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CRÉDENCE DE STYLE RENAISSANCE EN BOIS SCULPTE

(Exposée par M. Sauvresy.)

tent trois consoles fixées sur plateau de marbre de même couleur. Le bouquet de lumière est formé d'un thyrse enlacé de rubans ; et autour de la gaine s'enroulent, en s'échappant des plis de la robe, des guirlandes de fleurs et des pampres. Ces figures, dont le masque rieur et gracieux rap-

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pelle les créations charmantes de Clodion, sont superbes. L'eau-forte délicate et colorée de M. Lalauze, qui accompagne ces lignes, reproduit Tune de ces torchères.

M. Beurdeley maintient la haute renommée de la maison tondée par son père. Il a su lui donner un nouvel éclat par son esprit d'initiative, son goût éclairé et en s'entourant de collaborateurs habiles dont les noms doivent être associés au sien dans ce témoignage sincère d'admiration : i\lM. Besse, Rougelet et Bochot.

Parmi les industriels qui s'adonnent particulièrement au mobilier dans lequel le bronze ciselé forme Télément principal de la décoration, nous devons mentionner encore MM. Guéret jeune et C'\ qui ont exposé entre autres choses un lit Louis XVI, très remarquable par le bon goût et la richesse de ses ornements; M. Sormani, dont les œuvres exécutées avec beaucoup d'habileté laissent malheureusement à désirer un peu au point de vue de l'élégance; M. Raulin fils^ qui sait tirer un parti excellent de l'emploi de laques qu'il fabrique très habilement lui-même; et MM. Pelcot et Louveau, dont les bureaux Louis XVI en bois noir avec appliques de porcelaines galantes et bronzes dorés sont fort jolis. Le grand cabinet Renaissance en ébène, décoré de sculptures, marqueterie et émaux de Mayer, exposé par eux, est une tentative intéressante, mais qui est loin de donner les résultais que pouvait leur faire espérer le travail considérable dépensé dans ce meuble. 11 manque de proportions et d'harmonie dans les tons. MM. Hunsinger et Wagner ont droit à être mentionnés comme iutarsiatori ; leur grand cabinet d'ébène incrusté d'ivoire, avec panneaux représentant des scènes de l'histoire de France, est supérieur à tout ce qui est exposé en ce genre dans la section italienne.

Les meubles appartenant au style de la Renaissance ont toujours de fidèles et habiles imitateurs et copistes dans MM. Drouard et Lapierre; mais combien nous préférons à leurs produits les créations de M. Blanqui, de Marseille. Tout en leur conservant avec un soin religieux les caractères particuliers du style de la meilleure période de cette grande époque artistique, la pureté de lignes, la sobriété de détails et la sveltesse des proportions, M. Blanqui a su leur apporter, par des dispositions nouvelles, par l'emploi d'une décoration spéciale pleine de cachet moderne, un élément nouveau d'intérêt. Son petit meuble à deux corps est un chef-d'œuvre de bon goût et d'élégance. Des plaques de marbre veiné noir et blanc et des incrustations d'ébène forment sur le bois mat du noyer des oppositions de tons très heureuses, qui éclairent et font ressortir les fins bas-reliefs de

TORCHERE Exposée parM'" Beurdeley

Gazette des Bea-ux- Art s , A Oua-Titm imp . Ed'!

bois sculpté, — Diane et Endymion, — dont les panneaux sont décorés. Un buffet droit à un vantail n'est pas moins réussi; mais la pièce capitale de l'exposition de cet artiste est un grand buffet à deux corps en chêne, style Renaissance. La délicatesse du travail, Thabilelé de l'exécution égalent l'opulence de la forme et la simplicité grandiose de la conception architectonique. C'est imposant sans être sévère, gracieux et élégant, de bon ton, précieux par la valeur artistique et pratique, par la solidité de la construction et faménagement intelligent de toutes les parties. Le meuble entier réunit donc ainsi toutes les conditions que Ton doit exiger d'une œuvre sérieuse et complète.

M. Lippmann s'est créé une spécialité intéressante et fort lucrative, paraît-il. Il fait du vieux-neuf avec succès. Nul mieux que lui n'excelle à restituer un meuble Louis XV, avec des peintures galantes de Boucher, de Natoire, de Lancret, etc., au choix de l'amateur, enfumées et jaunies à point; à recouvrir un petit bonheur-du-jour de cet adorable vernis de Martin, si peu commun aujourd'hui. La Renaissance, le style byzantin, le genre persan, lui sont aussi familiers que le xviii^ siècle, et tout, indifféremment, lui est matière facile à des imitations qu'il amène souvent à un haut degré de perfection. Que cette industrie ait son mérite et ses avantages, cela ne saurait être en question pour les amateurs-collectionneurs, qui doivent la considérer souvent comme une précieuse ressource ; mais, sans toutefois partager le dédain qu'affichent à son endroit quelques personnes, nous croyons qu'il convient de faire certaines réserves sur son rôle et sur son importance. Copier n'est point s'inspirer, et, bien qu'employé sur une vaste échelle, le vernis Martin ne suffit point à faire d'un meuble une oeuvre d'a.rt> ,

En résumé, r.ijidustrie française des meubles d'art a tenu encore le premier rang à l'Exposition universelle de 1878. Nos artistes ont toujours sur leurs concurrents étrangers la supériorité du goût, de l'élégance et de l'habileté. Mais il ne faut point se faire illusion, il n'y a point de progrès sensible accompli depuis 1867. Nous sommes restés stationnaires. Or les Anglais marchent. « Le talent est fait de patience et de travail. » Ils ne l'ignorent point. Travaillons donc et étudions beaucoup. Créons partout des écoles de dessin et des musées d'art industriel : c'est aujourd'hui le seul moyen de n'avoir rien à redouter de l'avenir.

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