livre où elle lit à Id kieur à» la lampe un tratail noetume
A peine quelques étoiles se montrent sur le ciel mAv qai lui sert de fond^ la nuit est Teaue^lee flambeaux naturels n'éclairent plvn le monde; il faut demander d'autres lumières aux combinaisons mathtoatiques. Le petit Génie se cache derrière un masque de vieillard. Galilée est la sta* tue caractéristique qui s'adosse à la face intérieure da pilier. Son attitude et sa physionomie expriment la recherche curieuse. Il regarde le ciel, non plus en dévot, non plus en poëte, non plus en rêveur, mais en savant, n tient dans ses mains le télescope qu'il a inventé. Ses traits sont empreints d*une gravité sereine. Que peuvent les petites misères du monde contre celui qui pénètre les secrets de la mécanique céleste? On aura beau lancer sur lui les foudres de Tinquisition, on aura beau le plonger dans les cachots, la terre n'en tourne pas moins : « è pur si muùve, »
Le caisson représente Galilée incarcéré et enseignant à ses visiteurs les découvertes qui l*onl conduit en prison. La prison est une excellente chaire pour prêcher une idée nouvelle, vérité dont les persécuteurs ne se doutent pas.
Dans les tableaux complémentaires sont peints BufTon et Lavoisier. Buffon, cet Orphée en manchettes, prend des notes au milieu de lions, de tigres, de girafes, de serpents, de hérons, d*ibis, de crocodiles, qui marchent, rampent, yolent et se roulent autour de lui, comme pour se prêter à ses études zoologîques. Au second plan, Daubenton se livre à des travaux d'anatomie. Lavoisier, le fondateur de la chimie moderne, est représenté dans son laboratoire, au moment où Ton vient le prendre pour le mener à la guillotine; il demande en vain aux farouches déraa*
tx tifrratev. 99
gi»g«a« là temiM d'aehavftr ses immortelles expériences.
C^ sujtjta foat faif e im tmte retour sur le sort des bommeis illustres : Eomàre^ le divin aveugle^ erre et menài$l Aristote s'em^isonne pour éviter les suites des dé- Bdomations d'un prêtre de Gérés qui Tac^usait d^impiété ; JésusHChriftt est eruoifié, Malioinet persécuté et fuyant^ Oaliiée emfmsoané^ Laveisiev décapité; Socrate est forcé de boire la ciguë^ Phidias obligé de se justifier de Paecusa* &)Q de vel; Rousseau «e sulêide. Quanta Moïse^ Dieu le traita fort rigoureusement; il l'empêcha d'entrer dsuas la Terre promise, but de sa vie, objet de toutes ses espérances, et cela, pdur un seul moment d'hésitation ; car le génie est aussi mal réeompensé par Dieu que par les hommes, et il semble que le ciel en soit aussi jaloux que la terre.
grsoids infortunés! illustres misérables! sans être fils de Jéhovah eomme Jésus, vous avez tous porté vos croix et sué vos sueurs de sang au Jardin des oliviers amers et des angrisses suprêmes; par votre passion vous êtes devenus des dieux, vous aussi, et votre temple si longtemps attendu Relève enfin !
Après l'exposé historique des murailles et la synthèse intellectuelle des piliers, qui sont la partie humaine de cette immense composition, viennent les grandes panathénées tàéogoniques, déroulées sur une frise de onze pieds âe hauteur et de huit cents pieds de long, et se posant audessus des sujets réels comme le ciel au-dessus de l'horizon.
L'artiste philosophe suppose que de tout temps les dieux se sent conformés aux milieux dans lesquels ils se révélaient, et que leurs incarnations successives ont suivi les progrès de l'univers. Au sortir du chaos, ils sont vagues, ténébreux et foraâdaï^les comme le chaos lui-même; plus
40 l'àet vobsrns.
tard; leurs formes^ quoique multiples et monstrueuses^ se moulent avec plus de précision. Leurs enveloppes bestiales^ leurs bras sans nombre^ leurs attributs compliqués^ expriment obscurément des idées encore confuses et des mystères cosmogoniques mal débrouillés ; les dieux sont en harmonie avec les mammouths^ les mastodontes^ les serpents de mer et toute cette nature énorme^ touffue et fourmillante des premiers jours du monde.
Dans nnde^ ils empruntent à Téléphant sa trompe^ au polype ses tentacules^ au lotus sa fleur; plus tard^en Egypte^ lo quitte son corps de vacbe^ et n'en garde que la tète sur les épaules d'Isis. Les membres parasites s'élaguent peu à peu. Si Anubis aboie avec une gueule de chien^ il n'a que deux bras comme un homme. Bientôt paraissent les dieux anthropomorphes de la Grèce> types de la beauté la plus parfaite. A chaque avalar^ les divinités ont laissé tomber les carapaces^ les peaux écaillées^ les formes hideuseS; comme les papillons qui abandoiment leurs chrysalides. Chaque transformation les rapproche de plus en plus de Thomme qui est fcdt à V image de Dieu, car la théogonie est soumise aux mêmes lois que la cosmogonie; elle procède du composé au simple, du monstrueux au beau, de Tabsurde au raisonnable. Après les dieux charmants de la Grèce, à qui pourtant manque la beauté morale, vient Jésus-Christ, qui met une ftme céleste dans le corps de TApollon pythien et réunit toutes les perfections. Ensuite arrivent les grands hommes, dieux visibles du monde moderne, lampes transparentes qui laissent briller un plus vif rayon de Tâme universelle. Les dieux, c'est-à-dire les intelligences supérieures, n'ont pas besoin, dans le milieu où nous vivons, de prendre d'autre forme que
celles d'un héros, d'un poëte ok d'un philosophe.
Essayons de donner une idée de cette prodigieuse procession près de laquelle la frise du Panthéon n'est qu'une miniature et qu'un jeu d'enfant.
Dans l'angle le plus obscur, près de la porte d'entrée, le peintre a placé le chaos, où se forme déjà la bizarre figure de la Trimourtiy rassemblant en elle tous les principaux symboles du panthéisme indien. — Brahma, Wishnou et Shiva, c'esirà-dire les pouvoirs créateur, conservateur et destructeur, s'y mélangent avec des attitudes et des enlacements étranges où l'oeil a peine à se retrouver; tout est confus, énigmatique et sombre dans cette forme inextricable qui se débrouille du néant. Près de ce buisson touffu de tètes et de bras se montrent à demi, sous un voile qui dérobe leur imion mystique, Brahm et Santi, d'où naquit l'androgyne Brahm-Maya, tenant d'ime main la chaîne des êtres, fixée en outre à son pied gauche, et de l'autre main agitant la ceinture magique dont Vénus héritera plus tard. Cette figure* aux traits indécis et gracieux, type des hermaphrodites grecs, est assise au sommet du mont Mérou, sur un lotus épanoui, symbole de l'alliance du feu et de l'eau. A ses pieds sont accroupis le tigre et le bœuf, et coule le Gange, fleuve saint dans lequel se plongent plusieurs divinités, tandis que d'autres en suivent le cours.
Un peu plus loin Wishnou, couché sur un lit de lotus^ est porté par les replis du grand serpent, qui élève au-dessus du dieu endormi ses sept tètes formant une espèce de dais. Du sein de Wishnou sort le lotus soutenant Ganesa, dieu de la sagesse et du succès. Sur ses genoux s'accoude Lackmi, sa belle épouse.
Ici commence la série des avatars ou incarnations de la
42 ir'AAT sonEiins.
ditiiiité 0OUII dâs formed diverses. Le premier dTatoi* qui ie présente après WishnoQ a un corps d'homme terminé en poissony et quatre mains dont chacnne tient nn sjmbole différent des forces de FunivârSi Shiifa, monté sur le bcBof tlaiidi, marche au bord du fleo^e } il porté le sceptre et les balances dé la Justice^ dont il M le didn. Ensuite arrrr^ Indra^ jtiché stli' Irtttat^ le mMstmenx é\éplumt à frots trompes^ Marcandattt le nageur^ fibaya&i porté par un lion^ Scanda, le Mars Indimi^ monté anr un paoh, balançant tm Ifttefs mnif iples, et de ses mainë nombreuses agitant toutes sortes d'afffies et d'éteûdards; Yama^ le Pluton greoy figuré farouche et sinistre ^i^ accroupie sur le dos d'un bufDe, tient les balancés de la ju^lëe et les serpenta, symbotode tengeauce; Boudheyi, déesse dé la mauvaise fortune^ ché* minant au petit pas de son âne^ humble et piteuse moii' înte, et soutenant son étendard^ sur lequel est peint un corbeau; Varouua, dieu des eaux, ohetauchant un croco* dile et faisant claquer un fouet; et eufiu Gonveia^ le plus abject et le plus bestial de tous; Gônteia^ le di^u des ri* dhessés, atec sou centre énorme et les nœuds de serpents qui l'eutoureut. La procession indieuue, partie de la Trt* fflourti, immobile, s'atauce d'un pas majestueux et lent, Irresque insensible; elle suit les ondulatiofls et les replis du Gange oA plong^ent les éléphauts et les grands animaux, et ée détaché Sui* lé fond bleuâtre des montagnes lointaines de l'Himalaya. Le coûts stagûaut, pour ainsi dire, de son défilé, indique l'esprit stationnaire de Tlnde, où chaque pas met des siècles à s'accomplir.
