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LA DÉLIVRANCE, PAR M. JOSEPH BLANC

(Croquis de l'artiste.)

étend sur un lit vulgaire le cadavre de Marceau. Et toutes ces choses sont dites avec le plus grand soin, d'un pinceau ferme et sûr, et sur le ton grave qui convient. D'autres fois, M. Laurens se contente du motif solennellement intime, comme dans le Saint Bruno refusant les présents du conile de Calabre. Ce tableau, qu'on revoit avec plaisir dans Texposition organisée par la ville de Paris, est une des meilleures compositions de Fauteur. Il est plein d'austérité et de tenue : il réunit en outre une série de personnages dont les têtes sont peintes excellemment. Lorsque M. Laurens se place résolument vis-à-vis d'un modèle, il l'interroge avec une intelligente persistance, et il finit par lui arracher son secret. Nous en trouvons la preuve dans le portrait que l'artiste a fait d'après lui-même pour la collection du Musée des Offices. Cette tête, accentuée et vivante, est modelée avec un soin rigoureux, et elle paraît d'autant mieux dessinée qu'elle a été maintenue dans la gamme claire, sous l'honnête rayon qui ne cache rien.

En général, les peintures de M. Laurens, alors surtout qu'elles reparaissent réunies comme au Champ de Mars, sont un peu assoupies sous un voile de tristesse. Les ombres ne sont pas d'une transparence suffisamment vénitienne. L'artiste, si consciencieux d'ailleurs et si robuste, aurait intérêt à faire çà et là quelques excursions dans le clair.

La manière de M. Jean-Paul Laurens, on l'a déjà remarqué, est bien d'accord avec une des préoccupations de l'heure actuelle. Elle est raisonnable et modérée. Elle se déclare la fidèle servante des réalités ; elle prend ses informations, et elle les discute avant de les produire dans une œuvre publique. C'est une tendance absolument contraire à celle des enthousiastes d'autrefois. Le lyrisme était moins raisonneur. Le nouveau système, qui tient un si grand compte de la vérité, pourrait nous faire faire beaucoup de chemin, et il serait prudent d'en prévoir les conséquences. Quant à présent, il a donné des résultats d'un intérêt bien réel. Comment, lorsqu'on cherche à caractériser les inquiétudes de l'école moderne, ne pas prendre au sérieux des peintures telles que celles de M. Ronot? Son meilleur tableau, la Colère des Pharisiens, exprime à merveille la préoccupation nouvelle. Les types, les attitudes, les expressions, tout est emprunté à la nature. Ce qui, en certaines périodes de notre histoire, a été si passionnément recherché, je veux dire la beauté des lignes et des visages, l'idéal enlin, est déclaré comme non avenu, par une sorte de positivisme dédaigneux. C'est l'élimination de la fiction et de l'absolu. Toutes les têtes sont des portraits. Dans les Pharisiens de M. Ronot, il n'y a d'imaginaire

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(( MES EN FANTS ))

G?.zette des Beaux-Arts

Imp. A. Quantm, Editeur

•que le nom qui leur est donné. La réalité, et rien que la réalité, tel est le mot d'ordre. M. Ronota, d'ailleurs, un talent bien authentique. Mais n'estil pas curieux, après toutes nos aventures et tous nos rêves, de nous voir revenir à une doctrine qui eut, au xvii* siècle, son importance et sa raison d'être? Comme autrefois les Lenain, nous faisons poser le personnage depuis son bonnet jusqu'à sa chaussure, et notre conscience est satisfaite quand nous n'avons pas triché dans la copie.

