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BERRYER, PAR M. CHAPU

(Croquis de l'artiste.)

94 LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.

Quant aux statues, il est également impossible d'en parler en détail. Le caractère de T Exposition du Champ de Mars est précisément de faire revoir les principales de celles exposées depuis dix ans, et à leur date il a été question de toutes ici même; on en a parlé, on les a gravées. Y revenir d'une façon étendue nous condamnerait à copier les autres et à nous répéter nous-même. Pour en faire revivre la forme et la valeur aux yeux de nos lecteurs, il suffit de rappeler le nom de quelques-unes; ils n'ont pas besoin qu'on les fasse se souvenir de la Sirène de M. Aubé, du Corybante de M. Cugnot, de la Jeunesse d'Aristote de M. Degeorge, de la Muse de l'histoire de M. Janson, du Tercisius de M. Falguière, du Secret d'en haut àe M. Moulin, du Narcisse et de VArion de M. Hiolle, de la Cassandre de M. Aimé Millet, du Sonvneil de M. Mathurin Moreau, de la Néréide sur un buccin de M. Moreau-Vauthier, du Rétiaire de M. Noël et, pour M. Schœnewerk, de la Jeune Fille à la fontaine et de Myrto, la belle Tarentine

Dont le corps a roulé sous la vague marine.

Qu'en dire qui n'ait été exprimé et répété dans la Galette, si ce n'est cette louange nouvelle que, mieux elles sont connues et plus on les revoit, plus elles gagnent de valeur. Leur succès n'a pas été éphémère, et leur mérite, au lieu de s'effacer, a plutôt grandi.

J'insisterai pourtant, non pas sur les œuvres, mais sur le caractère général et en quelque sorte sur l'avenir de quelques artistes dont il me semble que Ton doive beaucoup attendre pour l'honneur de notre sculpture, à la couronne de laquelle ils viennent et ils promettent d'ajouter de beaux fleurons. L'un, M. Guillaume, est arrivé à être le maître le plus autorisé de l'école; l'autre, M. Paul Dubois, n'est pas loin de le rejoindre, et derrière eux, avec les distances de leur âge et de leurs débuts, viennent, comme en un groupe plus jeune, MM. Delaplanche, Mercié, Chapu et Barrias.

On revoit ici de ce dernier le groupe presque colossal du Serment du jeune Spartacus, qui retournera dans le jardin des Tuileries. L'effort et la recherche en restent d'un grand jet, malgré ce qu'il a d'emphase théâtrale, et la pose tourmentée du supplicié ne se souvient de Michel-Ange qu'au travers des rondeurs amollies de la pierre noire de Daniel de Volterre. Ce qui reste tout à fait beau, c'est l'enfant, dans l'immobilité muette et farouche de sa douleur et de sa colère, dans la force grandissante de son

jeune corps vigoureux. C'était plus qu'une promesse d'expression et de ciseau; le groupe nouveau de l'Exposition des Champs-Élysées l'a tenue et au delà. Il a plus de calme et de rythme avec une simplicité plus harmonieuse. L'Adam, portant sur ses bras le corps abandonné d'Abel, est bien composé; mais il se complète par l'Eve, qui marche à ses côtés, et qui se repaît douloureusement de la dernière vue de l'enfant bien-aimé. 11 y a là une tendresse féminine bien comprise, et c'est un beau groupe. Il a eu l'une des médailles d'honneur du Salon. C'est justice, et, quand nous parlions en commençant de la supériorité actuelle de notre sculpture, nous ne pensions pas que les décisions du jury nous donneraient aussi complètement raison. Les trois plus hautes récompenses ont été pour la première fois décernées à la seule sculpture. Ce qu'on appelle le prix du Salon, c'est-à-dire l'envoi en Italie, a été donné à M. Hector Lemaire, élève de MM. Falguière et Dumont, pour un groupe de Samson trahi par Dalila, et l'autre médaille d'honneur a été attribuée à M. Delaplanche.