Après âvoit descendu le fleuve sacré, tantôt un pied dans l'eau, tantôt un pied sur la rive, la procession éraetigfe des ondes du Oangeaveo Mithra, dieu du jour^ porsoimifi-
UE PJkKTHidN. 43
cation da soleil. Du haut de son char à'br et de pierreries attelé de taureaux blanes , il effeuille dés roseis^ symbole desirive» eouleuri dont il eot la source. 8oa char roule sur des uuages empourprés^ ai>-des9iis du sommet Am hautes siCHitagiies : d^agé des chaos génèsiaques et des llmoûs cosniogo&iques , le oort^e divin marche désormais d'Un pied plus libre et d'une aile plus légère. Mithra 6§t etltoiré des diyioités persiques i de Luntis ^ mont 4 suf^ sa yaehe blanche) de Malabar^ à la tète de singe et aut jambes de vérat } du Kaiomords, bauf ailé à face htltnaine et roi de la terre et des Isèds artnés^ ayant chacun quatre ailes d'éperyler^ bons génies dont quelqueMins étouffent des autru^es^ emblènies du mauvais principe.
Onnuzdet Âharimstne^ escortés des sii Atnschaspands et des six Defwends^ représentants du bien et du tnal^ nous font atteindre les divinités de la Cbaldée et de l'Egypte.
BéluB> Âstftrfcé^ Mylittâ, Atergatls^ Moloch précédent KnjBph, Wità, Osiris^ MH, Tbattt^ 'fyphwi, Attubis. Ici, rhori^on rougd> enfiammé^ est découpé par des montagnes de granit rose ^ des cimes de pyramides et des faites de temples gigantesques* L'Olympe égyptien ne doit être en effet qu'un entassement de pierres, de marbre et de basalte, un grand rêve airchitectural.
Typhon, à cheval sur un bélier, brandit sa massue, pendant qu'lsis^ coiffée d'une tète de vache, allaite le petit Orus, et qu'un lion emporte la momie d'Osiris, défendue et protégée par un Anubls à museati dé chacal.
Entre ces quatre pea'sonnages se joue le grand drame dé la lumière et de Tombre, de la vie et de la mort, de la destruction et de la reproduction. La nuit chasse le jour,' Typhon.tue Osiris; mais Isis ou la Nature a des mamelles
44 l'art H0D£ft9E.
pleines de lait^ Horus tète^ et le vigilant Anubis aboie ; le jour reviendra et Horus vengera son père.
Ce groupe dépassé^ on aperçoit Pen-Mendès appuyé snr un sceptre et retenant par les cornes un bouc^ emblème de fécondité^ et Knepb^ le dieu Nil^ avec sa tète de bélier^ la croix ansée à la main et porté sur son fleuve par une barque à voile gonflée^ symbole de navigation.
Sur la rive du Nil marche la procession de la barque sacrée renfermant Tarche que les Juifs adopteront. En effet, quelques pas plus loin, on voit le peuple hébreu entrant dans la mer Rouge, dont les ondes se séparent en murailles liquides, et se dirigeant vers la Terre promise.
La marche de cette procession théogonique se règle sur les tableaux historiques placés au-dessous d'elle. Chaque religion correspond à une période de la vie de l'humanité : peu à peu le ciel se civilise comme la terre. Les dieux descendent avec les hommes des hauts plateaux de l'Himalaya, pour se répandre dans la Perse, la Ghaldée et l'Egypte. Ils suivent la grande migration des peuples, et à chaque pas ils se dépouillent de quelque forme étrange, de quelque symbolismis monstrueux, pour se rapprocher de la forme humaine.
Le défilé divin est arrivé à l'angle rentrant de la croix, où se trouve l'immense composition de la guerre de Troie : les Olympiens, assis ou couchés sur des nuages, inclinent leurs regards vers la terre, et paraissent prendre aux combats des héros un intérêt tout humain. Pallas Athenè, la lance à la main, le casque en tète, l'égide au bras, semble vouloir franchir le cordon architectural qui la sépare de la zone terrestre, pour aider de ces conseils et de son pouvoir son protégé Achille,
Us sont là tous : Zeus^ au noir sourcil^ Hèré^ aux bras de lait et a Tœil de génisse; Aphrodite^ la taille ceinte du ceste^ magique héritage de Bram-Maya; Phoibos-ApoUon^ avec son arc d'argent et son carquois d'or; Artémis^ la blanche chasseresse; Arès^ le dieu de la guerre^ portant la main à la blessure que lui a faite au flanc la lance de Diomède^ sans respect pour sa divinité ; Hestia la vierge pure comme le feu dont elle a la garde; le glauque Poséidon; le rouge Éphaistos; Hermès^ avec ses talonnières^ ses chaînes d'or et sa bourse ; Dio^ agitant sa torche et regardant d'un air farouche le ravisseur de sa fille^ Pluton, enfumé^ sous sa couronne de cyprès^ de narcisse et de capillaire, par les vapeurs de son empire infernal. Cette fois^ la panathénée divine ne touche plus la terre; elle nage dans l'éther étin- <;elant. De légères nuées suffisent à porter ces corps nourris de nectar et d'ambroisie^ et qui n'ont gardé de la matière que la beauté.
Ces di0ux^ lei i^% parfaits que Tbomçie ait iaventég enccxre^ ont kissé pour toujours les formes hybrides^ les memlMs parasites et les tètes d'ammaux< Ils se soumeVtent aux lois de Tart et de la raison^ et représentent les plus purs types du beau ; ce seront toujours les vrais dieux pour les poètes, les sculpteurs et les peintres*
Mais voici que déjà le ciel vient rendre visite à la terre, A ces époques primitives, ils ne peuvent rester longtemps séparés. La terre, jeune encore, a besoin de ce commerce familier, et le ciel n'est pas assez spiritualisé pour rester seul dans ses hauteurs. Bacchus s'humanise, et par son expédition dans l'Inde semble tracer la route aux conquêtes d'Alexandre : le dieu Bacchus, père de la joie, de l'expansion et de Tenthousiasme, Téternel jeune homme aux cheveux d'or et aux yeux noirs comme ceux des grâces. Il s'avance sur un char traîné par des tigres apprivoisés, couronné de pampres, vermeil, souriant, entouré d'un cortège de divinités familières qui le popularisent. — Le bon Silène sur son âne, les Satyres, les OEgipans et les Faunes, les Bacchantes, les Ménades et Iqs Mimalloues
snirent agitant leurs thjrses^ faisant ronfler learstani'bourg^ et claquer leurs crotales; car c'est par des Menfaita et des moyens de douceur que s'est accomplie la pacifique conquête de Baochus.
En avant du cortège^ marchent le Titan Proméfliée^ qui vola le feu au ciel pour le donner à la terre^ et emportd l'étincelle sacrée dans une tige de férule; Hercule^ le dompteur de monstres, l'accomplisseur de tâches impossibles, Pinfatigable athlète des douze travaux; Thésée son émule, ayant au front la couronne dont Thétis le ceignit lorsqu'il prouva qti'il était vraiment flls de Neptune en allant chercher au fond des mers la bague lancée par Minos ; Persée armé du casque de Pluton, du bouclier de Minerve et destalonnlèlies de Mercure,
Ce groupe Représenté les héroêJ demi*dieux, 6'est*à-dire flls d'un dieu et d'une mortelle. Leur mission est de purger la terre des formes monstrueuses, d'achever la besogne du déluge et de la rendre habitable pour des générations moins brutales et moins sauvages; Prométhée invente les arts, et révèle l'usage du feu; Hercule tue le lion de Némée, le sanglier d'Érymanthe, la biche aux pieds d'airain, perce à coups de flèches les oiseaux slymphalides, bètes hideuses échappées à la noyade diluvienne ; Thésée purge TAttique de brigands, et fait déchirer, par deux arbres courbés de force, son parent Sinnls, voleur incorrigible; il essaie même d'arracher l'humanité à la mort en descendant aux enfers pour enlever Proserpine. Persée décapite les Gor-» gones à la chevelure hérissée de serpents, et dont le regard change en pierre, délivre Andromède, enlève les pommes du jardin des Hespérides.