Ici nous constatons des tendances, nous enregistrons des résultats sans en apprécier la légitimité. Mais nous sommes bien forcé de dire que ce culte pour la vérité, même pour la vérité en haillons, n'est nullement un fait imprévu. De même qu'en i85i, les petitesses archéologiques de ceux qu'on appelait les néo-grecs suscitèrent les protestations du maître peintre d'Ornans, de même les fadeurs d'un idéalisme en cire, en savon, en porcelaine, doivent provoquer nécessairement un retour vers les réalités vivantes. En présence de tableaux pareils à la réunion de nymphes de M. Bouguereau, où l'on voit des femmes nues, polies etémaillées comme des assiettes, et fades comme les poupées qui pivotent aux vitrines des coiffeurs, on n'a qu'un désir, la fuite; on a qu'un rêve, l'évasion. On regarde autour de soi, on cherche une fenêtre ouverte du côté de la vérité, on se réfugie même dans la laideur, on donnerait son royaume pour une caricature. L'abus de l'artificiel provoque de légitimes révoltes. On se tourne vers la Femme du Pollet, de M. Vollon, et l'on trouve quelque élégance à cette commère, parce qu'elle n'est pas chimérique et qu'elle est bien peinte, et l'on s'attablerait volontiers dans le Cabaret, de M. Ribot, s'il n'était pas tombé dans les verres un peu de suie.

Nous venons de citer deux peintres excellents, deux maîtres. M. Vollon a des ressources très variées. On ne lui rend pas pleine justice quand on veut le cloîtrer dans la nature morte. Il triomphe sans doute dans les batteries de cuisine, dans les chaudrons de cuivre reluisants, dans les belles armures damasquinées ; il peint les poissons comme Van Beyeren, mais il se souvient d'avoir été paysagiste, et, pour nous, nous faisons grand cas de sa Route de Rocqueucourt, où les tons sont si francs et si lumineux. Comme peintre de figures, M. Vollon a encore des progrès à faire. On voit dans cette Femme du Follet dont nous parlions tout à l'heure, on a vu au Salon dernier, dans V Étudiant espagnol, que le vaillant artiste ne possède point tout à fait l'art d'animer les carnations; il leur donne un aspect luisant qui sent la manière. Il serait digne de lui de s'imposer la fatigue d'un effort pour arriver à peindre les personnes comme il peint les choses.

Quant à M. Ribot, il a des qualités de praticien qui sont véritablement admirables. 11 a beaucoup aimé le noir, et cette passion ne lui sera pas pardonnée. Je ne sais si, comme on le disait autrefois, la nature a horreur du vide; mais elle a certainement horreur du cirage, et elle met toujours du clair dans l'obscur. M. Ribot, d'ailleurs, ne refuse pas de s'amender. Les trois tableaux qu'il expose au Champ de Mars ont été exécutés de 1870 à iSyS, et ils n'exprimentpas d'une façon complète les préoccupations actuelles de son talent. On a vu au Salon du printemps dernier, dans la Comptabilité et dans le portrait de la Mère Morieii, que son idéal s'est fort éclairci. On a vu aussi que, pour le maniement du pinceau, M. Ribot est un des premiers ouvriers de l'école contemporaine.

L'amour de la vérité vraie inspire également quelques-uns de nos portraitistes. Plusieurs d'entre eux protestent, au nom de la sincérité, au nom des grands maîtres de l'époque glorieuse, contre les élégances banales, contre les concessions que l'art devrait s'interdire. Combien les mots ont été détournés de leur sens! On est allé jusqu'à traiter M. Bastien-Lepage de révolutionnaire. M. Bastien-Lepage est absolument dans la tradition, et dans la meilleure. Quand le portrait du Grand-Père fut exposé en 1874, on crut avoir affaire à un artiste épris de la singularité. Nous sommes tellement habitués aux ombres opaques des successeurs de l'école bolonaise que, lorsqu'un peintre place son modèle en plein air et l'éclairé du rayon loyal qui supprime tous les noirs, on crie à l'insurrection. J'aime à croire que le Grand-Père, de M. Bastien-Lepage, n'effrayera plus personne aujourd'hui. C'est une étude d'une sincérité étonnante : l'effet de lumière est la justesse même, et nous devrions tous nous estimer heureux si les maîtres à la mode consentaient à dessiner avec une exactitude aussi précise, La Communiante n'est étrange que pour les juges attardés qui n'ont pas encore étudié les peintres du commencement du xvi" siècle. Quant au portrait de M. Hayem, c'est une de ces effigies qui disent tout. La vérité de l'attitude, le ton des chairs, le mouvement particulier de la lèvre révèlent chez M. Bastien-Lepage l'habileté passionnée de l'observateur le plus incisif.

