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LES PAUVRES DE LA PLAGE, PAR M. ISRAELS

(Croquis de l'arliste.)

vie les éloigne de Paris. Ils vont à Rome, ou bien ils restent chez eux.

La Suède et la Norvège, au contraire, remplissent de leurs élèves les ateliers de Paris et ceux d'Allemagne. Un certain dualisme entre les deux contrées fait que les Suédois préfèrent en général la France et les Norvégiens l'Allemagne.

La peinture danoise est consciencieuse, détaillée, froide et sèche. D'excellents sentiments intimes n'y demanderaient qu'à rencontrer le sentiment de l'art pour produire des œuvres très intéressantes. Les Danois auraient besoin de voir, de suivre davantage les agitations, les recherches, les procédés qui fermentent dans les grands pays.

i32 L'ART MODERNE A L'EXPOSITION.

Le vaste tableau de M. Bloch, le Roi prisonnier, est certes une œuvre très estimable. Le prince est affaissé et alangui dans son infortune. Le vieux soldat, son compagnon, est plein d'un respect compatissant. La table, les murs, les accessoires sont bien exécutés. L'œuvre est au-dessus de la moyenne générale de l'Exposition universelle; mais aucun tempérament particulier d'artiste ne s'y révèle. C'est de la bonne peinture d'homme instruit, intelligent, sensible même et distingué, qui reste sur la lisière de l'art et n'ouvre pas de sentier dans la foret.

Les paysages de feu Skovgaard ont le même genre de qualités sérieuses un peu négatives, d'effort auquel manque l'étincelle. Dans le tableau de M. Bâche, Après la chasse au sanglier, il y a par moments plus d'énergie, payée bientôt par des faiblesses. Des intérieurs de paysans ou des salles de château, avec leurs fenêtres par où l'on voit les vertes branches des arbres, sont fréquents. Toujours la lumière y est aigre, le ton sans finesse, sans délicatesse ou sans vivacité. Je citerai comme les meilleurs ceux de MM. Exner, Dalsgaard, Helsteld, Jerndorf, puis la Forge de M. Kroeyer, où il y a de bonnes parties de dessin et un effet de foyer assez bon.

Dans les paysages, les peintres du Danemark aiment les eaux coulant ou dormant sous les jeunes bois, dont les feuillages criblés de soleil deviennent une voûte d'or verdâtre que reflète la rivière ou l'étang. Quelques marines s'entremêlent avec ces dessous de bois. Les ciels et la lumière y sont faibles, opaques ou métalliques. Parmi ces marines on peut noter le Coucher de soleil en hiver de M. Kyhn et les Pêcheurs norpégiens de M. Sorensen. Enfin un peintre qui habite Rome, M. Lund, a peint les loisirs de la Garde suisse au Vatican, avec une certaine observation spirituelle.

Un esprit très sain, de l'application, de la simplicité dans le sentiment ne suffisent donc pas à donner à l'art danois un intérêt fort marqué; mais je crois qu'il est bien près d'engendrer quelque création brillante, et que le moindre frottement avec l'art anglais, allemand ou français amènerait la flamme. On ne fait point de nu en Danemark ; on n'en fait pas en Hollande. Ce sont des exceptions caractéristiques.

La Suède possède une école de paysagistes qui s'est formée en France, et qui peint la terre française autant et plus que la terre suédoise. M. Wahlberg est le plus connu parmi nous, et ses œuvres à nos Salons lui ont valu une foule de récompenses. Il a la réputation d'un coloriste. Par un certain ragoût de tons souvent faux et aigres, il a le don de plaire à beaucoup de gens. Il choisit des motifs qui font de l'effet, et qu'il exécute

LA PEINTURE EN SUÈDE ET EN DANEMARK. r33 de cette façon qu on appelle appuyée. En général, les peintres suédois se délectent à opposer des troncs blancs et rouges, des taches jaunes et des taches rousses, qui dansent et tressautent tout le long de la toile, en lui

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