L'ESPAGNE ET LE PORTUGAL
L'histoire des variations de la peinture espagnole au xix* siècle vient de s'enrichir d'une nouvelle et curieuse évolution. Sans y être préparé, car c'est à peine si, des œuvres de Forluny et de ses élèves, il lui avait été donné d'entrevoir autre chose que des ébauches et deux ou trois tableaux terminés, le public se trouve au Champ de Mars devant une véritable floraison dont la soudaineté, la vigueur, l'éclat, ne laissent pas de lui causer quelque surprise.
De ce qui se préparait dans l'école, rien, en effet, de significatif ne transpirait encore au moment de l'Exposition universelle de 1867. L'Espagne n'y était guère représentée que par quelques sujets d'histoire aussi sagement composés que sagement peints : on se souvient que Eduardo Rosalès y obtint une première médaille avec son tableau d'Isabelle la Catholique dictant son testament, ouvrage honorable sans doute, mais dont la valeur comme coloration ne diffère pas sensiblement de celle du dernier tableau de l'artiste, mort il y a quatre ans, tableau que nous retrouverons tout à l'heure au Champ de Mars. Quant à la jeune école, elle en était à peu près absente, et pour cause : Zamacois, Rico, Los Rios et beaucoup d'autres n'y avaient point été conviés, et les seuls coloristes qu'on y remarquait étaient MM. Palmaroli, avec le Sermon à la chapelle Sixtine, et Ruiperez, avec un délicieux Joueur de guitare.
Dans ce même temps, Fortuny, encore inconnu à Paris, peignait la Fantasia arabe : il en était donc à sa première manière. Depuis lors, l'école espagnole a fait bien du chemin : on en jugera en étudiant le caractère de son exposition au Champ de Mars.
L'Espagne, comme l'Italie, dont elle partage au surplus les inquiètes et fiévreuses aspirations, se montre grandement préoccupée de renouveau. Ici et là, même fermentation, mêmes entraînements, même gaspillage des énergies créatrices au profit de recherches, d'inventions, de dextérités, de subtilités de pratique, s'accusant, se faisant jour dans la technique de fart avec les mêmes excessifs caractères : .prédominance du procédé sur l'idée, soin extrême et exubérance du détail, outrance du rendu, ivresse de la couleur, tumulte des tons, affolement de la lumière crue, diffuse, du plein air, du vrai soleil .
HXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878