties et collées ensemble. La chair est martelée, meurtrie, presque malsaine à voir. Tantôt les vêtements sont exécutés dans la manière sommaire qui est à la mode, même pour les chairs des statues de plâtre, et la monotonie de ce travail grenu, laineux et comme tamponné affadit, amollit les plans et détruit les lignes aussi bien que les accents et les lumières; tantôt les draperies ne sont plus vraiment que des loques et des guenilles. Ce n'est ni de la force, ni de la hardiesse; c'est de l'aplomb, presque de l'impertinence, d'ailleurs bien plus facile. Mais après le premier bruit on n'y revient pas, et, à prendre l'habitude de cette improvisation incomplète, on arriverait bien vite à se rendre incapable d'aller plus loin.

Page 1