On sait combien le portrait s'est relevé depuis quelques années. Chaque printemps, on voit au Salon des Champs-Élysées s'accentuer le progrès et se préciser la conquête. Le genre n'est pas, d'ailleurs, soumis à une seule méthode, et le libéralisme de la critique doit admettre ici la diversité des idéals. Un de nos premiers portraitistes est aujourd'hui M. Paul Dubois. A l'origine, et pour un instant, il a paru se préoccuper de la manière de

M. Henner : depuis deux ou trois ans, son langage est devenu plus personnel. Il y a pour les sculpteurs des grâces d'état. Habitués à étudier la forme dans ses saillies et dans ses dépressions, savants à mesurer de Toeil l'importance relative des reliefs, absolument convaincus qu'une tête humaine n'est pas une abstraction, mais un solide, ils ne peuvent pas, ils ne veulent pas trahir. Tous les statuaires qui font de la peinture devraient modeler comme Léonard de Vinci. Les portraits de M. Paul Dubois semblent justifier ce raisonnement. Lorsque, par un dessin rigoureusement exact, il a établi et préparé ses dessous, il modèle avec une patience admirable, avec un zèle qui ne se lasse pas. « Encore un peu plus outre », ditil comme le personnage de Corneille. Quelquefois la recherche de l'extrême finesse refroidit un peu le travail : c'est ce qui est arrivé pour le portrait de M'"" la princesse de B..., dont l'aspect général peut faire supposer une succession d'efforts ; mais la plupart des autres peintures de M. Dubois ont, dans l'achevé de leur perfection, des apparences simples et presque faciles. Les portraits des enfants du sculpteur, celui d'une petite fille, M"' P. iM .., celui de M. P. F..., qui n'avait pas encore été exposé, ont, avec un modelé impeccable, la grâce attendrie de la jeunesse ou le ferme accent de la vie active et sévère.

Si nous voulions grouper les peintres en raison de leurs affinités, nous devrions citer un élève à côté d'un maître. M. Wencker, qui a obtenu le prix de Rome en 1876, manquerait au plus élémentaire de ses devoirs, s'il n'était pas jeune. Et, en effet, il est encore à l'Académie ; mais il a déjà un talent très raffiné. Son portrait de M"°G..., en robe de velours gris, retrouve à l'Exposition universelle le succès qui l'accueillit au Salon de l'année dernière. Élève de M. Gérome, M. Wencker a corrigé les leçons de son professeur; il a étudié la manière de M. Paul Dubois, et son modelé est d'une souplesse charmante. M. Philippe Parrot est encore un peintre dont le pinceau a de la tendresse. Il n'est pas sans quelque lointaine parenté avec M. Henner. Son portrait de M'" de S..., en proie à une rêverie attristée, est une peinture délicate et subtile. Nous croyons voir aussi dans la Galatée de M. Parrot un sentiment amoureux des carnations féminines, une morbidesse qu'on chercherait en vain chez M. Delaunay, qui, malgré tout son talent, fait des chasseresses en bois, et chez AL Bouguereau, qui fait des nymphes en faïence.

Et comment ne pas se préoccuper de l'exécution, lorsqu'il est démontré, par l'exemple de M. Bonnat, que la lourdeur d'un instrument empêché compromet les intentions les meilleures et que des sabots de plomb ne