La place ainsi nettoyée, Triptolème, l'élève de Cérès,
48 l'art hobsrnx.
qui lui fit subir toutes les épreuves de Grain d'orge dans la ballade anglaise^ s'avance sur son char traîné par deux dragons^ pour aller enseigner l'agriculture aux mortels. Sa main^ ouverte comme celle d'un semeur, répand le blé devant lui. Castor et Pollux, vainqueurs des pirates de l'Archipel, s'embarquent sur Argo, la nef qui parle, en compagnie de Selon, pour aller à la recherche de la toison d'or, c'est-à-dire du but mystérieux de l'humanité, le bonheur et la perfection.
A mesure que l'on avance, l'on voit l'élément humain tendre à prédominer. Les dieux ne sont plus que des demidieux, et même les frères Tyndaiides, sont obligés de se cotiser pour échapper au sort commun; ils meurent et naissent alternativement, et ne peuvent vivre à la fois, n'ayant qu'une seule immortalité pour eux deux. Le fond sur lequel se déroule cette partie de la composition est mélangé de montagnes, de forêts, de fleuves et de mers, selon l'action des groupes qui s'en détachent, et par sa variété rompt la monotonie de cette longue file de figures s'avançant sur un plan horizontal.
Ce groupe de transition nous mène aux héros de la guerre de Troie, dont les uns suivent Orphée, Linus et Musée, les poètes mystiques et religieux, tandis que les autres s'arrêtent près d'Homère, qui ouvre les temps -historiques, ou s'embarquent comme Ulysse et comme Énée, dont les circumnavigations seront les sujets de l'Odyssée et de Y Enéide, et symbolisent le génie expansif et civflisateur.
Là s'arrête la panathénée divine et héroïque : le mythe et la légende finissent, la raison et l'histoire commencent ; les sept sages de la Grèce, reconnaissables à leurs attributs.
a PANTHÉON. 49
Solon à la tète de mort qu'il tient^ Chilpn à son miroir, Cléobule à ses balances^ Périandre à sa plante de pouliot, Bias à son réseau et à sa cage, Pittacus à son doigt posé sur la bouche, Thaïes au mulet qui le suit, ouvrent la seconde panathénée : Thistoire- naît avec Hérodote, Tart dramatique avec Thespis, qui du haut de son chaiiot traîné par des boucs, chante et mime Iliymne de Bacchus. Voici Eschyle, le titan tragique, le poète du Prométhée enchcuné et de VOrestie, celui dont Aristophane disait qu'il édiiiait ses mots comme des tours, et lançait impétueusement des périodes parées d'aigrettes flottantes, Eschyle, le Shakespeare grec ; Anacréon, Sapho, Pindare suivent Ck>rinne, Phidias, Ictinus, Polyclète, Myron, les uns portant la lyre et les emblèmes qui les distinguent, les autres les modèles de leurs travaux, comme les fondateurs d'églises ou de monastères que l'art du moyen âge représente portant des chapelles et des abbayes en miniature entre les mains. Polygnote,'Zeuxis, Socrate, Anaxagore, Platon se groupent avec Sophocle, Aristophane, Miltiade, Léonidas, Périclès, Phocion, Thémistocle, Démosthènes. Toute cette noble compagnie s'avance à travers de petit bois de lauriers-roses épanouis dans l'azur du ciel attique, ou cause sous de beaux portiques de marbre blanc.
Arrivée à la statue d'Alexandre, la marche reprend : Aristote, Xénophon, Épicure, Zenon, Diogène, les philosophes et les savants, se succèdent, mais les poètes et les artistes ont disparu, et les jolis bois de lauriers-roses ont fait place à des terrains montueux, hérissés de bronssailles et rayés de sentiers qui s'embrouillent. Au fond s'étend la mer avec son bleu dur. Nous approchons d'Alexandrie, dont la bibliothèque est tracée au-dessous. Archimède,
50 l'abt itotmM:
Loûgin, Afistafqtie s'égarent sot ceè flèiltleM et tôdént le pas aux Romains de la vieille roche qd s'ayancent en bon ordre. On voit apparadtre à leur tour Nnma, conseillé par son Êgérie; Scérola, la main brûlée; Horatius Coclès, Pâbricius, Cioriolan, Valérie, Vétarie, Cincinnatus, Caton l'ancien, les Pâbius, les Sdplons, Paul-Éndle, Lélius, et les poètes Térence, Haute, Ennîns ; ils suivent majestueusement tme pression angurale et Religieuse qui défile, vestales en tête, et vont an Capltole rendre grâce aux dieux d*un nouveau triomphe de là république. Cela, se passe au-dessus des tableaux de Brutus condamnant ses fils et de Carthage prise. Au second plan, l'on voit s'élever les monuments de la Rome antique et s'arrondir les arcades des aqueducs construits par le peuple.
Au tournant de l'angle et à la suite d'un triomphe décerné â César avec tout l'appareil d'ttsage, quadrige de chevaux blancs, victoires aux ailes dW, butin porté sur des brancards, se trouvent les grands hommes des guerres civiles de cette époque : Marins, Sylla, Pompée, Lucullus, Lucrèce, Salluste, les Gracques, accompagnés de leur mêre et de leur sœur; Brutus marche près de César, et tient son épée nue, comme pour indiquer par cet attribut prophétique le meurtre qu'il projette. Le triomphe est ftiagniflque et contraste par sa pompe avec la simplicité de la cérémonie religieuse qui précède î il y a des esclaves nombreux qui portent les vases d'or, les cratères d'argent et de métal de Corinthe, les tapis persiquôs, la pourpre, les niasses d'ambre, d*ôncens et de nard ; il a pour fond des temples, des monuments magnifiques aux frises peuplées de statues et indiquant la splendeur de la civilisation la plus avancée. Cet entassement de lute montre les pro-
i« PANTHËOll. 81
gpèâ de la comiption romaine et fait pf eiMentir les prodigalités impériales* Les hommes illasttes du siècle d'Auguste, Tite-Uve, Vittute, Mécènes, Agrippa, Drusus, ttttille, Tibulle, Properce, Virgile, Ovide^ etc., marchent deyant et nous amènent jusqu'au fond de la ch>ll> à la place occupée par le Sermon sur la montagne.
La frise contient à cet endroit l'entrée triottii^le de Jéâu8-C!hrist à Jérusalem. Il a pouf monture Tâuésse traditionnelle suiTie de son ftnon. Les apfttres, les premiers martyrs l'entourent, ayant à la main des palmes et des branches d'olivier. Cette scène se passe dans Uh bois dé palmiers ; des enfants, grimpés dans les rameauit, les dé* tachent et les jettent sur les pas du Sauteur.
Le triomphe de la doctrine couronne ainsi soû exposition. La ville reçoit dans son sein le diséoureur de la montagne.
Tout ce que l'on peut tirer de Ja poésie, de Part et de la philosophie, l'humanité l'a obtenu î il lui manque encore la beauté morale que le Christ va lui donneï.
Au tableau des catacombes, où les chrétiens prient dans Tombre, tandis qu'une pompe guerrière passe sur leurs têtes, se superpose comme un troisième lit géologique, une orgie Impériale où l'on voit Néron qui joue dô la lyre au milieu d'un monde de femmes échevelées, de courtisanes nues, d'enfants asiatiques couronnés de roses, de bateleurs et d'histrions se contournant en postures folles, d'esclaves versant le falerne dans des coupes d'onyx et portant des mets sur des plats d'or. La satumale de Néron est engagée dans les détours de la voie Appienne, bordée de débris de colonnes, de ruines qui s'écroulent ; le fond est rougi par l'incendie de Rome, les massacres et les supplices. Un peu
52 l'art modernx-
en arrière de la bacchanale se tiennent Sénèque et sa femme Pauline, Juvénal l'hyperbolique, Pétrone Tarbitre des élégances. Perse, Lucain, Tacite, Suétone, Plutarque, Pline et les lettrés chrétiens, qui, déjà, se mêlent à eux, les Polycarpe, les Irénée ne pouvant renoncer, malgré la ferveur de leur foi nouvelle, aux séductions de l'éloquence profane, chrétiens par l'idée, païens par la forme.
Un groupe composé des empereurs Trajan, Adrien, Titus, Sévère, Marc-Aurèle, accompagné d'Ëpictète, semble plein de tristesse à la vue de cette décadence de la grandeur romaine. D'autres, tels que Théodose, Valentinien, suivent le labarum de Constantin. Leur théorie se grossit en route de Tertullien, d'Origène, de Lactance, de Grégoire de Nazianze, de Basile, d'Ambroise, etc. ; auprès de Julien l'apostat, l'esprit ingénieux qui voulut faire une restauration archaïque et philosophique du paganisme, on remarque Symmaque, Ubanius, Celse, Arius, Jamblique. C'est là la dernière protestation du polythéisme, le suprême soupir du monde antique.
