PAVILLON DES FORÊTS, DANS LES JARDINS DU TROCADÉRO
(Dessin de i'arcliitcctC; M. Eliciiiii;.)
et masquée par un mur. Ou n'entre jamais directement dans l'enceinte consacrée d'un temple chinois.
Le style de cette pagode remonte à Tépoque de la dynastie Min (vers iqSo environ), et toutes les grandes pagodes qui sont aux environs de Pékin, notamment les tombeaux célèbres des empereurs de cette dynastie, sont du même style. C'est la belle époque de l'architecture en Chine. Au reste ce style n'a jamais, depuis, subi de transformations sensibles ; il est encore en usage aujourd'hui dans le Céleste Empire. Un seul essai fut tenté par l'empereur Kien-lon, sous l'inspiration des fameux jésuites établis à cette époque à la cour du Fils du Ciel. Cet essai a produit le palais du Yen-Min-Huen, construit sur le modèle de notre palais de Trianon, mais avec de très curieuses modifications, par suite de l'encastrement dans la pierre de motifs émaillés de grande dimension, reproduisant avec des guirlandes de fruits et de corbeilles de fleurs, toutes les formes aventureuses de notre rococo européen. C'est ce palais qui fut incendié lors de l'expédition anglo-française; et si Ton doit regretter la destruction d'une grande partie du mobilier sans pareil qui l'ornait, l'art peut aisément se consoler de la ruine du palais lui-même. Pour en revenir à notre pagode du Trocadéro, nous avouons être fort séduit par certains côtés de cette architecture très sûre d'elle-même dans ses apparentes bizarreries. Bien coiffée de toitures mouvementées, elle semble, par un sentiment de coquetterie savante, retrousser les saillies angulaires de ses toits pour laisser voir la richesse prodiguée dans ses corniches. La multiplicité de leurs détails sculptés disparaît dans une chaude coloration d'or et de vermillon, rayée par les dessous bleus ou verts du chevronnage recourbé. D'ailleurs, ces tons incidents disparaissent dans la masse dominante du rouge et de for, et n'en troublent pas la calme et riche harmonie. Toute la pagode apparaît à la fois sombre et étincelante : sombre par l'ensemble de ses toitures et de ses murailles peintes en gris noir ; étincelante par une ornementation sobrement distribuée, mais extrêmement abondante dans le détail, et qui, toujours colorée de rouge et d'or, réveille la sévérité même des toitures superposées, en y jetant, comme au hasard, des dragons, des chimères, des groupes de petits guerriers, des crêtes déchiquetées, qui, sur les faîtages, les arêtiers, les angles accusés, allument des étincelles.
'foutes les pièces importantes et ornementales de ce pavillon ont été préparées et sculptées à Ningpo, ville considérable du sud de la Chine, qui a, paraît-il, une spécialité de sculpture et de découpage des bois et
OÙ, d'ailleurs, on a le goût de rarchitecture plus libre et plus ornementée que dans le nord, du côté de Pékin, où se conservent les traditions sévères de la vieille et grande architecture. Pour en finir avec cette très intéressante construction, n'oublions pas le kiosque octogonal à deux étages de toitures, dans Tombre desquelles flamboient les spirales rayonnantes dorées et vermillonnées d'une étonnante coupole. Ce kiosque, qui occupe le centre de la cour intérieure, suffit à lui seul pour caractériser l'art chinois.
La Gaiette a déjà entretenu ses lecteurs de l'antique maison égyptienne restituée sous la direction de notre savant égyptologue M. Mariette-Bey, d'après les ruines séculaires découvertes par lui à Abydos, dans la haute Égypte. Nous passerons rapidement aussi devant la reproduction habile et fidèle d'une maison du Caire, par l'architecte M. Paul Bénard, et, nous dégageant enfin de ce labyrinthe cosmopolite, nous nous trouverons en présence du palais du Trocadéro.