ÉPINGLE DE COIFFURE EN BRILLANTS ET PERLE
(Exposée par M. Massin.)
ce n'est pas de ses merveilleux saphirs, comparables à ceux de Bapst et de Rouvenat, ni de son grand diamant, ni de son saphir jaune, que j'ai à
ORNEMENTDEC0LAMAS(iUEDEHIBOU.
(Exposé par M. Massin.)
parler : ces trésors échappent à la critique de la Galette, qui prise plus un anneau d'or ciselé que les deux perles de i5o,ooo francs vendues par Bapst au baron Alphonse de Rothschild, ou que les diamants rachetés
par le comte Branicki à la vente de la reine Isabelle, l^oucheron a d'autres mérites : il est le bijoutier de son temps, il a su comprendre le goût de son époque, qu'il l'ait créé ou qu'il Fait suivi, peu importe. J'aime entre ses bijoux un gracieux pendant de col Renaissance, aux formes ventrues, qui, dans des entrelacs d'une ciselure grasse et souple, porte un saphir en son milieu; un médaillon de cristal incrusté, d'un adorable travail; une croix byzantine aux symboles des quatre évangélistes, sans doute destinée à
(Exposé p; r M. Fouquct.)
quelque évéque, et des bijoux d'acier damasquiné et ciselé dont la délicate ornementation fait honneur à M. Tissot. Nous applaudirons à chaque essai d'appropriation au bijou de cet art du fer et de l'acier, qu'exploite exclusivement l'arquebuserie; ses finesses s'accommodent cependant des plus précieux et des plus mignons objets, et la jolie montre que voici est un des plus excellents exemples du bon emploi qu'on en peut faire.
Nous avons déjà vanté les émaux à jour dont M. Boucheron a le monopole, et dont peu d'objets anciens nous ont gardé le type. Nous en retrouvons des échantillons dans un grand et somptueux service à bière, rapprochement bien osé, ce nous semble, entre le précieux du travail et l'usage quelque peu grossier des chopes et de la canette. Je n'insiste pas sur de malheureux essais de style japonais et chinois, dont la minutieuse
recherche touche au jouet et à Tarticle viennois pkis qu'à l'orfèvrerie. Il eût fallu d'abord mieux étudier les principes décoratifs des Japonais comme Font fait Christofle et Tiflany, ou suivre dans leurs ornementations compliquées les Indiens et les Persans. Mais, en regard de ces objets mal conçus et manqués, il convient de louer le joli effet d'un service oriental aux champs nus, coupés de motifs ajourés, certain vase d'or aux anses décorées d'émaux à jour, un bougeoir d'or et de cristal, un miroir et certaine jardinière dont les panneaux d'émail, couchés sur paillons, empruntent aux bossuages des ornements un effet imprévu.
M. Fontenay a mis bien tard en sa vitrine le joli brûle-parfums d'or ciselé, décoré de filigrane et d'émail qu'il promettait à l'admiration des connaisseurs. Cette pièce emprunte au seul art du bijoutier tous ses détails d'ornementation, et la plus sévère critique n'y trouve à reprendre que l'emploi trop répété des motifs de support. C'est une des curiosités de la classe XXXIX. Quand nous aurons cité une élégante statuette exécutée par MM. Rouvenat et Lourdel, et dont le modèle, dû à Carrier-Belleuse, représente une charmeuse indienne, nous croirons en avoir fini avec l'orfèvrerie et les bijoux.
Nous allons essayer de dire ce qu'est la joaillerie, et peut-être vaudrait-il mieux, pour l'expliquer, renvoyer l'amateur aux vitrines des Bapst, ces doyens de leur industrie, à l'égal de ce que sont les Odiot chez les orfèvres, aux vitrines des Mellerio, des Vever, des Caillot, des Marret, des Lemoine, des SoufFlot, des Dumoret, des Robin et à la taillerie de diamants de Roulina.
La joaillerie n'a jamais été bien définie, c'est un art qui n'a pas d'histoire. Participant des caprices de la mode, elle varie de forme tous les dix ans, et l'un des seuls types anciens qu'en aient gardés nos musées, la couronne du sacre de Louis XV qui est dans la galerie d'Apollon, n'a échappé à la destruction que parce que ses chatons sont garnis de pierres fausses.
