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LA DAME AU PARASOL

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au premier plan, une jeune femme se retourne vers son entant pour lui recommander un peu plus de discrétion dans ses jeux. Toutes ces figures sont baignées dans une lumière d'une délicatesse exquise; de Féclat le plus vif à sa source, près de Tunique fenêtre qui lui livre passage, le jour s'en va mourir doucement dans tous les coins de la salle après avoir éparpillé ses rayons sur les êtres et les choses qui lui barraient la route. Ce tableau est d'une intimité délicieuse : s^'il n'y avait de côté et d'autre quelques lourdeurs dans l'exécution, à côté, du reste, de très beaux morceaux de peinture, ce serait une œuvre accomplie comme en faisaient autrefois les maîtres du pays de M. Mélis.

Les marines de M. Mesdag sont appréciées depuis longtemps; ce n'est pas à lui que nous ferons le reproche de trop s'abandonner aux caresses du pinceau; il outre plutôt la rudesse dans le sens d'une liberté effrénée. Il est bon, ce me semble, que le grain de papier joue son rôle dans une aquarelle, et qu'il prenne rang avec sa propre valeur dans la gamme des colorations, mais c'est une question de mesure. De trop grands espaces découverts refroidissent l'effet.

M. Roelofs me paraît être plus au fait des procédés justes et rationnels que comporte l'aquarelle; ses beaux paysages sont d'excellents spécimens de peinture à l'eau qui ne trompe pas son monde, comme on le fait en Angleterre par une recherche excessive du détail, et cependant ne se présente-pas en négligé. Il connaît parfaitement les mérites du papier-torchon et les met à contribution, sans oublier toutefois les exigences du ton local. Quant aux autres aquarellistes des Pays-Bas, MM. Tenkate, Rochussen, Bischop et Vogel, il n'est pas nécessaire de les signaler à l'attention d'une façon particulière : les deux premiers sont cependant fort habiles, mais d'une habileté d'illustrateur qui rappelle Philippoteaux. M. Bischop procède par grandes taches de couleur à peine modelées et soigneusement assemblées : c'est clair et précis comme la lithochromie et froid comme elle.

A ce propos, je signalerai dans la section russe d'excellents modèles d'armes et de bijoux, destinés à être reproduits par le procédé lithographique, et dont je regrette de ne pouvoir nommer l'auteur : il ne figure pas au livret. C'est un artiste d'un rare mérite dans un genre où il faut être à la fois explicite et concis. Sans quitter la Russie, et revenant aux aquarelles, je mentionnerai le Ligueur de M. Huhn, travail estimable, quoique un peu lourd, et une pimpante vue de ï Abbaye de Villers, par M. Wylie. Ce n'est pas en dire du mal que d'ajouter : peinture d'architecte; en France, en Angleterre et ailleurs, il y a d'excellents aquarellistes parmi

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les architectes; peut-être est-ce parmi eux que se trouve conservée la vraie tradition de la peinture à Feau.

De la Russie aux États-Unis il n'y a qu'un pas ; je n'y ferai qu'une courte station devant une sévère aquarelle de M. Abbey, intitulée Bureau des diligences. Sujet et peinture évoquent les noms de Hogarth et de llovlandson ; c'est dans les deux personnages du tableau la même vérité typique, accusée à grands traits ; les silhouettes s'enlèvent vigoureusement dans une harmonie grise qui n'est pas sans charme dans son austérité.

Par l'Autriche nous allons arriver bientôt aux pays chauds de l'aquarelle: ritalie et l'Espagne; mais d'abord arrêtons-nous quelques instants dans les régions du Danube : leur exposition est intéressante à tous égards. On a vu, par l'étude faite sur les peintres de l'Autriche-Hongrie, que l'art y est tenu avec une grande dignité, dans une tournure un peu ancienne. Sans en excepter Makart, très conservateur sous des apparences révolutionnaires , les artistes de ces pays sont en général d'une nature timorée et méfiante : il faut qu'un chemin soit bien frayé pour qu'ils s'y aventurent. Ce ne sont pas de forcenés laudatores temporis acti, mais ils n'acceptent les innovations que sous bénéfice d'inventaire ; ils me font l'effet de certains personnages de nos provinces reculées qui, envisageant les chemins de fer d'un mauvais œil, préfèrent encore prendre la diligence. Mais si les artistes austro-hongrois pratiquent fart d'après des errements surannés, ils savent au moins éviter l'écueil de la prudhomie. Voici par exemple , dans la section qui m'incombe, une suite de dessins à la mine de plomb , composés par le chevalier de Fiihrich pour V Histoire de l'Enfant prodigne. A la façon ronde et boursouflée des draperies , on voit que les personnages sont encore habillés à la Schnorr ; mais si la facture est ancienne, l'esprit de la composition est d'un sentiment tout moderne. Ce sont de purs chefs-d'œuvre, surtout si on les met en regard des analogues de Signol que l'on voit dans la section française de peinture.