On voit de lui cette année trois œuvres bien différentes. "L'Éducation maternelle du square Sainte-Clotilde, qui serait mieux à sa place dans un quartier populaire, et à laquelle le bronze aurait peut-être mieux convenu que le marbre à cause de l'absence de nu et de la simplicité voulue des vêtements, représente une paysanne assise apprenant à lire à une jeune fille; avec un dessin plus ferme, que commandait la matière, ce groupe simple et touchant n'est pas sans trahir l'influence indirecte du sentiment du peintre Millet. La Muse de la Musique, enivrée des sons qu'elle tire de son violon, et à laquelle le marbre des Champs-Élysées, qui en apaise le mouvement, est plus favorable que le métal argenté du Champ de Mars, est comprise avec poésie, mais dans un sens libre et mouvementé. Quant à la Vierge au lis, malgré son sentiment moderne, elle se sent de l'imitation de la sculpture à Titalienne du xvn' siècle français. La draperie ronde a quelque chose des Anguier; la pose douloureuse et l'effet viennent inconsciemment de Jouvenet et de Girardon. Ce sont trois œuvres très remarquables, mais sans lien entre elles; elles n'indiquent pas la voie de leur auteur ni sa qualité dominante. Il cherche encore; il essaye des routes diverses entre lesquelles il n'a pas encore fait de choix. Il ira plus loin quand il se sera fixé et qu'il ne reviendra point en quelque sorte sur ses pas pour repartir à nouveau.

La personnalité de M. Mercié est plus accusée et plus ardente; c'est un méridional de Toulouse, par là plus Espagnol qu'Italien, et ce qui le touche le plus, c'est le mouvement passionné et pittoresque. Dans son

David tirant du fourreau Fépée libératrice, il s'était trop préoccupé de reproduire les dessins et le repoussé commun des fourreaux d'argent algériens; mais le groupe épique du Gloria j'ictis est d'une ligne générale hardie et très harmonieuse , au-dessous de laquelle ne descendent pas la belle envergure et le grand air de la Renommée du faîte du Trocadéro; on la juge mieux depuis qu'on Ta vue gravée et qu'à cause de cela on peut la mieux lire malgré la distance. Au dernier Salon il fallait attendre que le Génie des Arts fût en place pour le juger définitivement. La Muse qui conduit le cheval pouvait s'effacer; le Génie assis sur l'aile de Pégase pouvait ne pas tenir. Depuis qu'il est à sa place , en haut du pavillon Lesdiguières, ou plus exactement au-dessus du passage du quai du Carrousel, il a pris toute sa valeur. Ce grand espace autrefois vide est bien rempli maintenant. Peut-être eût-il mieux valu que l'architecte eût modifié ses pieds-droits latéraux , qui n'ont pas plus de hauteur que le rayon de l'arcade, ce qui les fait paraître petits et comme écrasés, et qu'il eût inscrit le nouveau bas-relief dans un cercle ; mais ce défaut peu important ne vient pas du sculpteur. 11 a aussi bien compris les nécessités de l'éloignemcnt en détachant sa composition sur un fond d'or et en donnant à son bronze une patine fauve claire, au lieu d'une patine brune, qui en eût éteint les plans. Avec les rayons obliques du matin et de l'après-midi, son œuvre se précise à merveille et ajoute à la beauté de la façade de cette admirable galerie. Il y a montré un tempérament pittoresque, vraiment décorateur et architectural, qui sait concevoir et traiter ce qui est nécessaire pour une place et pour une hauteur données ; c'est un mérite d'invention et d'appropriation bien plus rare qu'on ne le pense.

M. Chapu est d'une autre race. Il est plus fin, plus délicat et plus féminin. Depuis les deux cariatides de l'entrée de la nef des machines à l'Exposition universelle de 1867, il a créé bien des figures dont on se souvient. La jeune fille du tombeau de Regnault, la Pensée du bas-relief funéraire de M"" d'Agoult, sont entrées dans la mémoire de tous et ne s'oublieront pas. Cette année , on revoit la belle statue de Berryer debout , où la robe de l'avocat, posée sur les épaules , ajoute la largeur de la draperie à la ressemblance typique de l'habit boutonné jusqu'au cou, et l'on voit pour la première fois les deux élégantes figures assises de la Fidélité et de V Éloquence ; elles doivent en accompagner le piédestal et faire pyramider le monument, qui sera l'honneur de la salle des Pas-Perdus. Ce qui est là, comme ailleurs, le caractère propre et le don de M. Chapu, outre l'élégance de la pose et sa façon légère de draper et de suivre les plis,

c'est une poésie tendre, rêveuse et émue. Le type de ses femmes est moderne; leurs cheveux fins et droits sont des cheveux blonds; leurs yeux

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