LA NOUVELLE PINACOTHÈQUE
de plus singulien^ictus et plissé des visages humains en mascarons plus laids. Kaulbach a^ quand il le veut^ de la noblesse et du style; et ces figures fallottes sont voulues assurément^ mais dans une Intention qui nous échappe.
La plus drolatique de ces compositions est certainement celle que l'artiste intitule Combat contre le mauvais goût. Sur une espèce de tombeau ou de piédestal de style grec, percé d'une niche où sont blotties les Grâces dans une position fort gênée, apparaît une chimère tricéphale multiplement coîfi'ée de perruques à marteaux et à queue, poudrées d'une farine abondante. —C'est l'hydre du mauvais goût. Elle a des pattes de lion, des griffes d'aigle, et à peine ce qu'il faut du corps pour servir de point d'attache à ces membres disparates. Cornélius en paletot noisette, monté sur le bon cheval Pégasus, lui porte un terrible coup de lance auquel ITiydre riposte par un jet de galive venimeuse. Derrière lui chevauche en croupe un autre artiste, —serait-ce Kaulbach lui-même? — et un troisième, le pied appuyé sur le dos d'une tortue comme sur un montoir, cherche, lui aussi, à enfourcher le coursier du Parnasse. Sous ce groupe, et adossé au piédestal de l'hydre, un vieillard à perruque, en costume Louis XV, paraît dormir d'un sommeil léthargique, et tient amoureusement serré entre ses bras un mannequin, moins mannequin que lui. De l'autre côté du tableau se déroule une théorie de savants, et quels savants! conduits par Minerve, la déesse au casque orné d'un hibou.
Nons avons été assez romantique pour comprendre une caricature lithographiée sur un sujet pareil; mais faire mettre une charge de rapin au- carreau et l'élever à la dimension épique, quelle puérilité! Kaulbach a fait vrai-
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ment un emploi bien déplorable des trois cent soixante* huit pieds en longueur qu'il avait à couvrir de peintures murales. Nous avons été bien surpris de voir un penseur si intelligent méconnaître à ce point les convenances les plus élémentaires de l'art. Hogarth, le grand maître des caricaturistes^ s'est toujours restreint à de petites proportions^ et la prodigieuse quantité de détails ingénieux ou significatifis dont il complique la plupart de ses compositions lui est à bon droit reprochée. Le divin Léonard a dessiné à la plume^ sur des bouts de papier que la postérité a recueillis^ quelques charges contemporaines plus savantes que gaies; mais ni l'un ni l'autre de ces artistes n'auraient eu l'idée de travestir un monument sérieux et digne en un musée pour rire.
Si c'est de la sorte que Kaulbach entend le réalisme, nous aimons encore mieux les abstractions les plus nuageuses ou les imitations les plus archaïquement byzantines. — La peinture n'existe qu'en vertu de la beauté ou du caractère^ et Tartiste que nous venons^ bien à regret^ de critiquer sévèrement est plus en état que personne de le comprendre, si un vain désir d'originalité à tout prix n'était venu troubler son inspiration ordinairement plus haute et plus pure.
M. Henri de Hess^ moins connu en France qne Cornélius, Overbeck et Kaulbach, possède un talent qui nous semble plus complet, plus raisonnable, et c'est sans doute à cause de cette nature éclectique et conciliante que son nom n'a pas excité le même retentissement. L'exagération des formes, la violence du style, l'âpre saveur des fresques de Cornélius, acides à l'œil comme des fruits verts au goni, sont les résultats voulus d'une immolation systématique de tout le côté plastique de l'art au côté purement idéal. Par dédain du vulgaire, Cornélius semble chercher le choquant ; par cela même, il fait impression sur ceux même qu'il ne convainc pas. Overbeck se retranche dans la peinture religieuse et mystique des maîtres antérieurs a Raphaël ; Kaulbach a tenté de mêler à ses compositions l'élément moderne, et il n'y a pas toujours réussi. M. de Hess, chargé de la décoration de trois des églises modernes de Munich, s'est acquitté de cette tâche immense avec un talent réel que nous apprécierons en temps et lieu, et qui aurait dû lui valoir une piu& grande célébrité. Il n'a qu'un seul tableau à la nouvelie Pinacothèque ; mais ce tableau,
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qui paraît travaillé avec un soin tout particulier, et qui se trouve mieux placé à la portée du regard que la plupart des œuvres de ce maître, oflTre un excellent spécimen de sa manière.