Supérieurs encore à ces dessins] affligeants d'un peintre qui a eu son heure, me paraissent les aquarelles et cartons de fresques de M. Steinl, quoiqu'ils datent terriblement et que l'ironie un peu lourde de Kaulback s'y montre encore épaissie. L'on n'aura au contraire que des éloges à faire des énergiques fusains de M. de Pausinger, qui sait à la fois le paysage et les animaux. Dans les Braconniers il y a plus que des qualités d'exécution : il y a un tableau de drame bien conçu et supérieurement mis en scène.

L'exposition autrichienne nous montre enfin deux aquarellistes de

premier ordre, MM. Rudolf Alt et Passini. Du premier, qui jouit en Autriche d'une grande faveur, nous avons une série de dix aquarelles d'un mérite sérieux et soutenu. Ce sont des vues prises à Rome, à Vienne, à Prague et dans le Tyrol ; en général , Tarchitecture y est mieux traitée que le paysage et les figures ; pour ces dernières, l'exécution est plus hésitante , on le voit aux reprises. Malgré ces légères imperfections, on se sent en présence d'un artiste de race et d'un peintre.

M. Passini a envoyé trois aquarelles : deux se ressemblent, la troisième est tellement dissemblable qu'on la croirait d'un autre peintre. Dans la Procession à Venise et le Lecteur public à Chioggia, je vois un artiste soigneux et maître de sa main, à la façon de Bida, c'est-à-dire correct et un peu froid. Les personnages, très nombreux, sont groupés avec art, et leurs physionomies étudiées avec un soin minutieux ; la peinture , très montée de ton , reste calme et d'ensemble. Ces deux ouvrages sont intéressants à un haut degré , mais ils n'émeuvent pas ; la curiosité seule est éveillée; c'est une page à ajouter à nos connaissances ethnographiques, une page bien écrite et riche d'enseignements. Dans le Pont à Venise, il y atout cela et autre chose. Le récit est fait, cette fois, par un peintre bien doué; l'œuvre séduit au premier coup d'œil, avant qu'on ait cherché à démêler sa signification littéraire. C'est qu'elle donne une impression vive de nature ; les personnages respirent dans ce cadre et on respire avec eux; M. de Nittis, si fin, si délicat dans ses vues de Paris et de Londres, n'a jamais fait mieux.

L'Espagne et l'Italie ne sont pas représentées dignement à l'Exposition universelle, dans la section des aquarelles. M. Tapiro, à lui seul, ne peut pas donner une idée, avec son Mariage de la fille d'un shérif, de l'adresse merveilleuse avec laquelle les Espagnols se servent des couleurs à l'eau. M. Rico aurait pu fournir la plus haute expression du genre, avec Fortuny, s'il eût jugé à propos de se montrer en dehors des salles de peinture; mais il a pensé, peut-être avec raison, qu'il avait assez fait pour sa gloire en envoyant une douzaine de petites toiles du mérite le plus rare. Pour mémoire seulement, je signalerai de M. Ruiz : un tableau en pains à cacheter, représentant des fleurs et un oiseau.

En Italie, nous ne voyons ni M. de Nittis ni M. Pasini, et M. Joris, qui a un si joli talent d'aquarelliste, n'expose qu'une Sortie pour le baptême, où ses brillantes qualités ne sont qu'incomplètement montrées. M. Rotta, dans ses Mœurs de Venise, révèle un peintre très précieux, curieux du détail et ne s'y perdant jamais ; sa peinture est harmonieuse

sans que le ton local ait à abdiquer ; on retrouve dans ses modèles les types déjà bien connus de M. van Haanen. M. Cabianca est assez sensible aux recherches de la coloration, mais la forme laisse beaucoup à désirer dans ses compositions. Quant à M. Gandi, c'est également un artiste bien intentionné, mais les grandes figures de son groupe de fidèles en prière Pendant le Carême demanderaient un pinceau plus hardi et plus généreux que le sien. En art, Tintention n'est jamais réputée pour le fait.

