CANDÉLABRE, CONSOLE ET BUFFET, EXPOSES PAR M. BEUBDELEY
(Dessin de M. Henii Pille )
en bois sculpté doré et blanc, formant presque pendant, complètent la série des meubles importants qui garnissent la loge remarquable de M. Fourdinois.
Tout près de M. Fourdinois se trouve l'élégante exposition de M. Sauvresy, dont nous reproduisons ici Tune des meilleures œuvres, et, en face, M. Grohé a exposé une série de ces meubles de haut goût et d'exécution admirable qui ont établi sur des bases si solides sa réputation artistique. Le plus remarquable est un buffet à deux corps, décoré de bronzes ciselés dont le travail rappelle la belle époque du xvni'' siècle. La décoration est conçue dans la manière de Cauvet. Sur la pièce de face^ un arc de flèche distendu, enguirlandé de fleurs, et dont le centre forme poignée ; latéralement, des branches de pampre ; sur le panneau du corps supérieur, un masque de nymphe sur mascaron, d'où se déploient desdraperies qui vont s'accrocher aux angles; sur le panneau du corps inférieur, deux nymphes vues de dos, se terminant en volutes qui décrivent des arabesques très gracieuses et viennent s'enrouler au-dessus de leurs tètes dans les supports et les anses d'un brûle-parfums formant le centre de la composition; sur l'entablement, un carquois et des flèches enguirlandés; aux angles du meuble à pans coupés, des amphores sur une branche terminée en feuilles d'acanthe recouvrant des pieds-griffes. La composition est charmante; mais elle gagnerait à être moins touffue. « Mon ami, disait un jour Gros à un de ses élèves, prends garde à ne pas mettre trop de détails, parce que si tu en mets trop, il n'y en aura plus assez. » Nous soumettons cette pensée aussi juste qu'originale aux méditations de M. Grohé. Nous pourrions lui chercher querelle à propos des gaines trop grêles des cariatides et de la combinaison de la décoration des angles; mais ces erreurs légères disparaissent devant la perfection du travail, qui atteint ce degré où la ciselure devient véritablement du grand art. Comme nous l'avons déjà dit, la caractéristique de l'exposition actuelle est la généralisation de l'emploi du bronze dans le mobilier. Notre collaborateur M. Falize fils a traité de cette importante question du bronze d'ameublement, spécialement et avec beaucoup plus de compétence que nous ne le pourrions faire nous-même. Nos industriels tirent le plus heureux parti de l'habileté vraiment extraordinaire de nos artistes ciseleurs, et leur exposition nous présente des pièces que l'on peut, sans exagération , comparer aux plus intéressantes productions des grands artistes du xviir siècle. La table Louis XVI, des Quatre Saisons, tout en bronze doré mat et au feu, de M. Henry Dasson, n'est-elle point un pur
chef-d'œuvre de ciselure? La reproduction du grand bureau Louis XV du Louvre n'égale-t-elle point l'original pour la délicatesse et le fini du travail? L'exposition de M. Grohé contient encore un bureau Louis XV, de très beau style, une armoire en marqueterie, une petite commode Louis XV en marqueterie de bois de couleur, représentant des attributs idylliques, avec des bronzes fort beaux.
M. Henry Dasson n'a envoyé qu'un nombre restreint de pièces au Champ de Mars; mais sa loge étroite ne contient que des œuvres hors ligne. En outre du bureau Louis XV, vendu à lady Ashburton, et de la petite table des Quatre Saisons, acquise par lord Dudley et dont M. Falize fils a parlé dans le dernier numéro de la Gaiette, nous signalerons entre autres pièces un petit bureau Louis XVI à cylindre, garni d'une plaque de laque du Japon très ancienne, de la plus rare beauté ; une pendule Louis XVI, composée de trois figures de femmes supportant une boule sphérique à cercles tournants, sur socle en vieille brèche, et une magnifique cheminée Louis XVI en marbre bleu turquin, avec cariatides en marbre blanc et bas-relief de la même matière, représentant des Amours accroupis devant un feu ou se livrant à des jeux pour se réchauffer. La frise est ornée de cuivres, ciselés, dorés au feu, figurant des attributs de la saison d'hiver, et de vases avec décors d'Amours dansant. Nouveau venu dans la carrière industrielle, M. Henry Dasson s'est rapidement créé, par la perfection de ses œuvres, une très haute situation à laquelle nous applaudissons chaleureusement.
