‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 23 sur 117 · SOURCE DE POÉSIE, PAR M. E. GUILLAUME · texte numérisé non relu

SOURCE DE POÉSIE, PAR M. E. GUILLAUME

(Dessin de M. A. Gilbert.)

sont bleus et très clairs; leur teint est blanc, leur front pur; leur chair a la légèreté soyeuse et brillante des dernières années de la jeune fille encore naïve. L'une des plus heureuses figures de M. Chapu s'appelle la Jeu-

liesse; c'est bien la jeunesse qui est sa muse , et qui l'inspire de sa grâce et de sa fraîcheur.

Il me reste à parler de M. Guillaume et de M. Dubois. Ce sont deux maîtres qui mériteraient tous deux d'être étudiés à part et complètement; mais, comme tous ceux qui parlent ici de l'Exposition universelle, il faut forcément se restreindre. Cela est plus facile avec eux qu'avec d'autres, parce qu'on est sûr de les retrouver ; ils n'ont pas seulement le talent , ils ont la fécondité.

M. Guillaume, qui est Bourguignon comme Rude et Joufîroy, est sorti de l'atelier de Pradicr, qu'on ne lui donnerait pas pour maître. 11 a l'élégance plus haute et plus fière ; il est sain, profondément consciencieux, souvent grave, toujours élevé. Le caractère principal de la vieille école des sculpteurs des ducs de Bourgogne est la vigueur robuste. M. Guillaume est de leur race; il a une solidité foncière qui met le mûrissement du travail au service de son inspiration. Il pense, il sent fortement; il établit ses figures du premier jet d'une volonté tellement formelle qu'elle s'impose et qu'on ne les voit pas comprises d'une autre façon, mais elles n'en sont pas moins étudiées et comme revues avec le soin le plus sévère, et ce qu'on appelle le morceau, qu'on ne voit pas du premier coup parce qu'il se perd dans la grandeur de l'effet général , est aussi fait et aussi poussé que s'il devait être le mérite principal. Chez d'autres le morceau est tout; chez M. Guillaume il est, comme il doit l'être, au service de l'ensemble et de l'impression.

C'est en i852 que M, Guillaume a exposé pour la première fois, après avoir eu le grand prix en 1845; il manque donc ici une grande partie de son œuvre, entre autres V Auacréon, le Faucheur, le Tombeau des Gracques, le Colbert de Reims, mais son exposition est nombreuse. Outre les bustes, où le caractère individuel est toujours saisi avec l'expression intellectuelle la plus haute , il y a le groupe des deux mariés antiques assis et se tenant la main, qui est d'une gravité et d'une solennité juridique toute romaine; \ç. Bonaparte, lieutenant d'artillerie, qu'on a vu en plâtre en 1870, et qui est aujourd'hui en bronze argenté; le Ingres à demi-corps de l'École des beaux-arts, dont la tête vaut les portraits que le maître a faits de luimême; les deux termes d'homme et de femme dès Salons de 1875 et 1877, qui sont destinés au nouvel hôtel de ville. Je regrette de n'y pas voir le modèle du Gluck , de l'Opéra, le bronze du Rameau de Dijon, surtout la figure de la Source de Poésie, assise sur un rocher, qu'on n'a vue qu'au Salon de 1873. La femme est rare dans l'œuvre particulièrement virile

de M. Guillaume, et la noblesse de cette belle figure eût fait ressortir la souplesse et la variété que le talçut de Fartiste joint à la hauteur

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