FLAMBEAUX EN ARGENT DE STYLE LOUIS XVI
(Exposés par M. Barbediennc.)
Le nom de Joindy s^attache à plusieurs des meilleures pièces du bronze, et notamment au grand vase de course qu'a ciselé et qu'expose M. Point. Le profil en est très élégant; il rappelle par ses proportions, par la finesse des moulures et la souplesse des courbes, le magnifique modèle que le Louvre conserve dans la salle des bronzes antiques. Les anses à corps de pégases se découpent bien, et, par un parti pris très osé, l'artiste a noué sur la panse une grande palme qui coupe en son milieu le bas-relief imité du Parthénon. Je crois que l'éditeur de ce vase en aura un facile
débit auprès de toutes les sociétés hippiques; aucun modèle mieux que celui-là ne s'accorde avec leurs préférences.
11 n'est point aisé de découvrir Marnhyac; son exposition est reléguée dans un coin sombre, et, s'il a accepté d'être mis en cette place désavantageuse, c'est peut-être qu'absorbé par les travaux qu'il exécutait au Continental-Hôtel, il redoutait de ne pas tenir à l'Exposition le rang qu'il ambitionnait ; c'était une crainte mal fondée, car, avec des pièces capitales comme le baromètre de marbre et de bronze qui appartient à M. Émile de Girardin, et les deux grandes torchères de Piat, on peut prétendre aux meilleures places. En efiet, ces deux ouvrages sont des plus parfaits dans son œuvre : l'un de style Louis XIV, entièrement exécuté en bronze mat et doré, porte sur ses quatre faces, en de robustes ornements, les figures des quatre éléments et leurs attributs ; l'autre est bien connu des artistes : debout sur une triple vasque de marbre rouge se dresse fière et belle en sa nudité une jeune Indienne; son corps souple est admirablement sculpté dans un bloc de marbre noir et ses hanches sont à peine voilées sous une fragile ceinture de plumes en bronze doré ; — ses deux bras relevés soutiennent les lumières qu'elle porte sur sa tête. — C'est de la grande décoration, et c'est de tradition dans une fabrique qui a commencé sa fortune avec les œuvres de Clésinger.
J'aime pour ma part le mélange du bronze et du marbre, mais non pas quand on réduit le marbre à de trop mignonnes proportions; c'est une mode qui nous vient d'Italie et qui, malheureusement, tend à se propager. Elle veut des statuettes de marbre blanc pour nos cheminées, nos consoles et nos étagères, mais la fabrication de ces figurines exigerait la main d'un artiste, et souvent elle est abandonnée à des praticiens qui ont plus souci du détail que de la vérité anatomique. C'est pour cela que le Pierrot voleur et le Galant arlequin de Carlier sont mieux réussis que la Source de Falguières : ces deux gracieux personnages à la Watteau ont de spirituels détails bien plus faciles à rendre pour le praticien que les nus de la femme. Il ne faut pas non plus qu'un art emprunte à un art voisin, et M. Falguière, avant de modeler la Source d'Ingres, avait fait la même faute en copiant la Phryné de Gérôme.
Emile Carlier, que j'ai nommé, est à Marnhyac ce qu'est à Barbedienne Constant Sévin. Élevé par Feuchères, il a grandi dans l'atelier, il possède son art, il sait le métier, et c'est à lui qu'est due la belle pendule des Femmes implorant l'Amour et le grand surtout de l'hôtel Continental auquel est emprunté le Triomphe de Neptune, qui figure à l'Exposition.
Tous les sculpteurs n'abandonnent pas aux mains du fabricant Texécution de leurs modèles. Mène et Caïn éditent eux-mêmes. Fremiet surveille chez More l'achèvement de ses bronzes; il veut que le coup de pouce et la dent de Tébauchoir transparaissent sous le cuivre, qu'on abatte la couture du moule, rien de plus. Nous revoyons avec plaisir ses nombreuses créations : le Centaure et l'Ours, les Chevaux de halage, le Chef gaulois, le Cocher romain, la belle réduction du Duc d'Orléans de Pierrefonds, la Jeanne d'Arc à genoux, la Jeanne d'Arc à cheval, et son dernier modèle, un Saint Michel très mouvementé, mais qui tient plus d'un fougueux homme d'armes que d'un archange.