Si la ciselure sur métaux a fait de grands progrès, la sculpture sur bois n'est point restée en arrière. Nous trouvons dans l'exposition de M. Beurdeley des œuvres qui ne le cèdent en rien, par le fini du travail, la délicatesse de l'exécution, aux plus belles choses que nous présentent MM. Grohé, Fourdinois, Sauvrezy, Henry Dasson, etc. La table en buis style Louis XVI peut être placée à côté de la table des Quatre Saisons; elle ne souffrira point de la comparaison. L'une et l'autre sont de véritables bijoux. La décoration de la ceinture de la table de M. Beurdeley, complètement ajourée, représente au centre deux Amours, dont l'un joue de la lyre, pendant que son compagnon l'écoute attentivement. Ces Amours se terminent en volutes dont les rinceaux courent sur le panneau, au milieu de fleurs d'églantier, de marguerites et de roses, qui forment les points solides, et d'une guirlande de lierre. L'entre-jambe à galerie transversale est formé fort originalement de branches de lyres accouplées, dont le tympan, une carapace de tortue, est surmonté d'Amours
jouant. Tout cela est si léger, si délicat, qu'une vitrine pour Tabriter ne serait pas inutile. M. Jules Jacquemart grave ce meuble pour la Ga{ette; c'est dire en quelle estime on peut le tenir.
Cette table est accompagnée d'un panneau pour baromètre -thermomètre, composé dans le même style et exécuté avec la même perfection.
« Ayant, nous écrit M. Beurdeley, à placer sur le même plan deux instruments destinés à indiquer Tétat de Tatmosphère au point de vue de la pression de Tair et de la température, j'ai essayé de symboliser les phénomènes qui produisent ou accompagnent toute variation atmosphérique à ce double point de vue. Le baromètre, marquant la pression de l'atmosphère, a été placé au milieu des nuages. Les influences qui agissent sur la température sont symbolisées par un Amour soufflant sur le thermomètre. Une tète de soleil, un Amour portant le flambeau de la nuit, des guirlandes de fleurs et des cornes d'abondance, chargées. Tune de fruits, l'autre de pommes de pin enflammées, encadrent le sujet principal et expriment le jour, la nuit, les saisons, tandis qu'à la base deux colombes se becquetant donnent la raison d'être de toute chose, la vie. L'exécution de ce travail n'a pas demandé moins d'une année entière. Trois artistes ont travaillé pendant plus de deux mois à la maquette seule. Cinq sculpteurs l'ont traduit en bois après huit mois d'un travail continu. »
La composition, tout en s'inspirant des dessins laissés par les artistes décorateurs du xvni' siècle, reste originale et convient heureusement à la destination du panneau qu'elle décore. Il y avait là une difficulté sérieuse à mélanger de la fantaisie avec des instruments de précision, sans tomber dans le poncif et dans le précieux. Elle a été vaincue fort habilement. Un meuble a trois corps en noyer dans le style de la Renaissance dijonnaise complète la série des ouvrages en bois sculpté exposés par M. Beurdeley. L'exécution de ce meuble le rend digne de figurer à côté des deux œuvres admirables dont nous venons de parler. En s'inspirant de ce genre ancien si intéressant, M. Beurdeley a réussi à en restituer avec beaucoup de goût les qualités qui en font le charme particulier : la fantaisie et le pittoresque. Nous signalerons encore parmi les principaux meubles de divers genres sortis des ateliers de cet artiste : une garniture de cheminée de grand style, un meuble en hauteur en bois d'amarante, à panneaux de marqueterie de bois, enrichis de bronzes dorés genre Delafosse, un cabinet en ébène enrichi de bronzes dorés au mat, avec cariatides portant sur la tète des paniers remplis de fleurs, dont la ciselure est très fine, et deux grandes
torchères avec figures de marbre blanc représentant l'une le Printemps et l'autre V Automne, montées sur gaine de marbre bleu turquin quesuppor-