La frise circule maintenant sur la prise de Rome par Attila. C'est là que le peintre a p^acé l'invasion des races du Nord; elles s'avancent guidées par leurs dieux groupés dans un chariot de forme barbare que traîne la vache OËdumia. Aux mamelles de cette vache se penchent en rampant le géant Imer et le dragon que Surtur le Noir conduit. — Parmi le groupe divin, on distingue Odin appuyé sur son frêne, et Frippa qui tient une branche d'aulne ; Thor, armé de son marteau d'or; Niord, Balder, Tyr, Brayé, [duna, l'aveugle Holder, Vidar qui marche en l'air, Vali l'archer, Freya qui pleure des larmes d'or, Valla étincelante de bracelets, de colliers et de riches parures, et For
sete le conciliatear^ qui le premier se convertit au christianisme^ exemple rare d'un dieu en reconnaissant un autre de religion différente. Sur le bord de la route^ Loke^ à moitié englouti dans une caverne^ fait d'incroyables efforts pour en sortir^ aidé par sa louve ; Fenris et Tessaim ailé des Walkyries verse aux dieux et aux guerriers ITiydromel écumant dans des cornes d'aurocbs ou des crânes d'ennemis tués.
Le paysage qu'éclaire une vague aurore boréale frissonne sous des nuages de neige rougis par des taches de sang et des reflets de villages incendiés ; quelques rares sapins chargés de givre se dressent çà et là. Le misérable pont fait de poutres et de planches tremble sous le poids du chariot divin ; les cavaliers traversent le fleuve sur la glace et remontent péniblement sur l'autre rive ; quelques-uns même restent à demi enfoncés dans les glaçons qui se rompent. Ces divers accidents^ ingénieusement amenés^ rompent à propos la monotonie de cette composition forcément horizontale^ en varient les plans et permettent^ par des changements de niveau^ de faire pyramider les groupes.
Le chœur des migrations germaniques coule comme un torrent : Tordre processionnel est rompu. Des multitudes aux accoutrements étranges^ aux physionomies farouches^ se précipitent à pied^ à cheval ^ entassés sur des chariots de guerre traînés par de grands bœufs^ pèle-mèle avec leur butin fleurs femmes^ leurs enfants^ brandissant des armes inconnues^ et poussant de leurs vagues irrésistibles^ comme une marée montante humaine^ ceux qui croient les conduire. Dans cette mèlée^ nous retrouvons lâs dieux de notre vieille Gaule^ Tentâtes^ Nilhom Thercule^ Rade-
K4 l'art mcmoûn.
gast qai porte Taigle ; de sorte que oett» seconde antiquité lecomiB^ice comme la pfemièîe par une mythologie» La citilisation du Midi et celle du Nord ont ehaeoue un Olympe à un de leurs boute*
Les Alaric^ les Gensérlc et les toit LonlNffda se soumet'tent au christianisme^ qui leur est enseigné par les Aub* gastin^ les Pelage^ les Manès, n^lés aux pape» Léon et Grégoire. Bélisaire aveugle tend son casque sur k bord du chemin^ tandis que passent^ appuyés Tun sur Vaiitre> le Jttris<;onsult6 Tribonien et reunuqueNarsès^ vainqueur de Totila. Saint Benoit et ses moines mareheat vers le mont Cassin^ portant les manuscrits qu'ils nous ont conservés en les copiant dans la solitude laborieuse du doitre^
Ici la procession chrétienne s'eftu» d«rièse la cokmne engagée et abandonne le preanier plan pour quelques siècles : la civilisation est entre les mains maboraétanes. L'islam prévaut. Le Coran oppose ses mfOi mi versets de l^vangile ; le croissant lutte contre la croix et parèât Vem* porter.
A cet endroit la frise domine leè pànneaut donsaeré» à la cour d'Haroun-al-Raschid. Elle nous montre les Arabes dans leurs costumes efféminés et féroces > Tcsll ébloui de merveilles et Toreille tendue comme le sultan 9chariar aux contes des Mille et une Nitits, qu^ leur murmure dans la bttse chargée de parfums, une Scheherâïade fantastique, la fée du Ginnistân^ la péri des incantations orientales ; les califes Almanzor, Almamoum, Abulféda , historien et géographe lui-même, semblent, comme Haroun-al-Raschid, guider et protéger le chœur scientifique et poétique des Averroès, des Saadi et antres Arabes illustres. Us ont pour fond un dflicièux jstrtiin plein de roses
LB PANTHÉON* BS
et de fontaines d'albâtre^ autour duquel s'élèvent ieê colonnettes de marbre soutenant des arc» énié» en cfÈvtt. Les tours yermeilles de TAlhambrâ et le» murailles cré-» ngléeft de la mosquée de Oordone ferment lâ pefâpectire.
La dârayâne sarrasins est conduite par Mabotnet^ monté gar Alboraek^ la jument merrelliense qtii atait pour pledur des nmins de fonme. Selon los nsages mtt»tilman§^ qui pïoscfrivent la reproduction dé la faèe humaine^ ttne flamme tollé la fafie dn prophète. L'ange Gabriel le pré-* cède, Monkir et Nékir marchent à ses côté», et le pigeon rérélateur qni tenait lui raconter leis choses du ciel volète autour de son oreille.
Abulféda, Sâladln, Abdérlme, Abumaior, disparaissent devant Charles Martel, le vainqueur des Sarrasins de France, et Pelage, le vainqueur des Sarrasins d'Espagne. — Ces vicissitudes nous ont fait atteindre la grande statue, de Charlemagne, qui fait face, comme nous l'avons dit, à celle d'Alexandre. Aptes Charlemagne, la frise suit les bords dMn fleuve; les barques où ^ont assis les chefs occupent le devant; les soldats y potissent leurs chevaut et le passent à la nage.
La procession chrétienne, reléguée un instant au second plan, revient au premier, conduite par Pierre I^Hermite, qui la pousse aux croisades. On voit là le ban et rarrière-ban de l'Europe, princes, hauts-barons, chevaliers, hommes d'armes, troubadours, pèlerins connus et inconnus, Richard Cœur-de-Lîou, Godefroy, saint Louis, Baudoin, Renaud, Tancrède, tous les personnages de la Jérusalem délivrée. Le peintre n'a pas craint de mêler le Tasse aux troubadours, malgré ^anachronisme, ne voulant pas séparer le pcëte de son poème, lliistorien de ses héros.
Ensuite viennent Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin^ l'ange de TÉcole^ sa Somme sous le bras^ saint Bruno dans son suaire blanc^ saint Bernard^ le premier abbé de Glairvaux et le dernier des saints Pères^ Ab^Iard^ tenant dans ses mains le modèle de Tabbaye du Paraclet^ Héloise^ cette Sapho chrétienne^ Mathilde^ comtesse de Toscane^ et quelques autres figures qui nous amènent au-dessus des poètes d'Italie^ sur un horizon formé par la silhouette des belles villes d'Italie^ reconnaissables à leurs monuments caractéristiques.
Le défilé des corporations de métiers du moyen âge a déjà commencé : quelques Guelfes et quelques Gibelins qui s'égorgent au premier plan avec l'acharnement des guerres de parti ne troublent pas l'ordonnance générale par leur obstacle accidentel. La marche continue. Les humbles artisans^ aïeux inconnus des grands maîtres qui leur succéderont; et que nous voyons déjà paraître, suivent leurs bannières respectives, et portent des châsses de saints, des cassolettes, des ciboires, des tapisseries, des dyptiques et des tryptiques, merveilles où l'art s'allie au travail manuel. Déjà chaque métier est gros d'un art. L'orfèvrerie contient la sculpture, les tapisseries le dessin, l'enliuninage la peinture.
Léon X et les Médicis marchent devant eux. Après viennent Brunelleschi, Donatello, Ghiberti, l'auteur des portes du baptistère, que le grand Florentin jugeait dignes de servir de portes au paradis; Léonard de Vinci, Rapliaël, Michel-Ange, ces génies encyclopédiques ; Bramante, Palladio, Titien, Gorrége, Machiavel, Pic de la Mirandole, qui savait tout et quelque chose de plus, et avec eux l'illustre école des savants de Bologne. Au-dessus du tableau de
Christophe Colomb^ s'étagent Vasco de Gama^ Ainéric Vespuce, et les politiques Ximénès, Jules IT, Wolsey, Charles-Quint, Philippe II, Jean Hus, Jérôme de Prague, Savonarole. Toute cette foule illustre s'avance sans guide, et confusément, poussée par cette force qu'on appelle la Renaissance, nom énergique et significatif de Pépoque climatérique du genre humain.
Les héros des guerres de religion précèdent les hommes illustres du siècle de Louis XIV, Molière, Corneille, Racine, La Fontaine, qui nous amènent par les philosophes Descartes, Gassendi, Leibnitz, Bayle, Spinosa, Newton, à Locke et aux encyclopédistes contemporains de Voltaire, dont on voit le tableau au-dessous. Enfin, les savants Linnée, Lavoisier, Euler, nous conduisent jusqu'aux hommes de notre révolution, Mirabeau, Malesherbes, Robespierre avec son bouquet de fleurs, etc., et à ceux de Pempire, trop connus pour être désignés ici avec détail. Il nous suffira de citer Goethe, Schiller, Byron, Beethoven, Laplace, Cuvier, Monge, BerthoUet, Bichat,et quelques noms illustres ; la frise se termine par les philosophes et les utopistes modernes, Kant> Fichte, Hegel, Saint-Simon, Fourier.