CHATELAINE EN OR ET EMAUX.
(Exposée par M. Fouquet.)
En tout temps d'ailleurs, les joailliers n'ont eu à faire valoir que la beauté des pierres et Féclat des diamants; leurs montures ne visaient pas à mieux ; et si Thabileté du sertisseur était quelquefois prodigieuse, le dessinateur ne s'ingéniait pas à varier ses motifs; longtemps les étoiles, les croissants, les chatons emmaillés et suspendus, et les fleurs les plus banales ont suffi à satisfaire la coquetterie des femmes; et si quelques-uns ont, dans la recherche d'une expression plus artistique et plus spirituelle, devancé Massin, personne autant que lui n'a atteint à la perfection des joyaux. Si cet art est entré enfin dans une voie plus typique et plus intéressante, c'est lui sans conteste qui l'y a fait entrer.
Comme ouvrier, Massin a fait cette année mieux que les Viennois, mieux que les Russes, ces joailliers réputés; comme inventeur, il a créé une école nouvelle. Il ne s'est pas borné à copier la fleur vivante avec l'esprit et la fidélité de la meilleure fleuriste, mais, prêtant aux pétales et aux feuilles tout l'éclat du diamant, il a inventé des fleurs nouvelles; il a mêlé aux pierres des filigranes d'argent, qui gardent à la plante une légèreté de tissu, une transparence de peau indéfinissable, et permettent de réaliser de sensibles économies dans l'achat de ces coûteuses fantaisies. Le narcisse reproduit ici en est une démonstration, et toutes les fleurs se pourraient interpréter de la sorte, exprimant, comme le sélam des Orientaux, un langage auquel leur prix donnerait une signification et une éloquence irrésistibles.
Massin a tissé des dentelles de diamants, dont le canevas est souple et léger comme une trame de iil; dès lors redeviennent possibles les somptuosités de vêtements des reines des xv" et xvi' siècles, sans que les perles et les bijoux fassent à la beauté des femmes une pesante armure. Il a, comme Rouvenat, imité de la Renaissance les guipures et le point coupé, mais par d'autres procédés, en sorte que leurs ouvrages, nés d'une pensée commune, sont arrivés à des résultats très différents. Parmi ses fantaisies d'un autre ordre, nous reproduisons une épingle de coiffure serpent en diamants et perle, et une attache de collier, où le masque fantastique d'un hibou, capricieusement composé de cercles de brillants, produit, avec les yeux en pierres de lune, un magnétique effet.
Outre les richesses en diamants de grande taille et les pierres historiques, on peut voir dans sa vitrine une large ceinture d'or et de brillants à l'élégant dessin dont l'exécution est un chef-d'œuvre d'atelier, et qui, par son ordonnance et sa valeur considérable, pourrait, avec le
sabre en diamants de Fontenay, convenir à quelque sultan ou à quelque rajah de l'Inde.
Immédiatement après Massin, il faut nommer parmi nos joailliers MM. Boucheron, Vever, Fouquet, Rouvenat et Téterger.
CHATELAINE EN DIAMANTS ET OR AVEC MONTRE É M A I t L É E.
(Exposée par M. Téterger.)
De Boucheron nous avons tout dit, et chez Vever il faut constater surtout le goût très pur et la sobre et tranquille harmonie des formes. Fouquet est un dessinateur élégant et fin, qui' ne manie pas encore le diamant avec l'audace et le bonheur de son maître, mais qui le plie à son dessin et l'inscrit adroitement dans la silhouette un peu sèche de ses orne-
mcnts.Il y a des inventions très osées, et si j'admire parmi des bijoux pleins de goût et de fantaisie le noble et gracieux diadème que voici, j'éprouve quelque embarras à m'expliquer la collerette Médicis et le collier égyptien, qui sont les pièces capitales de cette vitrine. Je ne me rends pas un compte
UUACELET EN JOAILLERIE AVEC M A SITUES.
(ExpoSL- par M. Tcterger.)
bien exact de l'elïet que produiront, sur des épaules nues, ces sphinx accroupis, dont les ailes diamantées se dressent raides et menaçantes. C'est original, mais ser£i-ce joli? L'exécution en est parfaite, comme celle des bijoux d'or et, entre ceux-ci, nous avons choisi, pour la graver, la belle