Une chose digne de remarque, c'est que, si les Anglais appliquent à Taquarelle les procédés de la peinture à Thuile en s'efforçant d'imiter cette dernière, la plupart des peintres espagnols et italiens font de l'aquarelle sur toile. Depuis que Fortuny a mis à la mode, avec l'aide du japonisme, le culte du ton pour le ton, c'est-à-dire l'art purement sensuel des couleurs , tous ses adeptes s'évertuent à échantillonner leurs ouvrages de toutes les nuances vives de la palette : c'est l'art du mosaïste et du tapissier appliqué à la peinture. Sans se montrer trop sévère , on peut affirmer que ce n'est pas là un progrès bien recommandable ; passe encore pour les maîtres du genre, mais qu'advient-il du système entre les mains des lourdauds? Quelque chose de commun, de grossièrement tapageur, quelque chose enfin qui nous ferait regretter le poncif tant décrié de l'ancienne mode.

J'ai réservé la place d'honneur aux aquarellistes de l'étranger; les peintres français ne m'en voudront pas de parler d'eux en dernier, et d'en parler brièvement. Constatons d'abord que leur exposition n'a pas toute l'importance qu'on pouvait attendre; quelques-uns parmi les meilleurs, MM. Détaille et de Neuville, par exemple, se sont abstenus; et puis leur talent a été si souvent analysé que nous craindrions de plaider une cause entendue. Que dire de nouveau de MM. Eug. Lami et Isabey, ces doyens de l'aquarelle française? Nous les retrouvons avec leurs qualités un peu surannées, si l'on en croit la nouvelle école, mais que nous persistons à trouver charmantes dans leur caractère sérieux. Les anciens errements avaient du bon. Les beaux paysages de MM. Français et Harpignies sont là encore pour l'affirmer. Je pense même que jamais aquarelliste n'a plus magistralement interprété les grands aspects de la nature que ne le fait M. Harpignies. Cet excellent artiste a trouvé dans le pinceau à lavis l'outil qui sied le mieux à sa manière ; ses peintures sur toile ont parfois une sécheresse de lignes et un relief excessifs ; dans ses aquarelles les plans se réconcilient plus volontiers et l'on peut admirer sans restriction la noblesse de l'arrangement et la belle distribution de la lumière. Paul Huet a des

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qualités analogues ; cependant on sent trop que ce consciencieux artiste n'est plus de notre temps : il est mort d'hier, mais son art avait succombe avant lui. Les aquarelles, lavis et dessins à la plume qu'on voit de lui à TExposition tranchent par leur caractère rétrospectif avec tout ce qui les entoure.

Le nombre est grand des aquarellistes habiles que nous pourrions signaler encore dans la section française : M. O. de Penne, le peintre des chiens : non content de bien connaître ses modèles, il sait les encadrer dans des paysages charmants et vigoureusement enlevés; M. Eug. Lambert, moins audacieux, mais tout aussi bien informé des mœurs et coutumes de la gent féline; MM. Didier et Saunier, Tun sévère dessinateur, l'autre coloriste recherché; M. Léman, fin et distingué dans ses aquarelles, comme il se montre énergique et afïirmatif dans son beau portrait de Daniel Ramée, à la peinture; MxM. Luminais, John Lewis Brown, dont la manière facile et brillante est si bien servie par les couleurs à l'eau ; M"" Lemaire, enfin, avec ses fleurs éclatantes et si hardiment brossées.

On n'a pas oublié V Apparition de M. G. Moreau, qui eut un si grand succès au Salon de 1876; le Phaéton, de cette année, est généralement moins goûté. Si cette aquarelle renferme encore de rares délicatesses de coloris, la composition en est bien tourmentée. Cependant, ici comme dans tous les ouvrages de M. Moreau, on se sent pris par je ne sais quel charme mystérieux qui se dégage de son art étrange et inquiétant.

Les visions de MM. Matout et Ehrmann ne doivent pas troubler le sommeil de ces excellents artistes : ce sont les rêves classiques, disciplinés, dont la grammaire est enseignée dans toutes les écoles des beauxarts. Les dessins de M. Matout pour le plafond de la salle du Louvre dite « des Empereurs » n'en sont pas moins des œuvres très honorables, qui n'ont rien à redouter de la comparaison avec leurs similaires de l'étranger ; dans la Bacchante il y a même certaines trouvailles de forme et d'attitude qui méritent d'être traitées avec tous les égards dus à l'invention. Quant à M. Ehrmann, dans ses aquarelles d'Ariadne et de Persée, il se montre tel que nous le connaissons déjà : dessinateur gracieux et décorateur rempli de goût. On n'oubliera pas non plus les élégantes compositions dans le style de la Renaissance, de M. Faivre-DufTer pour le château d'Anet; nous en donnons deux gravures.

Je passe rapidement sur les fusains de MM. Appian, Bellel et Allongé, — M. Maxime Lalanne manque à la fête. Le genre est un peu triste et monotone, môme entre les mains de ces maîtres, et il s'assombrit encore

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