Dans cette composition, moitié allégorique, moitié mystique, M. de Hess a placé au milieu d^une gloire la sainte Vierge avec TEnfant divin. A droite et à gauche de ce groupe central se tiennent, comme une garde d'honneur céleste, les quatre docteurs dB TÉgliâe : Grégoire, Jérôme, Ambroise et Augustin. Sur les marches du trône s'agenouillent, dans des attitudes d'adoration prosternée, les patrons des quatfe églises catholiques que le roi Louis de Bavière a construites et dotées : saint Boniface avec le modèle de la basilique ; saint Louis et saint Etienne^ l'un avec le modèle de l'église qui lui e3t consacrée» l'autre avec celui de la chapelle royale ; quant au modèle de l'église de Notre-Dame, bâtie au faubourg d'Au, c'est un anga qui le présente à la patronne divine.
La peinture de M. Henri de Hess n'a aucun des défauts caractéristiques, mais aussi aucune des qualités exorbi* tantes qui excitent les dénigrements et les enthousiasmes passionnés. Cet artiste s'adresse aux natures qalmes^ aux esprits délicats et modérés^ et mérite en effet toutes leurs sympathies. Dans le tableau dont noufinous occu^ns^ les types sont bien choisis; le dessiir est élégant 1^ ^ouleuf harmonieuse et douce» On ne saurait faire un ccHuproiiiis plus habile entre la aaîveté du styto religieux archaïque et la science moderae% Gela n'est ai trop goducpie ni trop récent ; l'œil n'est choqué ni jj»x 4^ affectatiooift de roi« deur à la maniera des aii)Qi«ns maltfes» ni par des diasc^ nan<9e6 d'iiat»«Jit4» ^ GMt» toile > i^ntmv&mùk ans
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œuvres de Técole allemande, qui pèchent toujours plus ou moins du côté de Texécution, n'offre d'autre prise à la critique que sa perfection même ; perfection si constante, si égale, si soutenue depuis la tête de la Vierge jusqu'à la chape de Pévêque, qu'on se prend à désirer quelque coin plus lâché, quelque coup de pinceau moins sûr, trahissant la fatigue, l'inquiétude ou la passion; mais la trame est si homogène qu'on n'y saurait trouvei! un fil cassé ou repris. N^allez pas croire pourtant que cet extrême fini tombe dans la minutie et la sécheresse, il est au contraire parfaitement conforme à la dignité du style et du sujet adoptés par l'artiste. La longue série des peintures de M. de Hess ne renferme ni une faute de dessin, ni une discordance de ton, ni un manque de goût j et il est vraiment singulier que, jusqu'à notre voyage d'Allemagne, nous ayons à peine soupçonné l'existence de ce peintre recommandable à tant d'égards et le plus capable assurément de soutenir à la prochaine exposition universelle l'honneur de la moderne école allemande. Les têtes de ce tableau sont belles, nobles, sympathiques, et les détails^ comme nous l'avons dit, traités avec une habileté rare; les orfrois des brocarts et les pierreries qui dessinent des ramages sur ce fond splendide ont une puissance d'illusion ^gulière, mince mérite s,ans doute^ mais qu'on doit apprécier lorsqu'il ne nuit en rien à l'élévation de la pensée et à la pureté du style.