EXPOSITION UNIVIÎRSl-I.LE DK 1878

rendent pas la démarche légère? M. Bonnat n'est un bon peintre que lorsqu'il consent à charger à peine son pinceau et à modérer les accents, qui, dans les écoles de décadence, ont été considérés comme des signes de vigueur. L'artiste, qui a d'ailleurs des qualités bien réelles, a reconnu la nécessité de se contenir quand il a eu à peindre le portrait de M. Thiers. Il n'a pas voulu s'arrêter aux surfaces, il a cherché le caractère dans l'attitude et l'expression, et il a eu des légèretés d'outil qui précisent la forme avec une netteté décisive. Ce portrait est, à tous les points de vue, le chefd'œuvre de M. Bonnat. Pour en apprécier les mérites, il faut le comparer aux autres œuvres du peintre, à celles surtout qu'il a maçonnées avec sa truelle ordinaire. 11 y a dans les galeries de l'Exposition un certain portrait de dame en robe bleue, dont les bras imitent, avec une attristante perfection, le crépi des murailles. Des rugosités sur les chairs des femmes ! Pourquoi pas des verrues sur les pétales du camélia ? Une autre objection peut être adressée à M. Bonnat : il n'a aucune distinction dans ses fonds, et ses modèles sont évidemment gênés par les choses compliquées qui sont derrière eux. Après avoir mis M'"^ Pasca en pénitence dans une cave, M. Bonnat a adopté depuis deux ans des fonds lie de vin de l'aspect le plus arbitrairement désagréable. L'élégance des modèles appellerait une atmosphère moins suspecte.

Nous ne pouvons, on le conçoit, nous arrêter devant tous les portraitistes. Plus d'un mériterait une étude spéciale, soit en raison du résultat obtenu, soit à cause de la question de doctrine. Nous avons des maîtres souriants, des arrangeurs; nous avons aussi des implacables. M. Gaillard, l'admirable graveur dont on sait les mérites à la Gâiette et partout , a choisi dans son œuvre de peintre un portrait de femme dans lequel la sûreté du dessin , la précision du détail , la vérité locale du ton sont poussées jusqu'aux limites extrêmes. Cette patiente méthode, qui n'oublie ni une ride de la peau ni une flétrissure de l'épiderme, est empruntée aux plus grands maîtres des temps sincères. Les femmes doivent la trouver effrayante. Ce système a d'ailleurs été suivi, mais au point de vue de la prose, dans la Grand' Mère de M. Renard, dont les connaisseurs furent si touchés en 1876 et qui est aujourd'hui au Luxembourg.

Faut-il citer d'autres noms? Les portraits exposés par M"' Jacquemart sont ceux de M, Duruy (1869) , du maréchal Canrobert (1870), de M. Dufaure (1873). C'est dire qu'ils sont du meilleur temps de l'artiste, car, "depuis lors, M"^ Jacquemart a malheureusement amolli sa manière. M. Tony Robert-Fleury réassit surtout dans les portraits de petite dimee-

sion. iM. Jules Lefebvre a aussi sa personnalité et son importance. Il arrive à la physionomie par la sévérité du dessin et le rendu des détails. Son portrait de Al. Léonce Raynaud est une œuvre savante et forte. L'habileté de M. Lefebvre se révèle, d'ailleurs, dans plus d\m genre : il a eu quelquefois un faire un peu sec; mais comme les réalités de la vie sont bien écrites dans la Femme couchée, dont l'exécution est généreuse, dans la Madeleine , où la forme nue s'enveloppe d'une caresse!

Les critiques de l'avenir auront beaucoup à dire sur M. Carolus Duran. Aux écrivains qui entreprendront l'étude d'ensemble que mérite ce grand producteur, je me permets de donner un conseil. Je leur recommande de tenir compte de la chronologie. Ne l'oublions jamais : M. Carolus Duran est parti du noir; il a sacrifié aussi aux contrastes violents, et aujourd'hui encore il ne serait pas éloigné de soutenir que des respects infinis sont dus à la vérité du ton local. Cette doctrine a déjà été discutée : elle ne s'atiirme pas, d'ailleurs, d'une façon trop intempérante dans les portraits que M. Carolus Duran a réunis au Champ de Mars. Mais il reste dans la Dame au gant et dans le portrait de M"" Feydeau, qui sont de 1869 et de 1870, quelque chose des anciennes préoccupations de l'artiste : SI ces peintures ont noirci , c'est que , pendant cette période , l'auteur admettait dans ses colorations des éléments noirs. Nous croyons qu'il a aujourd'hui d'autres visées. Il modèle dans le clair, il ne fatigue pas ses dessous, et il arrive à peindre des carnations lumineuses. Je ne parle point de ses autres qualités. Le portrait de M""' la comtesse de P... est de l'arrangement le plus heureux, et les mains surtout, dont le caractère individuel a été si fidèlement respecté, sont d'une tonalité tout à fait fine. Il n'y a plus à faire l'éloge ni de l'ancien portrait de « Jacques » , qui, chassant sur les terres de Gainsborough , s'appelle aujourd'hui F Enfant bleu, ni du portrait de la jeune fille de l'artiste, où le pinceau facile se joue au milieu de colorations si harmonieuses , ni de la figure équestre de l'amazone, qui a arrêté son cheval au bord de la mer, et qui sourit, fleur d'élégance mondaine, sur les sables blonds du rivage. Les gens austères et les pédants pourront déblatérer à leur aise contre cet art qui est tout en dehors et qui glorifie le rayon en féte, le froufrou des étoffes et les gaietés de la palette. Pour nous, nous croyons que ces belles façons de représenter la vie sont légitimes, que l'obligation d'être sépulcral n'a été imposée à aucun peintre, et que, par leur bel arrangement décoratif, les portraits de M. Carolus Duran — ceux-là du moins