Au second plan, un petit groupe placé dans le demijour nous a paru contenir le portrait de l'auteur et ceux de quelques amis artistes, poètes ou philosophes, qu'à cause de leur talent et de leur doctrine, il a jugés dignes d'être admis dans ce grand temple du panthéisme. Au delà les couleurs se confondent et s'assombrissent; on ne peut plus rien distinguer, la procession se perd sous la voûte obscure. C'est l'inconnu, c'est demain.
L'immense panathénée va de l'ombre du passé à
8è l'art moberwe.
Vombre del^avenir; elle commence et finit comme toute chose humaine, par un mystère. Elle a été lente dans la haute antiquité, libre en Grèce, égarée à Alexandrie^ majestueuse, pompeuse et dévergondée dans les trois âges de ftome, barbare et accidentée jusqu'aux temps modernes, où elle devient régulière et rapide.
Aux éléphants ont succédé les chevaux, aux galères les vaisseaux à vapeur, aux chariots et aux chars les locomotives. Le mouvement se poursuit avec un parallélisme parfait.
Il ne nous reste .plus qu*à parler du sujet placé dans rîmposte, et que nous avons renvoyé à la fin de notre description comme résumant ridée générale de ce gigantesque travail. Il est emprunté à la célèbre chanson de Béranger :
f^euples, formeE une sainte alHance, Elb ^fmi^Z'^m la oïdia.
Toutes Jes options du mond^ ingénieusement personnifiées y célèbrent Ta^ape de Ja fraternité universelle. Ce n'est plus au fond de^ catacombes que les hommes s'embrassent et s'appellent frères. C'est à la pure lumière du gpl^il, qvii s'en réjouit, que les peuples sans distinction de r40e, de pouleur ou de caste communient dans l'intelligence et J'amour.
LespeiniufiÊf qoe nous avûni décrites par tntieipatioa eûUTvent du haut jusqu'en ))afi Ie« parois latértlee du Panr Mon ; ia coapola, de (ïres, par sou élévatiau et TimpoMibilité d'en disaemer les figuras du point d'où r4ia doit la lùiv, s'ifiok en quelque sorte de la eompositiou générale de rédifiee ; par cette raison^ Chenavard Ta laiesée subsis* ter telle qu'Ole est } il loi «a ràt eo ùté d^ailleurs de porter la main eur cet ouvrage^ t)û le talent d'un grapd peintre a laissé de brillantes traces^ bien que Raphaël n'ait pas fût de difficulté de Jeter bas les fresques du Pinturiccio lorsqu'il fut ehargé de peindre les stances et les loges du Vatican. M«is l'immense pavé blanc et nu offrait un vaste diamp- à Tartiate^ qui l'a rempli par cinq grandes mo^ saîques eireulaires dispesées en forme de éroix. La plus grande, qui occupe le dessous de la coupole et le centre de l'édifice, n'a pas moins de soixante-dix pieds de diamètre : elle sera exécutée en mosaïque de couleurs; les quatre autres en mosaïque blanche et noire, à la manière de celles de Beccafiimi.
La mosaïque centrale est le résumé de la pensée de l'au-^
60 l'art irODER58.
teur. Les oampositions précédentes nous ont montré l'hnmanité dans son développement historique et theogonique. Celle-ci nous lafaityoir sons son côté métaphysique; c'est^ en quelque sorte, la théologie de l'auteur. Jusqu'à présent^ il n'a fait que retracer avec le crayon les phases diverses de la vie du grand être collectif. Il raconte^ il n'explique pas. Ici^ sous des symboles transparents et plastiques, il développe sa théorie philosophique.
Au sommet du cercle, sur un de ces fonds de splendeurs constellées d'étoiles comme Dante en fait rayonner dans les cercles les plus élevés de son paradis, flamboie une figure colossale pleine de douceur, de puissance, de majesté et d'inspiration. On la prendrait d'abord pour le Christ; mais c'est une puissance supérieure au Christ luimême qui ne fut qu'un de ses hérauts : le Verbe !
Le Verbe se mouvant dans la lumière^ c'est-à-dire, la Raison éclatante, rapide, irrésistible, voilà la divinité que Chenavard place au ciel supérieur; le Verbe, c'est le Dieu suprême qui domine de sa taille gigantesque les olympes inférieurs et subalternes, car les degrés de la hiérarchie céleste s'établissent d'après la portion plus ou moins grande que les dieux reflètent de la raison universelle.
La lumière est la forme du Verbe. Le premier mot prononcé sur le néant produisit le jour ! Cette parole : Que la lumière soit! fit éclater dans le vide des milliards d'étoiles et de soleil.
La puissante formule d'évocation vient d'être prononcée, les mondes tourbillonnent dans une lueur éblouissante. Les anges nés avec la lumière célèbrent à grand renfort de clairons la promulgation du Verbe, dont la personnification colossale se tient debout, les bras étendus
LE PANTHiON« 61
deyant un tronc autour duquel se groupent les quatre animaux mystiques. Les vieillards de l'Apocalypse symbolisant les puissances spirituelles et temporelles^ tendent au Verbe , en signe d'hommage, leurs encensoirs et leurs couronnes.
A droite^ les quatre anges des vertus cardinales, la Force, la Justice, la Tempérance et la Prudence, amènent au pied du Verbe les dieux de TOrient, qui s'agenouillent dans des attitudes humbles et soumises : le vieux Ghronos, Jupiter, plus loin Isis à la tête de vache, et tout au fond, au coin d'un nuage, la figure cachée par un pan de draperie, un être énigmatique qui représente les dieux inconnus. — L'ange de la Force, vêtu d'une armure d'or, est de la plus grande beauté.
A gauche, les trois vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité, conduisent les dieux du Nord, Odin ayant sur les épaules les corbeaux Hugin et Munnin, c'està-dire l'esprit et la mémoire, qui lui racontent tout ce qui se passe, et tenant en main un rameau du frêne Ygrasil, Tarbre merveilleux, et Thor, le fils d'Odin,qui s'agenouille près de son père dont il est séparé par le loup Freki.
Le peintre, par une idée ingénieuse et singulière, a donné à l'ange de l'Espérance la forme d'un squelette. Selon lui, la mort, c'est le désir d'une autre vie, d'une incarnation différente et supérieure; au moment de dépouiller son enveloppe, l'âme ne peut qu'espérer l'immortalité. Le squelette est donc l'emblème de l'espérance ardente.
Dans le coin se groupent des divinités vagues et nébuleuses. Tentâtes et Irmensul,que semblent baigner l'ombre froide des forêts druidiques.
Un banc de noages étroite forme la ligne de démarcation de cette partie céleste et génésiaqne du tableau qui occupe à peu près le tiers du cercle. On pourrait dire relativement qu'elle représente le passée comme la portion du milieu représente le présent et la portion inférieure Tavenir.
Sous les nuages s'étend une espèce de portique d'une architecture primitive et sévère, dont les colonnes encadrent des scènes d'un choix significatif.
Au milieu^ sous une triple arcade, s'élève ^ne idole d'une forme mystérieuse et singulière et d'une composition hybride qui fait penser aux divinités de Tlnde. Cependant ni la pagode pyramidale de Jaggçrnaut, ni le temple cryptique d'Éléphanta, n'ont vu sur leurs autels cçtte étrange et nouvelle création.
Au milieu, la vache brahmlnique vue de face et les gegoux placés sur son fanon rumine quelque pensée de cps« mogonie. A droite, le griflfon de Perse, la patte allongée^ l'aile frémissante, semble garder un trésor, tandis qu'à gauche le Sphinx de Chaldée se distrait de l'éternité par des rêves de granit.
Sur le dos de ces trois bêtes soudées ensemble ert posé^ la nef égyptienne, la Bari mystique qui transporte les âmes; la nef porte elle-même l'arche d'alliajice surmonté^ à son tour du ciboire avec l'hostie rayonnante.
Ce symbole exécuté en granit rouge se répétera au fond du temple et remplacera l'autel sous une rotonde de douz^ colonnes qui supporteront une frise à dou^e compartiments où les Olmypiens seront sculptés en bas-reliet
Par ce monument fait avec les symboles de tous le9 cultes fondus ensemble, Ghenavard a voulu marquer que
!«£ PANTHÉON» 6d
toutes les Feligiojos n'étaient que des formes diverses de la même idée^ et qae^ Tues d'une certaine hauteur^ ces formes devaient être indiffërentes : c'est le Verbe^ le grand Pan que l'humanité adore sous une multitude de pseudonymes : tous les noms de divinités sont les épitbètes de la litanie de ce Dieu unique^ général, éternel î le Verbe nageant dans la lumière^ c'ei t-àniire l'intelligence suprême et régulalrice dont chaque être animé contient une parcelle et que l'bomme seul porte avec conscience dans son cœur et dans sa tète.
