M. RENOIR
Un galant et aventureux charmeur. De môme que l'Américain Whistler qui donnait à ses tableaux des intitulés de ce genre : Harmonie en vert et or, en ambre et noir. Nocturnes en argent et bleu. M. Renoir pourrait décerner à plusieurs de ses toiles des titres d'harmonies, en y accolant les noms des teintes les plus fraîches.
Cet artiste a beaucoup produit; je me rappelle, en i876, une grande tdile représentant une mère et ses deux filles, un tableau bizarre où les couleurs semblaient comme effacées avec un tampon de linge, où
rhuile imitait vaguement les tons mourants du pastel. En 4877, j'ai retrouvé M. Renoir avec des œuvres plus assises, d'une coloration plus résolue, d'un sentiment de modernité plus sûr. Certes, et en dépit des visiteurs qui ricanaient devant, ainsi que des oies, ces toiles révélaient un précieux talent; depuis, M. Renoir me paraît avoir déOnitivement acquis son assiette. Épris, comme Turner, des mirages de la lumière, de ces vapeurs d'or qui pétillent, en tremblant, dans un rayon de jour, il est parvenu, malgré la pauvreté de nos ingrédients chimiques, à les fixer. 11 est le véritable peintre des jeunes femmes dont il rend, dans cette gaieté de soleil, la fleur de l'épiderme, le velouté de la chair, le nacré de l'œil, l'élégance de la parure. Sa Femme à l'éventail, de cette année, est délicieuse, avec la fine étincelle de ses grands yeux noirs ; j'aime moins, par exemple, son Déjeuner à Bougival; certains de ses canotiers sont bons; d'aucunes, parmi ses canotières, sont charmantes, mais le tableau ne sent pas assez fort ; ses filles sont pimpantes et gaies, mais elles n'exhalent pas l'odeur de la fille de Paris ; ce sont de printanières catins tout fraîchement débarquées de Londres.