Après une grande composition inDélugCy tentativB plus ambitieuse que réussie d'un peintre de Dusseldorf, M. Schorn, et dont la port de l'auteur a laissé plusieurs parties à l'état d'ébauche; après une déposition de croix de il* Fischer^ qui présente plusieurs morceaux dignes d'é^
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loges, quand nous aurons cité une Sainte-Famille de M. Schadow, nous serons en règle avec la peinture historique à la Pinacothèque nouvelle. M. Schadow est connu en Allemagne comme le chef de l'école de Dusseldorf. Sa Vierge est assez raphaélesque^ et Tensemble du tableau^ qui reproduit d'ailleurs les types inévitables de ces sortes de compositions^ serait assez satisfaisant^ s'il n'était déparé par un saint Joseph rose et doucereux comme un vieillard des idylles de Gessner, beaucoup plus suisse qu'hébraïque et ne rappelant en rien l'austère charpentier de Nazareth.
Cette toile révèle dans M. Schadow un artiste qui connaît les bonnes sources et y puise à larges urnes : ce n'est jamais l'érudition qui manque aux Allemands; ils savent de Tart tout ce qu'on en peut esthétiquement savoir ; ils ont analysé les maîtres avec une sagacité extrême; mais ils oublient volontiers la nature devant les vieilles toiles, — la nature qui toujours fournit à l'idée des formes originales;- la nature, livre éternel où l'on trouve à chaque page des sens nouveaux, et que les artistes d'outre-Rhin feuillettent à peine d'un doigt dédaigneux ! — Aussi la Sainte-Famille de M. Schadow est-elle une œuvre pleine de science et de mérite, mais sans cachet spécial, sans virtualité propre. A travers le pastiche très-bien fait, nous l'avouons, des anciens peintres religieux, le caractère individuel ne se fait pas jour. Il serait du reste injuste de juger M. Schadow en dernier ressort sur cette production, qui n'est pas de ses plus importantes.
Maintenant descendons à la zone des peintres d'un style plus tempéré. Nous remarquons d*abord trois tètes italiennes de M. Riedel. L'une d'elles est historiée en Judith, mais n'est autre chose que le portrait exact d'une de ces
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superbes filles de la campagne de Rome^ à la beauté robuste, aux cheveux crespelés, aux bras puissants, qui continuent la dynastie des Maria Gracia et des Teresina, les modèles aimés de Léopold Robert. Le peintre, moins courageux qu^Àllori, n'a pas suspendu à la main de sa Judith la tète livide, exsangue et convulsée d'Holopheme, crai- ' gnant sans doute d'atténuer l'effet de séduction qu'il semble avoir voulu plus particulièrement produire. Une mèche de cheveux noirs qui fait valoir la blancheur des doigts indique seule le chef coupé du générai assyrien masqué par la bordure ; la lame sanglante du cimeterre est également dissimulée : en sorte que les cœurs sensibles n'ont pas à déplorer devant cette toile le sort d'Holopheme^
Si méchamment mis à mort par Judith.
Les deux autres cadres sont tout bonnement des portraits de modèles bien connus de tous les peintres qui ont habité Rome ces dernières années, la Maruccia loli et la Felice Berardi, deux magnifiques créatures assurément, et dont un pinceau plus ferme aurait tiré grand parti ; mais M. Riedel a visé à la grâce et non au caractère ; il a plutôt atténué qu'agrandi les nobles types qui posaient devant lui par des effets de transparence, et des coquetteries mignardes rappelant les gravures prestigieuses des livres de Beautés anglais. Si les artistes reprochent à M. Riedel ces sacrifices à l'agrément, le public lui en sait gré et s'arrête volontiers à contempler ces tètes, qui, gravées à la manière noire, produiraient le même attroupement à la vitrine de Vibert et Goupil.
