‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 61 sur 117 · ACADEMIE DES BEAUX-ARTS, A SIENNE · texte numérisé non relu

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS, A SIENNE

Galette des Beaux-Arts, A puARTIS EDITEUR

Imp.ClLChardon ainé

M. Herkomer est également un peintre de beaucoup de talent, mais il manque d'originalité. Dans ses aquarelles, sauf celle des Bûcherons , rinfluence de Pinwel se fait tellement sentir que parfois on est tenté de crier au plagiat; il y a cependant plus de fougue dans le faire, moins de discipline dans la coloration, et ce sont, en somme, de fort intéressants ouvrages. Si nous prenons d'autre part ses dessins du Graphie et ses eauxfortes, il nous est impossible de ne pas y voir la marque de M. Legros ; une bonne marque , je le dis avec d'autant plus de plaisir que c'est une marque française, mais il est bon que chacun, en art, ait la sienne.

Le même esprit d'imitation est à signaler chez plusieurs autres aquarellistes distingués de l'Angleterre. M. James Macbeth, par exemple, procède également de Pinwell. Moins fin que lui et dessinateur moins châtié, il a des qualités de coloriste qui lui sont propres, et c'est avec juste raison que l'on admire l'œuvre unique qu'il expose, en dehors de ses peintures à ïhuÛQ : Le dimanche soir dans les jardins de l'hospice de Chelsea. Les Anglais, M. Duranty en a déjà fait la remarque, entourent leurs invalides militaires d'une touchante sollicitude. C'est encore à Chelsea que Mrs. Allingham a trouvé sa meilleure inspiration. Dans son aquarelle et dans celle de M. Macbeth, les mérites d'intention et de composition sont égaux ; mais la main d'une femme se trahit dans l'ouvrage de Mrs. Allingham par certaines recherches enfantines et par la timidité des accents. On oublie tout cela, pourtant, devant la grâce pénétrante de sa minuscule composition intitulée les Petits Clients. Deux petites filles, des enfants de deux ans vêtues de rose, sont gravement assises sur de hauts tabourets devant le comptoir d'une modeste boutique de jouets ; la marchande contemple avec un sourire de mère ce groupe charmant, qui accapare toute la lumière. On dirait deux perruches roses sur leur perchoir; c'est une note de peintre bien trouvée et qui relève singulièrement le mérite du tableau. Mrs. Allingham n'a donc pas seulement un sens familial d'une intensité et d'une justesse remarquables, même en Angleterre, elle est peintre à ses heures.

M. Dalziel appartient à une école qui, par des procédés analogues à ceux de Walker, s'efforce à la naïveté des temps préraphaélesques ; je prise médiocrement son travail à Temporte-pièce et où la matière semble de coton, mais je suis quand même poursuivi par le charme qui se dégage de sa peinture. Il faut décidément prendre un parti énergique avant de pénétrer dans les salles anglaises ; si on ne laisse pas à la porte tout le bagage du naturisme moderne, on risque fort de n'éprouver que des dé-

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convenues et, par suite, de se montrer sévère et injuste. Je ne vois guère dans notre école que Al. Puvis de Chavannes dont Testhétique pourrait utilement être étudiée comme exercice d'initiation. Cet artiste, si éminent d'ailleurs, a notamment une façon de comprendre les animaux dans le paysage qui pourrait préparer le visiteur à goûter les moutons de M. Dalziel et ceux que M. Macbeth fait paître dans les jardins de Chelsea. Le caractère inoffensif de ces excellentes bètes est à peu près tout ce qui se dégage des naïves silhouettes au moyen desquelles elles sont figurées. Est-ce suffisant? Je me le demande.

C'est un fait acquis, les aquarellistes anglais racontent de spirituelles et touchantes histoires, mais la forme vaut presque toujours moins que le fond : l'inverse se passe chez nous.

Revenons à M. C. Green, dont il a déjà été question plus haut. On ne saurait voir de scènes mieux observées et mieux conduites que son Cirque de campagne et s(jn Derby. Nous écririons un volume s'il fallait les décrire par le menu, analyser les épisodes, les physionomies des assistants et leurs attitudes si vraies et si variées. Quels beaux thèmes à gravure ! M., Frith lui-même, l'historiographe fidèle, mais un peu lourd, des grandes scènes de la vie anglaise, est distancé; il y a loin de ses compositions celles à de M. Green; celui-ci joint aux mêmes qualités de chroniqueur bien informé le mérite de raconter avec esprit; enfin il connaît parfaitement sa langue : le dessin. Comme peintre, saufdans les fonds, où les multitudes sont délicatement traitées, M. Green n'a pas un sens coloriste bien ratfiné : ses ouvrages sont, du reste, destinés surtout à être gravés.

