BUIRE ARABE ET VASES JAPONAIS EN CRISTAI, GRAVE
(Exposés par les cristalleries de Baccarat.)
cons, ses perles de couleur, a d'ailleurs toujours conservé une partie de ses vieilles traditions verrières, et il ne fallait que souffler un peu sur la cendre pour raviver le feu. Ces brimborions de la petite fabrication vénitienne sont du reste bien supérieurs en goût, en colorations à tout ce qui se fait ailleurs en bimbeloterie de verre. Celle de la Bohême, par exemple, paraît à côté bien vulgaire.
C'en est fait, ce semble, de cette verrerie de Bohême avec ses colorations jaune et rouge si communes, sa gravure bourgeoise. Aussi les fabricants de Bohême commencent-ils à chercher autre chose, comme M. Moser, qui imite en émail et or l'orfèvrerie arabe, et tente des fleurs japonaises sur verre entièrement doré. A Vienne, M.Brunfond se livre consciencieusement à la confection des étoffes en verre filé, brillantes et un peu raides.
La maison Lobmeyer maintient et développe à Tétat artistique les traditions de Bohême. Son exposition est très variée. Les verres teintés rouges, bleus, verts, à bordures d'or, à sujets en camaïeu rose, à arabesques en émail blanc, les anciens verres allemands vert foncé à armoiries, figures, feuillages en émail de ton vif et cru, les imitations de porcelaine, celles de la verrerie arabe : voilà ses grandes opérations. Puis viennent ses blancs neigeux craquelés, les irisations opalines et prismatiques, les réticules, les petits pots à deux couches avec ovales transparents, Targent et l'or sablés dans la pâte. Enfin, comme objets de premier ordre, de très beaux spécimens de gravure fine soutiennent hautement la vieille réputation de la Bohême.
Comme nous l'avons dit, le fameux vase Portland ou Barberini exerce une grande action sur la verrerie artistique anglaise. Chaque fabricant.tient à honneur de montrer des reproductions de ce vase ou des essais analogues. Dans la vitrine Hodgetts Richardson, on voit le vase avec ses deux couches blanche et bleue non encore travaillées, à côté du vase où il ne reste plus que le sujet taillé et gravé en blanc sur le bleu.
Ces essais se vendent des prix fous, et cependant ils commencent à devenir nombreux. Il est permis de croire que la gravure à Tacide en facilite le travail préparatoire.
La grande exposition anglaise est celle de MM. C. Osiez, qui ont envoyé tout un ameublement gigantesque en verre. Ils produisent des lustres immenses en longs enroulements, du jet le plus hardi.
MM. Webb et ont aussi une belle exposition. Ils ont imaginé le verre à trois couches, où l'ornement gravé prend des tons très doux par la transparence des couches Tune sur Fautre. On leur doit un cristalbronze à irisations, des verres à la vénitienne, quelques lustres-appliques à branches striées assez jolis, de très beaux spécimens de gravure, des pièces très fines, les facettes obligées, des applications malheureuses de boutons, coquilles, fleurs, aigus et pointus, enfin des teintes bleuâtres et verdâtres dans la pâte très réussies. Ils rivalisent avec nos grands fabricants, mais sans montrer autant de variété. Les tentatives japonaises en verrerie et rémaillerie sont peu développées en Angleterre, où, par contre, on obtient une grande légèreté de pâte, et on grave avec beaucoup d'application.
A la suite de ces visites dans les sections de la fabrication d'art industriel moderne, l'impression définitive est celle d'un progrès constant, d'une amélioration continuelle de l'aspect général, puisque l'art antique, l'art
LA VERRERIE AU CHAMP DE MARS. 487 oriental, celui de la Renaissance, sont copiés et recopiés sans cesse et constituent un fond élégant, capricieux, ferme, où se perdent les défauts des essais plus ou moins indépendants et nouveaux. Mais ne serons-nous donc que l'âge des copistes?
A. R. DE LIESVILLE.
ES études que nous avons déjà publiées dans la Gaiette des Beaux-Arts sur d'anciennes broderies, nous conduisent à parler aujourd'hui des travaux contemporains qui viennent d'être exposés dans les vitrines du Champ de Mars.
A part Tornement d'église, qui continue à être l'objet de sérieuses études, nous ne nous occuperons du costume qu'à de très rares exceptions.
Notre but est de visiter les expositions des diverses nations et de rechercher les produits qui intéressent l'art décoratif, en commençant par les tissus et les broderies d'ameublement.