Il a dono fait une idole^ c'est-à-dire une image plastique ^ue tout le monde peut adorer, car elle cotktleut le culte de chacun avec la généalogie de ce culte ; tel devait être le maitre^otel d'un temple panthéiste, car le panthéisme a pour mission d'absorber dans son vaste sein toutes les idées et toutes les formes; il n'exclut aucune religion, il se ks assimile toutes^*
Sous le portique de droite, on voit Zoroastre et Gjftis, Fo et Confucius, Toth, Hermès et Pythagore, Platon, Solon, Lycurgue, puis Orphée, Homère, Hésiode, Périclès, Phidias, Ésope et les Sibylles, tous ceux qui ont transmis le Verbe et prophétisé, c'est-à-dire formulé par anticipation le Verbe de l'avenir.
Sons le portique de gauche sont groupés Adam et Ëve^ que l'ange chasse de son épée flamboyaûte; Melchisédech qui, par l'oblatioû du pain et du vin, donna la figure symbolique de la cessation de^T sacrifices sanglants aux-» quels se substitue la Messe ', Abraham, près d'immoler son fils, image de l'ancienne loi; Noé ivre et maudissant Gbam, ÉUsée laissant son manieau. Moïse tenant les tables de la loi > Jo»ué^ David avec u hatpe, Samuel , Saiomon
tenant le modèle du Temple, et les prophètes qui font pendant aux Sibylles et rendent à la religion du Dieu solitaire les mêmes services que celles-ci au polythéisme.
Du pied de l'idole centrale part un perron à deux rampes aboutissant à un palier.
Par la rampe droite descendent Alexandre et Ptolémée remettant à César, placé plus bas, les clés d^Alexandrie.
Ensuite viennent, placés sur le palier dont nous avons parlé tout à l'heure, Auguste, Virgile, Horace, Tacite, regardant en sa qualité d'historien Marins et Sylla qui luttent sur un plan plus reculé et laissent loin derrière eux Annibal et Mithridate, ces deux grands ennemis du nom romain, que des sénateurs assis sur leurs chaises Gurules semblent dominer par leur impassibilité majestueuse.
Par la rampe gauche, reliant l'Ancien Testament au Nouveau, le verbe du passé au verbe de l'avenir, descendent la Sainte-Vierge portant l'enfant Jésus et saint Jean portant la croix et l'agneau.
Tout près de l'escalier, et pour continuer la filiation, saint Pierre en présence de saint Jacques, reconnaissable à son bâion de voyageur, remet les clés à saint Lin, le premier pape.
Un peu plus loin, saint Jean, tournant vers le ciel son œil d'aigle, écrit l'Apocalypse sur un long rouleau de parchemin, tandis que près de lui saint Etienne, donnant du pain et des vêtements à des enfants nus, institue la charité, ce sentiment inconnu au monde antique.
Le groupe chrétien est rattaché au groupe païen par le bourreau armé de la hache qu'envoient vers les hommes de la loi nouvelle Néron et Dioclétien, les grands persécuteurs .
. lE PANTHÉON. 65
Plus à gauche^ mais toujours sur le même plan^ à Texception de deux personnages qui ont descendu^ comme plus modernes^ une des marches du grand escalier sur les degrés duquel s'étage la composition^ on remarque saint Paul prêchant sinon de vive voix^ du moins par sa doctrine transmise^ les docteurs Jérôme^ Augustin^ Ambroise et saint Grégoire^ auteur du chant grégorien dont un oiseau semble lui souffler à l'oreille les mélodies célestes.
Par derrière vient la foule des martyrs sortant d'une arcade basse pratiquée sous ce que nous appellerons^ faute d'un meilleur terme^ la loge des prophètes: sainte Marguerite avec sa roue^ saint Laurent avec son gril^ saint Barthélémy portant sa peau sur son bras, etc.
De l'arcade ouverte sous les Sibylles sortent confusément les barbares Sarrasins : Mahomet, dont le pigeon révélateur becquette l'oreille, fait le pendant du pape Grégoire et de son oiseau. A côté du prophète, Amrou incendie la bibliothèque d'Alexandrie d'après les ordres du farouche Omar. Le Verbe chrétien serait en danger de périr si Pelage avec sa lance et Charles Martel avec son marteau n'arrêtaient, dès les premières marches, l'avalanche envahissante;
Mais si les Sarrasins brûlent les manuscrits et les livres à droite, consolez-vous, voici à gauche un groupe de moines Bénédictins et autres qui , accroupis sur les marches, transcrivent sur le parchemin les précieux restes de la pensée antique, et assurent ainsi la transmission du Verbe. Tandis que le monde barbare fourmille et s'agite autour d'eux, recueillis dans leurs cellules tranquilles et dans leurs cloîtres blancs , ils travaillent en silence , exécutent ces merveilles calligraphiques^ ces livres historiés
06 l'ait HQDBINE.
d'af abeiqUes fl^aries et de miniatofes d'iln goût ulir et chftTinant^ GOiueryent à la fois Tidée et la iotme, U p6éûe e( l'art.
A quelques pas de U^ Pierre l'Hennite ptMié la mAsadei Qodefroy de Bouilkm^ Richard Gœui^è-Lioil Téomtent et semblent crier i Dkit h voUL.^Dii Tattti^ cAlé^ Tempereur Frédéric Barbe^usse reçoit de Pétdmissi le Sobah'Natneb^ c'estnà-dire la poésie^ et d'Un aUtvs petsoiK nage une petite mosquée en reli^> d'èst'^Hlire Tarehitecture. Près de ee groupe se tient le aalifo Harmul-al^Baicbld^ qui personnifie la eitilisation orientale : Mifi que cee figure^ ne soient pas rigoureusement syncbironiques^ elles représentent la transmission de l'idée et ptutent se tr(mirer ensembld dans un milieu intelleetuiL
Secrèie proiridênee du Verbe ! TEUtope^ en êe ruant sur TAsie à la conquête du grand iépolere^ en rapporte la dyllisation ; âtt lieu d'Un tombeau tide> elle conquiert ridée vivante : les livres d'Aristote traduits par les Arabes^ l'algèbre^ ralchimie^ Tastrologie^ la cabale^ la médecine^ toutes les sciences à Fêtât de superstition et de grimoire^ rapportées en germe d'Orient^ simplantent sur nom sol ; la musique^ la poésie^ Tarchitecture^ Part tout idéal et ii compliqué de rarabesguei que iml peuple ne posséda comme les Sarrasius^ s'acclimatent dans ces tristes régloitt du nord^ en proie à la plus effroyable baâMirlé. L'ogive mehométane met ses courbes gracieuses au service de la cathédrale cbrétienne^ le trèfle arabe s^lnscrit dans nos fenêtres^ et Montereau^ l'architecte de saint Louis^ met des croissants sur tes minarets de la mosquée^ sur les aiguilles de la chapelle de Vincennes, voulions-nous dire.
Au milieu^ comme point central de la composition et dti
tmlés Sont ffaùpééiÊ plmiéûrs figures symbolisant les substitutions dû môfldemoâéiné siti itioâde ancien : Attik^ coiffé d'trn caêqiie Umtre et sâtttage, où palpitent des «lies de cofbeat, inibflqtié d'trne aîmute fétoce, renverse «tir les degrés Rcrmiilns, personnification de l'empire rofffifidn, et quê «a loure efNteiie en vain de défendre; le Barbare Mlance une masse d'armes toute hérissée de pointes, dont il ftappe sui^lâ tête de sa victime : ce geste justifie le snrnoffl de fléau de Dieu qu'il se donnait à luimême. Un pen pins bas Charlemagne est agenouillé dans les plis d'un manteau royal, tenant en main le globe du mondé surmonté de la croix. Le pape lui pose la couronne êixt la tête. Ss sont là tous deuï, seuls dans leur majesté profonde; et, pour nous servir des termes du monologue de Charles-Quint.
L'udttèfg éfilMil cotitoiËpld aveé terreur
Ces deux moiliét A4 Dieu, le pape et i'emperear
En arrière se tient Justinien, Fauteur du Code, dont Charlemagne, Tauteur des Capitulalres, semble hériter.
Derrière ces différents personnages se lèvent deux figures mystérieuses que Thistoire ignore, mais que la légende revendique ; l'un est l'enchanteur Merlin, l'autre la fée Mélusine, cette femme rare, «qai n'était serpent qu'à moitié, » comme Henri Heine Fa dit spirituellement quelque part.-Le peintre a voulu caractériser ainsi la croyance aux fées et à la sorcellerie, qui joue un si grand rôle dans tout le moyen âge, et désigner les épopées fabuleuses du cycle carlovingien, iliades chevaleresques ou len domse pairs font pâto les exploits d'Achille.