Dans une manière analogue, M. Navez, un peintre fla-
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mand^ nous montio une fileiuse de Fondi^ entourée de trois de ses compagnes et d'un jeune garçon écoutant les récits d'un vieux pâtre. Pondi^ qui nous apparadt si frais 01 si riant dans le tableau de M. Navez, s'est présenté à nous sous un tout autre jour : nous n'y avons vu aucune jeune fille aux yeux doux et fiers^ & la bouche arquée, à royale de madone, mais une collection de guenilles et de mines patibulaires à réjouir Salvator et Adrien Guignet. Avec un peu de bonne volonté on eût pu se croire au milieu d'un conciliabule de brigands. Ces pauvres diables étaient peut-être fort honnêtes, mais, coiffés de chapeaux ^Rondrés, emmaillottés de manteaux d'amadou, guêtres de chiflfbns retenus par des cordelettes, ils avaient de ces physionomies qu'on n'aime pas à rencontrer au coin des bois. La fièvre faisait claquer leurs dents, et leur teint jaune semblait se vertdegriser à la pluie qui, depuis le matin, tombait d'une façon diluvienne. Cette impression, tout accidentelle et toute personnelle qui nous revient à propos du nom de Fondi, n'infirme en rien la vérité locale du gracieux groupe de M. Navez.
L'Italie si aimée, si visité, si étudiée en tous sens par les artistes allemands, a encore inspiré d'assez jolis tableaux à M. Pierre de Hess, probablement le frère de Henri. La Pinacothèque possède de lui une douzaine de toiles^ moyennes et petites, mais dont les personnages n'atteignent jamais ^e des proportions secondaires. — La plupart représentent des scènes ou des vues d'Italie dont les sujets sont analogues à ceux que Wouwermans aimait à traiter, — Elles sont touchées d'un pinceau souple, adroit et facile, et rappellent, par la limpidité de la couleur, ces paysages que Demarne raye invariablement d'une grande
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route ou d'un canal en perspective. M. Pierre de Hess a aussi à la Pinacothèque une assez grande composition représentant l'entrée du roi Othon à Nauplie : le talent de l'auteur ne s'est pas élargi avec le sujet. Il semble cependant qu'on eût pu tirer bon parti d'une semblable donnée. Les brillants costumes des Palikares avec leurs vestes roides d'or^ leur fustanelle blanche^^ leurs knémides bro* dées^ leurs calottes rouges^ leurs pistolets à pommeaux d'argent^ leurs manteaux de peau de mouton ou de chèvroj offraient au coloriste l'occasion de déployer les richesses de sa palette^ et de faire oublier la tristesse des habits noirs modernes ofSciellement mêlés au cortège : les che» vaux maigres et fougueux, sous leurs beaux harnachements turcs, présentaient aussi, par la variété de leurs robes et de leurs allures, mille ressources dont M. Pierre de Hess n'a pas profité. Sa touche est d'une sécheresse laborieuse et d'une exactitude pénible. Sa couleur, grise et froide dans l'ombre^ luit dans la lumière comme du ferblanc; nous concevons que la nécessité de placer parmi ses groupes un certain nombre de portraits ressemblants ait refroidi la verve de l'artiste; mais pourtant nous attendrions mieux de lui.
Pour en finir avec les scènes d'Italie, nous citerons encore un petit Léopold Robert d'un ton argentin et blano assez peu ordinaire au peintre. Nous en connaissons la lithographie^ exécutée par Léopold lui-même et pubUée^ il 7 a quelques années, dans r Artiste; elle représente une jeune mère tenant son enfant sur ses genoux. Ce pénible effort pour dégager l'idéal de la réalité, qui consuma la vie de Léopold Robert, se montre ici comme dans ses autres tableaux ; la main trahit la vobnté, et le délicat sentimei^t
iutime de Tartiste perce difficilement à travers la lourdeur d'une exécution plombée et fatiguée. Cependant la recherche obstinée du beau, la fidélité opiniâtre au yrai^ donnent à cette simple figure im caractère à part et ne permettent pas de la confondre avec des toiles plus brillantes et plus heureuses.
Munich possède aussi un des nombreux Savonaroles de Granet. C'est tput simplement un moine occupé^, dans sa cellule^ à écrire sur une espèce de pupitre ou secrétaire de forme ancienne. Presque rien ; mais la lumière se distribue d'une manière si juste et si nette sur les parois de ce petit intérieur ; la touche est si ferme^ si large et si précise^ qu'on voit bien tout de suite à qui Ton a affaire.