OÙ il n'a pas fait parler trop haut le ton local — ne sont pas sans rappeler les maîtres luxueux qu'on admire dans les musées.

Les pages qu'on vient de lire et les noms dont elles ne présentent qu'une nomenclature abrégée suffiraient à montrer combien les aptitudes de l'école sont diverses et combien, même dans un seul genre, elle trouve des modes différents pour exprimer sa pensée. Les uns voudraient avoir l'éloquente discrétion , la puissance concentrée d'Antonello de Messine ou de Holbein; les autres visent au caprice fastueux de Van Dyck ou de Largillière. Ici le silence, là le bruit, et partout la liberté, car chacun est maître de choisir son langage, et l'art moderne a précisément ce caractère qu'il réédite la tour de Babel.

Dans cette mêlée confuse, l'avenir aura à faire son choix. Ses préférences restent, quant à présent, mystérieuses; mais il est vraisemblable qu'il s'intéressera à toutes les sincérités; on peut même prévoir qu'il saura faire état des œuvres de M. Jules Breton. Sans doute cette forme de la paysannerie n'est pas celle qu'avait rêvée Courbet; mais le peintre d'Ornans n'a peut-être été qu'un chimérique , il n'a compris qu'un des aspects de la vie, car, dans la représentation des travailleurs des champs ou de la mer, il n'admettait pas qu'un élément de beauté, ou tout au moins de caractère, pilt se mêler aux humbles figures rustiques. On voit bien dans la Fontaine et dans la Glaneuse, dans les Pêcheurs de la Àlédiierranée et dans les Raccommodeuses de filets^ que M. Jules Breton est d'un tout autre sentiment. Il emprunte ses motifs à la réalité, mais il les revêt d'idéal. La pente, je le sais, est dangereuse. Au point de vue de la question de système, M. Breton peut faire penser à Léopold Robert, dont les Italiens, idéalisés à contresens, manquent complètement d'authenticité. Le peintre de Courrières a bien vu le péril. 11 reste dans la mesure; il modifie très peu les têtes; ce qu'il arrange, c'est l'attitude. 11 est certain qu'une paysanne qui porte une cruche peut la tenir gauchement et qu'elle peut aussi donner au mouvement de son corps et de ses bras quelque chose qui ressemble à de l'élégance. Le rhythme fonctionne pour tout le monde, et, sous un pinceau savant, la ligne est si complaisante qu'elle peut travailler même au bénéfice des pauvres. Je crois donc que M. Breton ne dépasse pas la limite de son droit lorsqu'il cherche dans la nature vivante l'élément de beauté relative, qui pour beaucoup d'autres que lui y demeurerait caché. C'est là, du reste, une question qu'il faudra reprendre un jour : je me borne à l'indiquer, parce que l'auteur de la Fontaine est un talent qui fait le plus grand honneur à l'école ,

et qu'on a déjà commencé à le traiter comme un romanesque, ce qui est, on le sait, une grave injure.

Il est certain que la peinture de genre, la représentation des scènes

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