‹ L'art moderne à l'Exposition de 1878Chapitre 71 sur 117 · ET EXÉCUTÉ PAR M · texte numérisé non relu

ET EXÉCUTÉ PAR M

économie du clergé oblige d'ordinaire à remplacer ce travail par des défoncés à Teau-forte ; l'effet en est, en ce cas, moins heureux et la solidité moins grande.

Sans nous arrêter aux crosses, aux chapelles, aux chasses, aux statuettes qui remplissent les vitrines de Poussielgue-Rusand et suffiraient à constituer le trésor de deux ou trois évêchés, disons qu'il convient d'associer le nom de cet orfèvre à ceux de nos grands architectes religieux.

CHASSE DANS LE STYLE DU XI v"" SIÈCLE.

{Exposée par M.' Poussiclgue-Riisand.)

car il est leur coopérateur dans le mobilier de toutes nos églises de France.

M. Armand-Calliat, au contraire, se résume en lui-même; deux aides lui suffisent : M. P. P>ossan, l'architecte, et M. Dufraine, le statuaire; à eux trois, ils produisent une fabrièation précieuse et nouvelle, dont la caractérisque s'écarte des vieilles formes traditionnelles.

Si Torfèvrerie de Poussielgue est décorative, celle d'Armand-Calliat est attachante : la première meuble l'église, et, dans de vastes nefs, elle garde toute sa valeur aux yeux des fidèles éloignés de l'autel; — l'autre s'accommode des petites chapelles, des oratoires, des vitrines de la sa-

cristie : il lui faut les écrins de velours de révêque; c'est une bijouterie précieuse aux délicates ciselures, aux filigranes ténus, aux émaux fins. Il y a dans la première un parfum de l'église gallicane, un reflet de nos vieilles et inébranlables croyances, elle tient à nos édifices romans et gothiques ; la seconde est d'un piétisme plus raffiné, d'une foi plus

ROSACE EN ÉMAIL C H A M P L E V É DE l'oSTENSOIR DE N.-D. DE LOURDES,

(Exposée par M. Arniand-Calliat.)

moderne, d'une religiosité plus mondaine et plus féminine. Ce n'est plus l'orfèvrerie des grandes cathédrales de Paris, d'Amiens ou de Reims, c'est l'ornement des chapelles de Lourdes et de la Salette, c'est la religion à la mode ; et ce n'est pas une critique que j'en veux faire : j'admire ces formes châtiées, ces délicatesses d'outil; c'est un travail amoureusement achevé et qui fait à son auteur le plus grand honneur. L'ostensoir de Notre-Dame de Lourdes est une pure merveille, et je regrette que nous n'ayons pu en donner ici le dessin ; la seule faute que j'y aie trouvée gît dans l'emploi des fonds d'émail bleu, qui s'inscrivent entre les ailes des anges et font au

nimbe de l'hostie un effet dur de faïence peinte. Le .socle, le nœud composé de rimage de la Vierge, les rayons sont d'une composition compliquée, dont la description exigerait plusieurs pages, car c'est tout un poème religieux et mystique.

Nous ne donnons que deux copies des œuvres de M. Armand-Calliat, celle d'une rosace en émail champlevé de l'ostensoir de Notre-Dame de Lourdes et celle de la crosse de S. Ém. le cardinal Pitra. Là encore, le dessin est tout plein de détails : outre les armes, les attributs , les emblèmes et les ornements, il y a trois sujets, trois légendes religieuses : saint Pierre dans sa prison, — saint Benoît se précipitant .sur un buisson d'épines, — et saint Jean-Baptiste pressant entre ses bras l'Agneau sans tache.

Entre les richesses que contient l'exposition d'orfèvrerie lyonnaise, signalons le calice de M'^'' de Fréjus, le reliquaire de la sainte Épine et le reliquaire du saint Mors de Carpentras ; mais il convient de donner une mention toute spéciale au magnifique retable du maître-autel de Notre-Dame de Bourg-en-Bresse. M. Jarrin a fait de l'ensemble de Fédicule une savante et remarquable description ; mais ce qu'il faut surtout louer, c'est la composition des deux bas-reliefs par Dufraine, — une Nativité et une Piété, — dont les figures sont d'un sentiment exquis, adocRossF. rablement modelées et ciselées, et se détachent en bronze du cardinal piira. doré sur Ic marbre, dont la blancheur crue est tempérée par des rinceaux émaillés et incrustés à lieur des surfaces. L'effet en est joli, plein d'harmonie, et cette polychromie, douce et discrète, prête à l'ensemble un charme infini.

Pour revenir des ornements religieux à l'orfèvrerie civile, je n'ai pas de transition meilleure que de parler d'abord de M. Froment-Meurice. Outre une jolie statuette de la Vierge, dont les chairs sculptées sur calcédoine rose, c'est-à-dire en matière transparente, ont le défaut de manc[uer de solidité à l'œil, par leur contraste avec les vêtements d'argent

Page 1