68 l'art moderns.
C'en est bien fini avec le vieux monde ; le christianisme s'est substitué au polythéisme^ la barbarie du Nord à la ciYilisation du Midi, l'empire d'Occident à l'empire d'Orient, La légende elle-même s'est renouvelée. Le merveilleui^ romantique a chassé le merveilleux classique. Les fées, . les gnomes, les sylphes, les goules, remplacent les magiciennes de la Thessalie, les génies, les larves et les lémures. L'idéal a pris d'autres formes: ce n'est pluo la Toison d'or que cherchent les ârventuriers , mais le Saint-Graal, c'est^^-dire le Vase où a été recueilli le prée cieux sang de Jésus-Christ, le jour de la passion.
Il ne reste plus rien de l'antiquité, pas même ce qui survit aux religions détruites, aux empioes renversés, une superstition et une fable !
Mélusine et Merlin, dans ce grand résumé des manifeatatioDS de l'intelligence humaine, devaient occuper unplace importante. Le verbe, lorsqu'il veut parler à des peuples enfants, doit emprunter la forme du conte et se vêtir, pour attirer l'attention paresseuse ou affaiblie, des splendides vêtements de la fiction.
Nous voici maintenant dans l'époque moderne. Le verbe continue à se transmettre en élargissant toujours ses ondulations infinies.
Sur une vaste terrasse, s'étale une composition qui rappelle l'école d'Athènes de Raphaël. Des poètes, des artistes, des savants, des politiques, des inventeurs, des philosophes, des législateurs, tous ceux enfin qui, au moyen de l'idée formulée en verbe, concourent au développement de l'unité humaine, rêvent, dessinent, travaillent, intriguent, cherchent, spéculent, écrivent, formant des groupes harmonieusement balancés, les uns debout, les autres assis^
ceux-ci inclinés vers leur œuvre, ceux-là relevant la tête pour écouter. Schwartz, dans son froc de moine, souffle son fourneau où le salpêtre, en éclatant, va faire découvrir ta poudre; Guttemherg, entouré de penseurs qui se penchent vers lui et suivent sérieusement son travail, invente l'imprimerie.
Christophe Colomb et Vaseo de Gama reçoivent la bon»soie , les Médicis causent avec les artistes , Raphaël tient son carton de dessins*, Brunelleschi se repose accoudé sur un chapiteau; Luther, Charles-Quint, Bossuet et Loyola, Louis XIV, Cromwell, Pierre le Grand, agitent ensemble quelque grande question politique; Voltaire rit et J.-J. Rousseau pleure; Mozart, Michel-Ange, Dante, Shakespeare rayonnent au milieu tle cette foule illustre, et se mêlent familièrement aux Descartes, aux Leibnitz, aux Newton, aux Spinosa, car Tart aime la pensée et gagne au commerce de la philosophie. Tout à fait sur le premier plan, Lavoisier, Washington, Cuvier, Wats symbolisent l'époque où nou^ vivons ; Wats et Washington, si modernes qu'ils appartiennent autant à l'avenir qu'au présent, n'ont qu'un pied posé sur le plateau actuel, l'autre pied est appuyé dans l'ombre sur un degré inférieur. Ils montrent ainsi que les conséquences de leurs idées n'ont pas encore acquis tous leurs développements. En effet, la démocratie américaine et la vapeur doivent changer la face du monde, et leur règne ne fait que commencer. Napoléon , que l'on aperçoit debout, la face tournée vjsrs le spectateur, vêtu du manteau impérial , couronné de laurier comme un César romain, est le dernier homme de l'ère antique, comme Washington est le premier homme de l'ère moderne; l'un enterre le vieux monde, l'autre inaugure le nouveau;
70 l'art modeene.
le Corse ferrae une civilisation, rAméricain en ouvre une autre.
Goethe, dans son second Faust, suppose que les choses qui se sont passées autrefois se passent encote dans quelque coin de Tunivers. Le fait est, selon lui, le point de départ d'une foule de cercles excentriques qui vont agrandissant leurs orbes dans l'éternité et ^infini : des qu'une action est tombée dans le temps, comme une pierre dans un lac sans bornes , l'ébranlement causé par elle ne s*éteinf jamais, et se propage en ondulations plus ou moins sensibles jusqu^aux limites des espaces. Ainsi, dans son étrange poëme, la guerre de Troie étend ses rayonneiîient» jusqu'à l'époque chevaleresque; la belle Hélène monte dans le donjon en poivrière du moyen âge. LiUcéuS/ lé gardien antique, veille du haut de la tourelle, et les jeune» Troyens se penchent aux créneaux d'une muraille â moucharabys. Euphorion, Fenfant mystérieux de la Tyudaride et de Faust, sautille entre le ciel et la terre, dans la prairie émaillée de pervenches.
Ce que fait le passé, le présent ne peut-il le produire, lui aussi, et prolonger ses vibrations dans les siècles qui ne sont pas encore? les choses actuelles sont peut-être douées de la propriété d'émettre des spectres et de les envoyer vers Tinconnu; le présent est la matrice ou le passé procrée l'avenir , et il doit exciter dans les régions impalpables, sous Tobscurité des futuritions, une ébauche invisible de ce qui sera; les éléments de Tavenir, les conabinalsons du hasard, les accidents de l'histoire, sont déjà en préparation sur un fourneau mystérieux, dans les profondeurs impénétrables de VHadès ; la lueur du jour qui nous éclaire jette son reflet sur les temps qui vont se lever.
Pmodré l^af emr était , certes ^ upa tâ^biê liavdie. Ndtre drtûite n^a pa« reculé davftut elle. ▲ partir de Washington dsbout sur U dtmiiècB maneba du puésent^ un escalier Utillé irrégalièBemaiit dans le roc par assises grossières deseend dans ]bê entnailles de la terre entr'oiiTerte en caverne. Sur laa premières marofaes est accroupi ua être de forme homaine eneare^ maie d'uD^ laideur vuljgaire^ i la pliyaionoinie basse , ki uez éi^asé sur sa face plate par le poing de 1^. trivialUi^. Le ea£het divin a dieparu de son troat rétréci^ qu'il ne pense guiàre à lever vers le ciel. Gomma ces éteraelf avares de Quintin Uetzfs, il mania et coi^pte de V&p et des billets de banque , ascoudé à un ballot de eeten> Autour d^ lui^ comme un vil détriliis, giaent brisés les nobles symboles des arts : la poésie est morte ^ l'industrie sàgne seule; les instincts «ipérieuri s'éteîgiient» TAme «'évapore^ la beauté diapareilt^ les besoins seuls iiarient.
Plue bas^ des ètresqui n^ont presqpe plus rien d'humain^ se battent et s'étranglent en se 4iQ>utant une abjecte nouiv riluse : tes ^ofils m dégradent^ Us formes bestiales font dévier les contours, la brute reprend l'homme: les types monsbrueux de l'Inde et d^ l'Egypte repaHÔBsèat, nû^s teur grandeur et leur j«nneese; ce ne août plus les Bsajg^ vationa d'une nature dâiordaixt de séve^ mais tes pullulattouf malfiiâi^g d'un mpude en déçompoeition, mais V&u ûom^ la gibbosité, l'atn^pliie, lee bras qui se déj^ttent, tes geoàiis: qui devinment cagneux, des tortillemente de ma&«> dragore, des niMlosités de vipères ; l'animalité a reiffis teut i fait le detaita. Au fond, des bètes ausei dégradées que le$ kûmmes rongent parmi des ruines et des broussailles des restes à$ aiai^aiies et dei os déjà dépouillés.
79 t'ART MODSftNS.
Sur le preraiep plan, à droite, les Mères horriblemeût vieilles dorment ou expirent adossées à des tombeaux pleins de morts : leur aspect est navrant. Elles ne sont plus que Tombre d'elles-mêmes. Elles sont devenues stériles, leur sein est desséché, et c'est en vain que les nouveau-nés pressent leur mamelle tarie. Le monde va finir. Les Parques, assises dans des attitudes de découragement, laissent tomber leur quenouille sans étoupe et leurs ciseaux inutiles; plus d'existence à prolonger, plus de fil à couper. Leur rôle est fini| et, comme tous les êtres dont la tâche est accomplie, elles meurent. Qui ramènera de son pouce sur vos yeux creux vos paupières ridées, sempiternelles filandières? Il n'y a plus personne de vivant, et les petits génies de la terre jettent les cadavres des derniers hommes dans le feu éternel et central.
Le feu qui flamboie au bas de la composition correspond à la lumière qui rayonne à la partie supérieure. La lumière a tout développé, le feu régénérera tout : la clarté et la chaleur ne sont-elles pas la source de la vie intellectuelle et physique? La mort n'est-elle pas l'obscurité et le froid?