Pour trouver encore des peintres délicats dans la section anglaise, il nous faut regarder les paysagistes. M. North vient en tète avec sa Maison blanche et le Pays d'Argyll, deux fines peintures, cette fois, et franchement exécutées avec les seules ressources de l'aquarelle pure : n'était le ton roux dominant qui trahit la nationalité de l'œuvre, on pourrait se croire en dehors de l'Angleterre, tant le faire est aisé et rapide. Quant à MM. Aumônier, Knight et Marsh, nous ne ferions pas étonné de les voir figurer dans l'école française côte à côte avec notre Millet dont ils procèdent, ce qui n'ôte rien à leurs remarquables qualités, au contraire. M. Small nous appartient également par la hardiesse de son pinceau et le choix de ses colorations ; quant à son rare sentiment de l'harmonie, il lui est bien propre ; notre jeune école de peinture ne tient malheureusement pas cet article. M. Collier, enfin, entend à merveille les aspects panoramiques de la nature, et chez lui le pinceau s'élargit

avec le cadre de la peinture. Le Parc d'Ariindel est un beau paysage qui ferait honneur à n'importe quel peintre.

Les marines sont généralement bonnes en Angleterre ; il n'y a pas lieu de s'en étonner. M. Hayes les traite avec puissance; M"" Clara Montalba y apporte une désinvolture charmante; certaines recherches de ton et de transparence accusent l'influence de M. Clays. On n'oubliera pas non plus les limpides dessins sur bois de M. Hopkins, un mariniste

LE PARC D ARUNDEL, A Q.U A R E L l E DE M, E. COLLIER.

(Croquis de l'artiste. )

qui abandonne volontiers le rivage et se fait remorquer en pleine mer, à la recherche d'aspects inédits.

M. Boyce expose de délicates architectures d'un fini précieux et cependant conduites à l'effet avec un art véritable de peintre : c'est un descendant des Hollandais. Quant à M. Skill, sa Vue sur le Tibre et son intérieur de San-Loreu:{o, à Gênes, sont des Bonington apaisés : ils ont le charme et l'abandon des œuvres du maître.

L'Orient est brillamment représenté, trop brillamment peut-être, dans les aquarelles de Lewis, mort lui aussi dans cette année 1875, qui a été si dure aux artistes anglais. Par l'éclat de ses tons employés presque purs, Lewis semble protester contre la peinture étiolée de ses compatriotes. Ses

aquarelles ont l'aspect de vues de kaléidoscope; elles sont du reste d'une admirable correction et d'une tenue distinguée.

Avouons que ce genre a vieilli. Il n'est pas le seul : les aquarelles romantiques de sir John Gilbert ont bien aussi quelques rides, et l'intensité de la coloration ne fait que les accuser davantage. Chez M. Linton, la vigueur est au moins égale sous des dehors plus jeunes. Son Cardinal- Ministre est une bonne scène d'histoire, à la Delaroche, et la peinture y est savante et digne comme le comportait le sujet. M. Gregory, aquarelliste fougueux et libre, moins cependant qu'il ne voudrait le paraître, expose deux ouvrages remarquables : Sir Galahad, un cavalier légendaire qui se laisse voir à peine dans les ténèbres de la nuit ; le mystère complaisant qui l'environne n'est pas sans ajouter à l'impression produite; quant au Saint Georges, c'est un buste d'homme, de grandeur presque naturelle, largement traité à l'aquarelle, sur papier-torchon, avec rehauts de coups de grattoir savamment distribués. Le type du saint est un peu commun, mais les mains sont fort belles et accusent un dessinateur instruit. Cette aquarelle paraît d'autant plus tapageuse que l'ensemble de l'exposition anglaise est discret et timide ; elle éclate comme une fanfare au milieu d'un concert de romances.

Je ne m'arrêterai pas aux ouvrages rétrospectifs de MM. Burne Jones et W. Crâne ; ni par le genre ni par la facture, ils ne se distinguent de leurs tableaux, dont l'examen a été fait par M. Duranty. C'est cependant un curieux travail que V Amour dans les ruines de M. Burne Jones, mais nous cherchons vainement à comprendre pourquoi le peintre a confié au papier plutôt qu'à la toile un sujet de cette taille, car c'était accumuler à plaisir les difficultés. Quant à la valeur artistique, elle est incontestable ; c'est le droit du peintre de fermer les yeux à tout ce qui a été fait depuis l'an i5oo; je vois même dans ce fait l'indice d'un esprit délicat et original. Les primitifs avaient, entre autres mérites, celui de la naïveté; mais c'est une qualité terrible en ce sens qu'elle ne se laisse pas facilement imiter. Les préraphaélites anglais nous le prouvent bien par l'inanité de leurs efforts ; néanmoins, ils ont le privilège de nous intéresser à leurs ouvrages. Comment passer indifférent, par exemple, devant la Fin de Fannée de M. W. Crâne ? Imaginez l'enterrement d'une année. Le cadavre est porté dans une bière, un prêtre chrétien marche à la tête du cortège, les assistants défilent, comme dans les théories, jusqu'au tombeau qui s'ouvre sous un portique à la Giotto !

Dans un charmant petit paysage qui complète son exposition. Aman-

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