Rencontrer un tableau de Wilkie est une bonne fortune bien rare, et Ton est souvent réduit à l'admirer sur la foi des gravures anglaises. Qui n'a vu dans quelque honnête salon la Lettre de présentation^ le Colin-Maillard; le Payement des rentes, quelques-unes de ces scènes d'exquise comédie dont ce charmant peintre égayé les intérieurs un peu mornes de son pays, et que le burin des graveurs d'outre-Manche excelle à rendre î — Quand une toile de Wilkie, dix fois couverte d'or, a été suspendue dans la galerie d'un de ces pairs d'Angleterre si jaloux de l'inviolabilité de leur home, elle devient plus invisible qu'un assaki au fond du harem.
L'énormité des fortunes rend impossibles ces besoins d'argent qui nécessitent les ventes, et ces précieuses toiles sont pour ainsi dire vinctdadas, pour nous servir de l'expression espagnole. Nous ne connaissons qu'un seul Wilkie^ celui de la Galerie nationale de Londres^ représentant
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une fête de village, d'un sentiment tout différent des kermesses de Teniers; car à la bonhomie champêtre s^alliait une certaine grâce anglaise, et du seuil de leurs cottages festonnés de houblon les blanches fermières du Lancashire regardaient, un baby au bras, les joyeux buveurs attablés ; et nous avons été agréablement surpris d'en trouver un autre à Munich, parmi les productions de l'école allemande.
Ce tableau, dont il existe une fort bonne estampe, a pour sujet la Lecture d'un testament : quelle bonne figure que celle de Tattomey lisant le testament ! Iquel air prépondérant et sûr de lui-même ! comme il est confit dans sa dignité! comme on voit qu'il a l'habitude d'être écouté quand il parle !.,• Ouvre-t-il la bouche, tout le monde se tait, et les âmes avides se suspendent à ses lèvres. Jamais Garrick sur le théâtre, jamais Sheridan à la tribune n'obtinrent un tel silence. A la droite de l'attorney, un parent sourd ouvre tout grand son vaste cornet acoustique, où il espère engouffrer, comme dans une corne d'abondance, les paroles d'argent et les phrases d'or de cette littérature substantielle; à côté de lui, la mère de la jeune veuve, berçant sur ses bras un poupon rose et blanc, sourit d'un air narquois et plein de sécurité sur l'avenir du marmot. A l'extrême gauche, la jeune Artémise, fradche sous ses crêpes noirs, souriant et pleurant comme un rayon de soleil dans une ondée de mai, parsdt écouter avec une complaisance un peu précoce les madrigaux qu'un bel officier lui chuchotte à l'oreille, et laisse voir des bras ronds et blancs qui pourront se nouer encore autour du cou d'un heureux mortel.
De l'autre côté de l'attorney, une ifieille matrone, déçue
dans ses espérances cupides^ se sauve avec explosion^ entraînant à sa suite un grand laquais à livrée éclatante tout chargé de cartons et de paquets. Sans doute la bonne dame était venue s'installer au chevet de Tagonisant et attendait un autre salaire de ses soins intéressés. Ci et là traînent dans la chambre mille objets incohérents rassemblés par les funèbres hasards de la maladie^ de la mort et de l'inventaire. Un large coflPre entr'ouvrant sa mâchoire trahit un splendide entassement de vaisselle plate et de vases en vermeil, et sur la cheminée, dans Teau transparente d'un bocal, se tortillent quelques noires sangsues, innocentes meurtrières qui ont tiré au pauvre trépassé sa dernière goutte de sang. Wilkie étudie ses petits drames bourgeois avec le même soin qu'Hogarth, mais son comique est moins féroce, quoique tout aussi profond que celui de son terrible devancier, et il ne descend jamais jusqu'à la laideur atroce et monstrueuse où semble se complaire Tapôtre de la célèbre Une of beauty, qui, de même que la plupart des théoriciens, évite d'appliquer sa théorie. Quant à l'exécution, le Wilkie de Munich est traité avec- cette adresse britannique qui joue admirablement la verve de l'esquisse et les heureux hasards de l'improvisation ; le seul défaut qu'on pourrait reprocher à cette charmante toile, c'est le trop de fluidité de la couleur. Même quand ils peignent à l'huile, les Anglais sont aquarelli^s; ils lavent plutôt qu'ils n'empâtent. Parmi ces tableaux allemands, d'une couleur si revôche et si aigre, le Wilkie brille comme un diamant de l'eau la plus pure mêlé à des cailloux du Rhin; le coloris en est d'un charme exquis et nous a rappelé involontairement, par sa délicatesse, celui d'un jeune peiijitre français nemmé Poterlet, mort il y a
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quelque vingt ans, et que tout le monde n^ peut-être pas oublié.