Les Pays-Bas, par lesquels nous commençons notre visite, nous montrent quelques tapis de Delft et d'Amersfort aux dessins orientaux et aux couleurs sombres.
En entrant dans la section belge, nous sommes arrêté par les tapisseries de la fabrique royale de Malines, dirigée par M. Braquenié. Ces tentures sont destinées à l'ornementation de l'hôtel de ville de Bruxelles.
L'une représente le Serment des escrimeurs; l'autre, le Serment des arquebusiers. Ces tableaux, formés chacun de groupes de deux personnages, sont la reproduction des maquettes de Willem Goets. Deux autres tableaux, composés chacun d'un personnage, représentent les orfèvres et les tapissiers, et sont à l'état de projet, figuré par une maquette réduite.
La fabrique d'Ingelmuster a certainement beaucoup à faire pour adoucir ses teintes et modérer l'exagération de ses dessins ; mais l'exécution est bonne, et quelques efforts permettront à cette maison de prendre un rang très honorable dans la fabrication des tapisseries.
La peinture décorative de M. Lanneau est un excellent modèle de tapisserie. Une figure de femme, dans le style flamand du xiv° siècle, est vêtue de gris et se détache sur un fond d'or. La bordure, très sobre, est en camaïeu sur fond bleu. Rien n'est séduisant comme cette belle étude de grandeur naturelle, à laquelle il ne manque qu'un peu de solidité de l'exécution par le métier.
Nous attendions de l'exposition autrichienne une exposition plus importante. MM. Giani, Ivinger, Kronig, Fix, etc., soutiennent avec honneur la réputation de leur pays, mais nous leur préférons de beaucoup les produits de M. Drachsler.
Cet exposant nous montre non seulement la passementerie, mais encore les tissus qu'il fabrique. Ces tissus sont composés de bandes verticales ou horizontales pour ameublement. L'exécution est généralement velours sur satin ou sur reps; les dessins sont d'un art élégant et exécutés avec une correction qui indique une fabrication très avancée et très surveillée. Notre dessin ne peut rendre le charmant effet de couleurs velours et satin, à deux et trois tons, d'une harmonie, d'une vigueur que Ton ne trouve, hélas! que rarement dans les produits de cette nature.
L'Angleterre ne se lasse pas de faire de grandes et sérieuses études ; témoins en sont les popelines et les reps de MM. Pim frères. — MM. Willis, Mitchels, Tomkinson et C exposent de très beaux tapis dans le style oriental. Le dessin est sagement combiné et le coloris un peu sombre, mais harmonieux et bien équilibré avec les grandes lignes du dessin.
lîANDE SATIN ET VELOURS
(Exposée par M. Drachsler, de Vienne.)
Ces qualités font ressortir la médiocrité des tapis à fleurs et à personnages.
Ne quittons pas cette partie de la section anglaise sans reporter notre souvenir sur les brillantes expositions des grands tapissiers Howard, Collinson et C\
Il y a dans ces travaux une grande étude des choses de Fart, une profonde connaissance des ressources professionnelles et une heureuse application aux mœurs anglaises. Si tout n'y est pas entièrement réussi, l'homme de goût y trouve, du moins, d'heureux résultats dans de bons et nombreux produits, et de très sérieux efforts, même dans les créations les plus médiocres.
Traversant les galeries des Beaux-Arts pour rentrer en France, nous arrivons à l'exposition lyonnaise. Les Lyonnais ont de tout temps exposé collectivement, et si leur intérêt en profite, c'est au détriment de la personnalité et de l'originalité de leur exposition. Grâce à cette triste organisation, non seulement on trouve difficilement l'exposition que l'on cherche, mais une fois qu'on l'a trouvée, il est difficile de savoir où elle commence et où elle finit. Les étofiés pour ameublement sont peu nombreuses, mais n'en sont pas pour cela moins remarquables. MM. Tassinari et Chatel, à part quelques excentricités d'un goût douteux, ont de bons produits, surtout de grands tissus dans les styles chinois et japonais; d'autres étoffes, lampas, velours, n'apportent pas des éléments bien nouveaux, mais complètent un heureux ensemble. MM. Mathevon et Bouvard ont une exposition très variée de tissus. Les velours y tiennent surtout une large place. Nous donnons le dessin d'un velours marron sur satin. Il est d'un très bon style et d'une très bonne exécution.
