I, ÉTAION, FRAGMENT DU TABLEAU DE M. VE RW É E
(Croquis de l'artiste.)
lard étend sur ses prés d'un vert bleui, où montent des arbres à la délicate écorce violette; l'amalgame de ses modulations variées, pressées; ses détails fins, précis, mais rapides, qui font penser à de vieilles gravures, nous sont bien connus.
Les beaux animaux de M. Verwée, aux formes robustes, et ses herbages tranquillement lumineux, peints d'une brosse hardie, aisée, qui va saisir tous les tons dans leur richesse ou leur fraîcheur, les discipline et les assouplit en accords si justes, nous sont bien connus aussi.
En revanche, nous apprenons cette fois à connaître MM. Ter Linden et Verhaeren, deux artistes qui savent toute la vigueur et tout le charme qu'on peut mettre dans les tonalités en les assouplissant et en les ramenant
i5o LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.
à un accord neutre, plein d'unité et de sonorité profonde. M. Ter Linden a aussi des clartés d'une grande finesse. Courbet avait passé chez tous deux.
Nous avions apprécié les délicates variations de M. Artant ; MM. Bouvier et Baron en font d'analogues, différentes dans le thème choisi et dans la facture, mais indiquant des nerfs que met en vibration la moindre finesse des nuances dans la coloration. Nous remarquerons aussi le sentiment si fin du bleu dans la Baie de Naples, de M. Smits. Nous serons séduits par une petite chose de M. Hannon, un coin de rue tout attendri de légers reflets; les maisons de M. Moer, qui se montre rarement en France, et qui a le sentiment de la lumière; et, puis, tout ce que nous sommes habitués à voir est là : les arbres énergiques de M. Coosemans; les vaporeux, larges et moelleux paysages de M. de KnyfF, de M. Clays, de M. Tscharner et ceux de M. Mois; les remarquables portraits de M. de Winne, si fermes dans une gamme si délicate; M. Van den Bosch et son chat, comme Wittington; les enfants de M. Verhas, les tableaux de MM. Willems, Verlat, Cluysenaar, de Vriendt, etc. Ajoutons-y les enfants de M. Agneessens, les petits personnages de M. de Groux et de M. Verhaert, les peintures cie M. Dubois, qui, lui aussi, a gardé une brosse de Courbet, puis MM. Madou, Portaels, jadis les chefs du mouvement, alors qu'il était encore timide, et cette énumération trop courte prouvera combien j'avais raison de dire, en commençant, que la Belgique est par excellence le pays de la peinture, le pays où Ton a le sens de ses agissements sûrs, calmes, étoffés et puissants. Que Ton se figure ce sens répandu chez un peuple de trente ou quarante millions d'habitants : le résultat serait écrasant. Et je m'excuserai personnellement envers les artistes belges de ramasser leur art en si peu de lignes. L'espace qui m'est compté me contraint à cet abrégé, où l'on ne saurait se rendre compte de l'étonnant épanouissement que les vingt-cinq dernières années ont donné à l'art en Belgique. Cette exposition est la plus forte au point de vue de la manœuvre de la brosse et même du couteau, et de la traduction pittoresque des choses par les conventions du pinceau.
Là-dessus, nous passons la Manche, et nous arrivons enfin à cette Exposition anglaise qui, à son tour, est la plus intéressante par le caractère national, par l'esprit tranché et par Taspect tout particulier de ses œuvres, bien que l'art insulaire anglais ait avec le continent des attaches que l'on peut voir aisément.