Nous avons considéré avec un vif intérêt un portrait de GoSthe d'une exécution assez vulgaire, mais qui ne manque ni de conscience ni de vigueur ; lorsque nous pensons au grand Yolfgang, nous nous le représentons assis sur un trône dlvoire et d'or, immobile et froid comme un marbre de Paros ; Bettina d'Arnim, agenouillé à ses pieds, lui touchant d'une main les genoux et de l'autre la barbe^ comme la Thétis suppliant Jupiter dans le beau dessin d'Ingres. — C'est ainsi que ce Dieu nous apparaît dans la plénitude de sa force et de son génie, ayant l'âge immuable des immortels, et il nous faut un effort de raisonnOi» ment pour l'admettre sous sa forme terrestre ; car, en vérité, cet Olympien a habité Wçimar, une petite ville où l'on arrive d'Iéna par une allée de pruniers dont les fruita ont fait dire à Heine, troublé et balbutiant devant le dieu qu'il voyait pour la première fois, à la place des harangues qu'il méditait, cette phrase superbe et triomphante : a Les pnmes de la route sont excellentes pour la soif, d Et il est certain qu'il ne se promenait pas par les rues de la résidence en déshabillé grec; il faut donc admettre con&me historiquement réel le costume dont l'a revêtu M. SleilefT; costume qui consiste en une redingote d'un gris trèstendre, fermée par un rang de boutons, à collet haut avec revers en satin de même couleur, à la mode de 1818 o« de 1820, bien qu'un manteau de pourpre orné d'une grecque d'or nous eût semblé beaucoup plus naturel. Ce portrait offre l'intérêt d'une épreuve de daguerréotype. M. Steiler n'a pas de style, et il est trop naïf pour mentir ; il a copié son modèle bourgeoisement et prosaïquement, mais avec
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une sincérité parfaite gui devient ici précieuse ; le firant haut, Toeil vif, la bouche impérieuse, rappellent le type connu de Goethe avec une individualité de ressemblance qu'une exécution plus savante leur eût peut-être ôtée.
La nouvelle Pinacothèque compte à peine six mois d'existence, et nécessairement l'on n'a pas dft être bien sévère sur le choix des œuvres qui tapissent ses murs. Une galerie ne se forme que par lentes allavions, et il serait inutile d'analyser avec détail les trois cents tableaux, la plupart médiocres, qu'elle renferme. Nous allons terminer en disant quelques mots des paysagistes. En Allemagne, comme en France, l'école du paysage se divise en deux camps rivaux : le premier renferme ces artistes cherchant la nature héroïque ou historique, pour nous servir du terme consacré ; le second est composé de peintres se contentant de la nature telle qu'elle est. Les uns peignent les fleuves coiffes de roseaux, une urne de pierre sous le bras; les autres les représentent bordés de i^ules et d'œeraies, réfléchissant la rive fleurie dans leurs eaux limpides. Les deux manières ont du bon.
L'école du paysage vrai, qui depuis quelques années compte en France tant d'intelligents disciples, se traîne encore en Allemagne sur les traces de Watelet et autres artistes en vogue vers l'an 4822. La plupart des paysagistes allemands ont une grande habileté manuelle; mais leur peinture manque le plus souvent d'atmosphère et de profondeur. Le plus habile de tous est sanscontreditM. Charles Rottmann, qui a décoré de vingt-trois vues prises en Grèce une salle uniquement consacrée à ses œuvres.
