REPS POUR AMEUBLEMENT
(Exposé par MM. Chocqu^l, de Paris.)
qui toutes imitent quelque chose : un procédé imite la moire, l'autre le velours, beaucoup la tapisserie. Il serait à désirer que l'impression eût un but autre qu'un éternel pastiche qui tourne plus à la caricature qu'à l'imitation. Que les industriels qui en sont capables dirigent leurs artistes
dans une voie de création nouvelle et vraie. Qu'ils se rappellent l'Exposition de Mulhouse en 1867, et ils sauront quelle route ils doivent suivre.
La broderie d'ameublement a pris, au point de vue de Tart, une très grande importance dans tous les pays du monde; elle s'est développée dans de telles conditions qu'elle occupe partout une place importante et qu'elle est le reflet d'un art élevé.
Les colonies portugaises de Goa nous offrent de très curieuses brode-
COFFRETBRODÉ.
(Exposé par M. Danthoine, de Paris.)
ries exécutées sur des dessins français du xvn" siècle. La main-d'œuvre en est très perfectionnée et offre ce caractère bizarre que les matériaux employés sont de provenance chinoise et que l'exécution a le caractère essentiellement chinois.
Dans la section suisse, l'exposition de M. Steiger résume toute sa fabrication nationale, soit à la machine, soit à la main. Les procédés sont employés tantôt isolément, tantôt simultanément; la broderie, destinée à des stores ou à des rideaux, est souvent mélangée de couleurs. Les moyens sont variés, l'exécution intelligente; les dessins sont peut-être un peu froids, mais corrects et bien choisis.
L'exposition suédoise consistait principalement dans les travaux d'une société intitulée TŒuvre du travail manuel. Cette œuvre, fondée et dirigée par M'"" la baronne d'Adlespare, forme une quantité d'excellentes ouvrières et poursuit, en l'atteignant, un but moralisateur de l'ordre le plus élevé. Les travaux étaient non seulement variés dans leur but, dans leurs matériaux et dans leur exécution, mais ils avaient encore le charme d'un caractère national tout particulier. Nous donnons ici le détail d\me bordure de tapis brodée en soie de couleur vive sur un fond de drap noir gros vert. Le sentiment décoratif est très prononcé.
L'Angleterre n'offre de produits vraiment intéressants, dans cet ordre d'objets, que les broderies exposées dans le petit salon du pavillon du
COUTIÈRE ET PORTIÈRE BRODEES.
(Exposées par M. Maiuceiit, de Paris.)
prince de Galles. A la hauteur des portes régnait une large frise dont le style était, il est vrai, japonais, mais d'une exécution européenne, pour ne pas dire française. Les brodeurs français ont exposé de bons produits, à commencer par M. Danthoine, dont nous reproduisons un coffret brodé sur fond de drap bronze. La pièce principale de son exposition était une belle cheminée en chêne sculpté dont les pleins étaient garnis de velours vert brodé en or dans le style de la Renaissance française. M. Trouvé pousse à ses dernières limites la perfection dans l'imitation des anciennes broderies; les procédés et dessins sont également heureux. Cependant l'œil se fatigue à la longue de ce vieux neuf.
Le blason des princes d'Orléans était exécuté avec une finesse de dessin et une fraîcheur de ton qui rompait très heureusement sur l'ensemble un peu vieillot de cette exposition. M. Maincent, dessinateur habile, a exposé une très bonne portière Henri II, dont nous donnons le dessin. L'exécution est en soie de couleur lisérée sur fond de drap vert.
^^6 LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.
Le jeune bro- MiPIl^^^Mli^BHI
deur avait de bonnes études peintes appliquées sur soie.
Il y a là, dans ces divers procédés, des points d départ très neufs; nous aimons moins les excep tions, les broderies en relief d\m modelé faux et exagéré et les travaux à Taiguille qui reproduisent à s'y méprendre les tissus du métier Jacquart. M. Duval avait exposé tout un ameublement et même une cheminée garnie de velours grenat brodée d'armoiries aux couleurs naturelles et de nielles blanches bleues lisérées d'or. Cet important travail était d'une exécution très habile et aussi d'une très grande finesse et justesse de ton. Ces qualités faisaient passer sur la multiplicité et la surabondance des détails.
Tout en rendant justice aux qualités de coloriste que M. Penon a déployées dans son salon d'angle, nous arrivons avec plaisir devant les trois grands panneaux brodés qui représentent, l'un une figure, l'autre une fête champêtre, le troisième un paysage. Ces trois remarquables travaux renferment les procédés les plus importants de la broderie et trouveraient leur digne place dans un musée spécial aux travaux de l'aiguille.
