TRÉPIED EN BRONZE
(Exposition de M. Barbedieiine.)
ture des bronzes. Il y avait obligation pour lui, puisqu'il gérait une maison dont ces marbres sont la raison sociale et l'élément d'affaires; mais nos yeux se lassent à revoir dans la boutique du boulevard cette note point variée et quelque peu confuse. Cornu est un sculpteur, il des-
sine ses modèles, il conduit ses ateliers, et s'il obéit aux exigences commerciales de sa maison, ce n'est pas qu'il n aspire à de plus attrayantes créations.
MM. Jules Graux, Levy, Raingo frères, Boyer, Aug. Lemaire, Ruffier, un débutant, Graux-Marly et Dagrin et Casse doivent être cités après parmi les fabricants les plus habiles.
Dans mon précédent article, je déplorais l'indifférence que montrent pour l'orfèvrerie nos artistes; il n'en est pas ainsi du bronze. Paris a sur les pentes de Ménilmontant toute une colonie de sculpteurs, qui, s'ils n'ont pas suivi les classiques enseignements de l'école, n'en sont pas moins pleins de verve et d'invention, et doués d'une facilité, d'un brio d'exécution qu'il faut reconnaître. Tous n'ont pas forcé les portes du Salon annuel des Beaux-Arts, mais tous sont enrégimentés dans cet art du bronze dont ils vivent et vers lequel toute leur intelligence est tendue. Le boulevard sépare les ateliers du Marais, c'est-à-dire du centre de la fabrication et de la vente, et c'est la digue qui seule les retient et les empêche d'envahir le commerce et de commander en maîtres.
Il est, en effet, difficile de jeter dans un moule spécial les esprits créateurs qui fournissent à trente bronziers et de les obliger à prendre pour chacun de ceux-ci une expression différente. Les bronzes portent la marque du fabricant, mais il n'est pas besoin de chercher la signature de l'artiste pour reconnaître Piat, Carrier-Belleuse, les Robert ou les Moreau. Leur œuvre devient gigantesque; ils alimentent les bronzes français, fournissent à la fonte de fer et au zinc; on vient de Londres leur demander des modèles; on les entraîne parfois, et ils s'en vont un an, deux ans, se mettre sous le pressoir anglais, qui en extrait de quoi nourrir sa céramique et ses meubles. Carrier a engendré plus d'amours et de nymphes que n'a d'habitants un gros chef-lieu de canton; et si Piat gravait son œuvre, il égalerait, ou mieux il surpasserait en nombre l'œuvre du plus fécond artiste du dernier siècle. E. Robert, malgré sa précieuse recherche et l'esprit qu'il distille en ses délicats ouvrages, a construit plus de vases, de statuettes et de pièces d'ameublement que n'en conserve un musée, et Mathurin Moreau, s'il regarde en arrière, doit voir une longue suite de blanches figures marquant les étapes de sa vie.
Il est malaisé de conduire ces artistes, qui, quoi qu'en disent quelques-uns, sont des maîtres, et qui marchent, parallèlement à l'art officiel, par des sentiers plus gais; le fabricant, fût-il habile comme Servant, ou connût-il son métier aussi bien que Perrot, le fabricant ne peut commander