CANDÉLABRE LOUIS XVI, EN BRONZE DORE
(Exposé par M. Houdebine.)
bronze, et, toute réserve faite de mœurs, d\isages, de goût et d'idéal, avouons que nous n'égalons pas, dans l'art de fondre et de ciseler, ces inimitables et féconds artistes.
Je fais cette différence de nos mœurs et de notre idéal, parce que je
vois avec peine que Tadmiration qu'on professe pour les produits du Japon nous porte peu à peu à copier ses types et que ce serait un grand dommage. Notre imitation se doit borner au décor, à certains grands partis de couleur, à certaines lois nouvelles de symétrie, à certains alliages et à certaines patines, fnais pas au delà.
De tous nos arts, avouons que celui du bronze a été le plus sage. Il ne s'est pas jeté follement, comme le meuble, la céramique, Torfèvrerie et les papiers peints dans la copie servile des dessins japonais. C'est seulement à la monture des faïences, à Tornementation des lampes et de quelques pièces du mobilier qu'on a mis cette sauce japonaise qui coule à flots dans nos autres industries. La raison de cette froideur est dans Téducaiion du sculpteur. L'idéal pour lui est cette beauté grecque, cette perfection du type humain que jamais il n'atteint, mais vers laquelle il tend sans cesse et qui, à travers les modes, les styles, les caprices les plus bizarres et les ornementations les plus feuillues, reparaît comme un rayon de soleil à travers les nuages. L'art japonais est l'antipode de cette beauté ; il cherche dans la nature, dans la plante, dans l'insecte qui rampe, dans les infiniment petits, les éléments de ses dessins. Il poursuit l'oiseau dans l'air, il copie les vastes horizons que coupent ses montagnes coniques. Il aime les dessins lavés de gris, de bleu, de rose tendre ; ses formes sont estompées, ses croquis inachevés, le trait toujours est interrompu comme un rêve coupé par le réveil. C'est par ces côtés-là qu'il charme et captive le peintre; mais le sculpteur, lui, est invulnérable à cette séduction, qui menace de devenir une maladie. On n'a pas eu raison de lui en faisant défiler dans son atelier des chevaux ramassés et poilus, des chiens ronds, des tortues à nageoires, des dragons à trois griffes, à la tète flasque, aux dards aigus. Les tigres menaçants, noyés dans des vagues crochues, n'ont pas constitué pour nos sculpteurs ornemanistes un style digne d'étude.
Ils ont eu raison; mais, s'ils doivent fuir l'imitation des formes exotiques, c'est à eux qu'il appartient de dérober le secret des fontes à cire perdue, des alliages de cuivre, des placages d'or, des laques sur métal, des ciselures grasses et fermes, des transparences d'argent', des niellures, des émaux. Cette perfection de l'outil, cette science du métier, c'est à eux de l'allier au goût de l'artiste, à la poésie d'une forme idéale. Chez Barbe-
I. Voir le plat d'argent de Miiioda, où certain poisson transparaît dans h vague [classe XXIV. — n" 2).
dienne, il est un fondeur déjà, M. Garnier, qui égale par ses moulages sur nature les plus beaux échantillons Japonais. Ses homards, ses insectes et ses feuilles sont aussi remarquables dans leur petitesse que dans son ampleur le brûle-parfums japonais qu'accompagnent hs grands paons et les pigeons. Les deux fondeurs ont eu mêmes malices, et leurs bronzes sans retouches ont été coulés dans des moules, où par avance étaient fixées les parties les plus délicates et déjà fondues de Fobjet : pattes, ailes, antennes faites à part se soudaient ainsi dans la masse. Ce qu'a trouvé Garnier, le fondeur, le chimiste, Témailleur, le ciseleur le trouveront chacun en sa voie : c'est à cette étude que doivent tendre de toute leur énergie nos fabricants français.