Nous n'avons malheureusement que fort peu de chose à dire de la broderie en tapisserie. M. Blazy a exposé un tissu intéressant, composé de bandes de canevas et de satin fabriqués ensemble. La brodeuse voit l'effet de son travail à mesure qu'il s'avance. Les broderies exécutées sur ce tissu ne sont ni neuves par le procédé ni intéressantes par la composition. M. Helbronner a seul montré quelques bonnes pièces de tapisseries à la main en deux grandes portières de style Louis XIIL
Sous le titre de broderies diverses, nous comprenons certains travaux peu importants, peut-être, par leur nombre et leur valeur commerciale, mais qui sont le plus souvent ou un souvenir du temps passé ou une innovation encore peu expérimentée. Ces travaux sont tous intéres-
sants, car aux points de vue rétrospectifs ou modernes, ils peuvent créer des points de départ entièrement nouveaux. Sans nous arrêter aux quelques broderies qiie la Suisse mélange de pailles de diverses nuances sur velours rouge, nous trouvons dans l'exposition de Saint-Marin, représentée par M"^ Belluzi, un joli tableau brodé au trait de soie noire sur satin blanc. Ce genre de travail était souvent exécuté en Espagne et en Italie aux deux derniers siècles.
Ces deux pays sont avec la Belgique les seuls qui aient représenté ce travail à l'Exposition de 1878. L'exposition des travaux de ce genre était à Vienne beaucoup plus nombreuse, et ces travaux venaient presque toUs de l'Italie septentrionale. M. Rectem, de Bruxelles, a compris ce même travail dans un sens tout opposé, en brodant en fil d'or un portrait du roi des Belges sur velours noir. Le dessin est admirablement conservé et le modèle très heureusement obtenu par les mélanges de soies vieil or. Lorsque ce brodeur cherchera dans ses compositions des éléments complètement décoratifs et qu'il apportera à la préparation de ses dessins une plus précise correction, il peut s'attendre à de réels succès.
M. Richter, de Vienne, nous montre une variété de menus objets brodés dans un goût tout européen. Ces objets sont des sièges, des coffrets, etc. Nous regrettons seulement que l'échelle de ces dessins soit généralement réduite. Une dimension plus grande et une exécution plus large eussent mis à son vrai jour la valeur réelle de ces beaux travaux si finement exécutés.
Dans la section espagnole. M""" Savouré a exposé divers tableaux brodés en laine et soie ; les deux meilleurs sont la Mater dolorosa et une figure d'homme, étude moderne. Ces deux travaux sont très remarquables non seulement par la perfection du dessin, la justesse du coloris, mais encore par la nouveauté et l'imprévu de l'exécution. Nous trouverons certainement plus tard, dans l'exposition des Gobelins et de Beauvais, des broderies plus régulièrement parfaites, mais nous n'en verrons pas une seule d'une exécution aussi originalement intelligente.
Dans la section française nous trouvons de très intelligents spécimens de produits exécutés par diverses variétés de machines à coudre. Il y a certes beaucoup à espérer, mais rien de plus pour le moment. D'un côté, les dessins sont peu appropriés à l'exécution, d'un autre côté, la machine n'est pas assez parfaite en elle-même ou parfaitement dirigée pour reproduire dans de bonnes conditions les dessins qu'on lui confie. Nous devrons donc attendre des résultats meilleurs et laisser pour le moment la machine à coudre à un emploi purement industriel.
La machine à broder, si utilisée en Suisse, principalement pour les broderies blanches, donne en France de très bons résultats. M. Marlière brode de grands ameublements d'une excellente exécution ; il devra chercher cependant plus de variété dans ses dessins et plus de correction dans leur style. M. Lemaire dirige ses efforts sur la mode et obtient d'excellents résultats. Dans l'exposition de M. Amand Leblanc nous trouvons de très bons spécimens d'ameublement et de modes ; les types en sont variés et l'exécution simple. En un mot, ce brodeur n'a pas cherché à faire donner à la machine un résultat au-dessus de ses forces. C'est donc un bon résultat pour le présent et un bon espoir pour l'avenir. Tous ces travaux montrent les efforts d'un excellent augure ; mais ne quittons pas ce
ei':tail BiiODii d'atrès df. s motifs suédois.
genre de travail sans parler des travaux exposés par M. Meunier. De tous, nous préférons la Magicienne, dessinée par M. MazeroUe. Non seulement la composition en est excellente, mais le coloris juste et d'une exécution aussi facile qu'économique. Voilà, certes, encore un genre de travail auquel les manufactures nationales pourraient demander un auxiliaire puissant.
Les dentelles vraies ou imitées et les broderies blanches n'apportent pas à l'art décoratif des éléments bien importants ; cependant, quoique la mode accapare presque entièrement les travaux de ce genre et les détourne de l'art, il n'est pas sans intérêt de faire une revue rapide des spécimens qui peuvent nous offrir quelque intérêt.
Le goût des dentelles, tout spécialement, nous semble dans une voie
regrettable. La recherche des détails dans le dessin, la finesse d'exécution souvent inutile et exagérée, le manque de mélange des procédés de fabrication, voilà, croyons-nous, les trois obstacles qui s'opposent à un perfectionnement vraiment artistique.
Le Portugal montre dans l'Exposition de Viana quelques types d'anciennes dentelles nationales. La Russie va plus loin, et l'école de dentelles de Moscou attire les regards par ses dentelles dans le genre vénitien pour l'exécution, mais sur des dessins russes. Cette fabrication comprend des types très variés squs tous les rapports; elle est très intelligemment con-