Ces velours se font remarquer par l'heureuse échelle à laquelle ils sont dessinés. Cette qualité est plus rare qu'on ne pense; nous la trouvons à un haut degré dans les produits de MM. Lamy et Giraud. La collection de lampas, de velours, est très belle et très variée. En épurant les dessins classiques du dernier siècle, les fabricants sont en même temps dans une voie de progrès réel, et c'est un excellent exemple donné à la fabrication lyonnaise, trop souvent tentée de s'endormir entre la mode et la routine. La maison Pin et Clunet est plus en progrès encore et expose des produits d'un art avancé. Nous ne pouvons qu'engager ces fabricants à persévérer dans cette voie, en se méfiant des tonalités sombres et indécises. Il est toujours plus facile d'être harmonieux dans ces conditions, mais les dessins de MM, Pin et Clunet sont assez solidement construits pour supporter le poids d'une coloration vigoureuse.
Quittant les tissus de soie pour les tissus de laine, nous sommes fort embarrassés par le grand nombre de bons produits qui sont exposés. M. Bournaret montre un très joli meuble paysage d'une exécution de tons très fins; près de là, M. Wallet se livre entièrement à la restauration et à la
LAMTAS POUR AMEUBLEMENT.
(Exposi: par MM. Mathevon et Bouvard, de Lyon.)
reproduction d'anciennes tapisseries; rien n'est plus parfait que sa goutière Henri II en carrés de verdures. Il y a un but et un point de départ très pratiques dans la spécialité de ce dernier exposant.
M. Cleis imite les tapisseries par la peinture. Ses grandes figures sur reps sont les plus beaux spécimens que nous ayons vus parmi les innombrables restaurations de tous les procédés soi-disant authentiques.
MM. Mourceau et Leduc ont exposé de très bons velours dans le style Louis XIII et Louis XIV. Les dessins sont non seulement d'un excellent style, mais de très bonnes proportions, largement et finement coloriés. Il est à regretter que des montures sans aucune valeur accompagnent ces excellents produits.
Les tissus de MM. Dupont et Hervé, pour être plus modestes, n'en sont pas moins en tous points admirablement réussis. Ce sont des reps, des lampas, des damas, tous d'un excellent dessin, d'une franchise et d'une finesse de teinture que nous avons rarement rencontrées.
Les tapisseries imitées mécaniquement par M. Tresca conservent leur supériorité sur les produits similaires; l'imitation est non seulement parfaite, mais les dessins sont bien choisis, et tout peut faire espérer que, dans les mains du jeune fabricant, ces travaux ne sont que le point de départ d'une industrie nouvelle.
MM. Chocquel, au milieu de tapisseries de tons clairs et souvent durs, ont d'excellents sièges.
Nous donnons un spécimen de dossier de chaise dans le style allemand du XV'' siècle. Le fond est noir; les figures, coloriées au naturel dans des tons fermes, sont dans d'excellentes proportions.
Les villes de Tourcoing et de Roubaix tiennent une excellente place, et leurs produits se signalent par de grandes qualités artistiques et industrielles. Les velours sont surtout heureusement traités.
Au milieu des meilleurs fabricants, M. Catteau résume dans ses produits les qualités de l'importante et intelligente fabrication de Roubaix et de Tourcoing.
Les tapis exposés par les fabricants de Nîmes sont dans une voie généralement mauvaise : imitations de dessins de Louis XV et des époques postérieures; rinceaux, figures, grandes fleurs sans caractère, dessin ni proportions, et enfin tout le répertoire du mauvais classique. Il est malheureusement probable que ces produits se vendent. Espérons qu'il en est de même des produits de M. Boulla, de Nîmes, qui font une heureuse exception. Il y a un grand effort dans les compositions modernes et de sérieuses recherches dans les restaurations et les imitations des anciens travaux. Nous ne doutons pas que M. Boulla ne persévère, et nous espérons que son bon exemple décidera les confrères nîmois à le suivre dans la seule bomie voie, la production contemporaine sérieuse et raisonnée, basée sur l'étude des bonnes époques anciennes.
M. Bonnat imprime des tissus qui imitent le velours. La sûreté de la
gravure et le choix du dessin nous ont frappé. Que M. Bonnat perfectionne sa fabrication et la valeur de sa teinture, et il peut être sûr du succès. D'autres classes nous ont offert de nombreux spécimens d'impressions