Le milieu c e cette salle est occupé par un vaste aba1>-jour supporté par des colounes imitant le porphyre rouge an-
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tique. Une ornementation de même style règne sur ces murailles, où sont encastrées les peintures de M. Rotlmann, qui reçoivent d'en haut un jour limpide et mystérieux, intercepté pour les visiteurs par le toit sous lequel ils se trouvent. Cette façon d'éclairer, empruntée auxdioramas, ajoute singulièrement àTillusion; il est donc bon, avant de juger définitivement M. Rottmann, de se prémunir un peu contre les efTets de cette innocente magie.
En consultant les souvenirs personnels que nous avons rapportés de plusieurs des sites reproduits par M. Rottmann, il nous semble que les grandes lignes du paysage sont, en général, exactes, mais qu'il n'en est pas de même de certains détails et surtout de certains effets lumineux qui rappellent plutôt les ciels anglais de Turner, tout diaprés d'iris, tout opalisés de vapeurs, que la sérénité habituelle de l'atmosphère hellénique. Sur cette terre de marbre la lumière descend pure et tranquille, et le ciel offre aux silhouettes des statues un azur uni conmie le fond bleu d'une métope. M. Rottmann a voulu varier par des mirages fantastiques cet horion sévère; il en avait bien le droit; il n'est pas défendu au peintre de faire intervenir son imagination dans les scènes de la nature. -— Il y a, dans la façon dont M. Rottmann interprète les beaux sites de la Grèce, quelque chose du sentiment et de la manière de Byron; Corinthe, Naxos, Délos, Égine, Épidaure, Marathon, Salamine, Athènes, sont pour lui des thèmes poéti- ^ ques, et il fait voir chaque lieu célèbre à travers un effet ^ pittoresque ment bizarre, qui souvent prend trop d'impor- * tance, et ferait hésiter le souvenir si des lettres d'or ne retraçaient pas au-dessus de chaque tableau ces noms harf monieux dont la musique est toujours nouvelle.
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Le procédé qu'a dû employet Fattiste pour ces peintures murales était Tencaustique. Noue ne saTôns si c'est le maniement difficile de ces couleurs revèches qui a gêné sa brosse et Ta Obligée à des crudités de ton, à des violences de touche trop brutales pour des travaux destinés à être vus d'assez près; maïs cela doit être, car il existe sous les arcades du jardin royal une sérié analogue de vues dltalie également de M. tlottmann, mais à la détrempe : on dirait que ce procédé expéditif convient mieux à l'artiste: sa main s*y joue avec une facilité inconnue aux plus habiles décorateurs. Nous regrettons fort, pour ùotre part, que cette charmante illustration murale âoit etposée au contact des passants et aux intempéries du climat bavarois, un peu bien variable pour la fresque en plein air. Jusqu'à présent les gamins de Munich, avec une sagesse qui leur fait honneur, les ont artistement respectées : mais l'humidité, la poussière, la pluie poussée par le vent à travers les arcades, les gelées d'hiver, les mille influences du ciel auront-elles la même courtoisie?
Les paysages historiques de la iffcivelle Pinacothèque ressemblent, la plupart, à ces papiers de salle à manger d'auberges de provinces, représentant les Aventures de Télémaque ou tout autre sujet mythologique de ce genre. Nous en excepterons une Vue cP Athènes, restituée par M. de Klenze, le célèbre architecte allemand, l'auteur du monument de Bavaria. C'est à la fois Pœuvre d'uu' peintre et d'un savant. Cette restauration est très-curieuse à étudier, surtout pour ceux qui connaissent l'état présent de la ville; la couleur est d'une localité harmoDÎeuse ; la touche timide trahit une maia peu familiarisée avec la brosse ; mais tout le côté archaïque est irréprochable, et
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nous rendons grâces à M. de Klenze d'avoir reconstruit d'une manière aussi heureuse que vraisemblable la cité de Minerve, de Phidias et de Périclès.