De ce feu s'élance, les ailes déployées, le Phénix antique, symbole de la renaissance immortelle. Gomme l'oiseau merveilleux, fils de ses propres cendres, l'Humanité, consumée sur le bûcher régénérateur, jaillira plus jeune, plus brillante que jamais de la flamme purificatrice, et reprendra ses évolutions. D'autres dieux, d'autres héros, d'autres poètes formuleront encore ses pensées et ses rêves, et, dans quelques milliers d'années, des peintres inconnus, plus grands qu'Apelles et Michel-Ange, décoreront pour elle des Panthéons d'une architecture que nul ne peut prévoir.
L'immense composition dont nous avons tâché de donner nne idée fait, en quelque sorte, le chaton d'une grande croix de mosaïque couchée sur le pavé du temple; comme il convient à un chaton qui doit briller de plus d'éclat que le bijou où il est enchâssé, la mosaïque centrale sera en pierres de couleur, les quatre autres n'auront que deux teintes seulement, le blanc et le noir.
L'auteur, (quitte envers le monde historique et réel, a voulu représenter les phases diverses de la vie extra-mondaine. Suivant les hypothèses religieuses antiques et modernes, tout n'est pas dit pour l'homme lorsqu'il a rendu à la terre les éléments dont il est formé ; des séjours de rémunérations et de peines lui sont assignés après sa mort.
Les quatres cercles renferment l'Enfer, le Purgatoire, rÉlysée et le Paradis. L'artiste a dû négliger les enfers et les paradis particuliers, tels que le Walhallah, le Paradis indou et celui de Mahomet. Il fait une œuvre de synthèse et non une œuvre chronologique : le monde invisible se partage pour lui en deux grandes divisions : le monde païen et le monde chrétien.
L'Enfer occupe le cercle placé dans le bras gauche delà croix à partir de la porte d'entrée, le côté sinistre. Cet enfer est aussi païen que celui du Dante, le grand poète catholique. Les imaginations grotesques du moyen âge auraient dérangé la gravité de l'ensemble, et l'antiquité seule a connu le secret de la beauté dans le terrible. D'ailleurs, la part est égale entre les deux religions. Le polythéisme a l'enfer et l'élyséej le christianisme le purgatoire et le paradis , peut-être même le purgatoire d'où les prières des fidèles peuvent tirer les âmes, est-il un enfer suffisant pour la religion de mansuétude et de pardon où Id^ Providanoe a xmiphfiéi l|t fatalité- C'est oettQ idée qui a saas doute influencé l'artiste.
Gettô eompositian fourmiUftiitQ et serrée, où d'iOAom^ brables groupes sq mêlant et se balancent pang sie confoxi* 4re, est m^ d^s plug d^çuiaiiquasi at des pli^ ^aisissmteft Qpnceptîons âo peintre. U a déployé 14 cette prodigieuse science du corps humaiii^ eette invention d'attitudes vio* lentes et de raoeoureis strapasaés que nul n'a possédée aii même degré depuis Micliel^Ange, dont le nom vient foi> cément à l'esprit et aux lèvres quand on regarde oe oolosiaal fouillis de supplices d'une variété et d'un raffinement à surprendre une imagination de bourreau.
Le centre de la composition est occupé par un grand rocher creusé en grotte, où siège le trâbunal de Tenfer 1 la morne triade souterraine d'Éaque, de Minos et de Rhada* manthe, les juges sans appel, dont Alighieri fait des espèces de dieux demi-démons, indiquent le cercle où doit être précipité le coupable, en tournant un certain nombre de fois leur queue autour de leur corps.
Les criminels sont poussés au tribunal par des diablei
tE PANTHiOK. 7S
moitié hommes ; moitié monstre?^ sortes d'œgipàns et de satyres toumég au terrible; ils les pressent, les harcèlent^ les font avancer et dirigent vers l'œil flamboyant et perspicace du juge leurs visages qu'ils tâchent en vain de dérober à la lumière. Cette angoisse du crime qui voudrait^ devant la justice^ se cacher sous les montagnes et dans les entrailles de la terre, est admirablement rendue.
En bas, sur Teau fuligineuse et noire d'un de ces fleuves infernaux qui ne s'éclairent qu'à la flamme da bitume, Achéron, Styx ou Phlégéton, rampe cette barque aux coutures mal étoupées, barque des ombres', qui coulerait sous le poids d'un corps vivant. La nervure de la proue et les trous des avirons simulant le nez et les yeux font à cet eequif funèbre une espèce de masque horrible, de visage manqué et sipistre« Les âmes récemment arrivées traver-> sent ce fétide marais d'où sortent des plantes de pieds qui fument, où sont plongés jusqu'au menton des rois dont la couronne retournée déchire le front avec ses pointes.
Les Danaïdes toutes nues avec leur beauté désolée et triste atténuent un peu cette sombre horreur; fleurs de cette fournaise, grâces de cet enfer, elles plongent du haut de la rive leurs urnes dans cette eau épaisse avec des mouvements d'un charme sévère qui rappellent les élégances florentines, puis elles les renversent dans leur tonneau percé. En les regardant, nous ne pouvions nous empêcher de songer au joumal, cuve efibndrée, où nous autres, qui n'avons tué personne la nuit de nos noces, nous jetons sans le pouvoir remplir, peine stérile, travail toujours au même point, d'innombrables urnes de prose qui s'écoulent aussitôt par les mille fentes de la publicité.
Plus loin, Sysîphe, le symbole de l'eflfort perdu, haie-
76 l'art MODEHînC.
tant^ crispé^ ruisselant de suenr^ remonte snr la colline abrupte le rocher de ses ambitions, qu'un démon railleur fait immédiatement rouler en bas de la pente.
De l'autre côté, un démon tourne sur une roue aux dents d'acier une femme dépouillée de ses vêtements, et dont le corps va être lacéré avec la plus ingénieuse barbarie, le sol étant armé de pointes aiguës qui ne laissent que peu dVspace entre elles et la roue.
Ailleurs, c'est la procession des moines couYerts de leurs accablantes chapes de plomb, qui continue sa route perpétuelle sur un chemin pavé de corps souffrants.
Sur un plan plus avancé, un hérésiarque enfonce dans la glace jusqu'aux genoux, le crâne fendu , soutient d'une main ses entrailles qui coulent par son ventre ouvert. Ugolin, dans sa vengeance anthropophage, dévore son ennemi l'évèque Roger, et Bertrand de Borne, le mauvais conseiller du roi Jean, porte à la main sa tète en guise de lanterne. Dante accomplissant sous la tutelle de Virgile son infernal pèlerinage, retrouverait là tous les supplices qu'il a si complaisamment déiprits dans ses iniiexibles tercets.
Aux régions supérieures, emportée par le tourbillon éternel, tournoie comme un long vol de grues, et traînant sa plainte, la file des amoureux coupables, parmi lesquels se détache le groupe charmant de Paolo et de Francesca de Rimini « qui ne lurent pas plus avant ce jour-là. » Cette partie de la composition est d'une légèreté, d'un mouvement et d'une poésie admiraWes. C'est là que l'artiste a déployé toutes les ressources de grand, dessinateur et s'est donné cette tâche de mettre le corps humain dans toutes les positions impossibles, que s'est
imposée pendant sa vie centenaire le bizarre génie du peintre de la Sixtine.
Le Pui^atoire est enfermé dans un cercle de mosaïque qui forme la base de la croix et qu'on rencontre le premier en ven^iit de la porte.
Sur le devant sont étendus à terre , dans des attitudes allanguies et soinnolentes ^ les paresseux et les incertains^ sous la garde d'un grand ange assis qui tient un glaive sur son épaule^ Tair menaçant^ mais sérieux et triste comme Fange de la Mélancolie d'Albert Durer.
Ils ne souffrent aucune des tortures atroces de l'enferî leur peine est toute morale. Ils attendent Theure de la délivrance^ mais VaiguiUe ne semble plus marcher pour eux sur le cadran de Féternité ; chaque minute est un siècle ; ils espèrent et désespèrent^ comme ces prisonniers des mines de Sibérie qui ne savent pas à combien de temps ils sont condamnés et ne peuvent Compter les jours dans ces lieux où le soleil ne luit jamais ; cette expiation leur est infligée pour n'avoir été ni bons ni mauvais': ils ont eu Pintention et non Faction; ils faut qu'ils réchauffent leur froide nature au feu du désir ; cette expiation passionnée est la coupelle qui les raffine pour le Paradis.
Au second plan le musicien Casella , entouré d'une foule attentive^ joue de la viole d'amour; son auditoire se compose d'âmes tendres et faibles que l'art^ la galanterie^ la parure^ les vanités mondaines ont séduites pendant leur vie , mais sur qui la haine n'a pas eu de prise : c'est pourquoi cette consolation d'entendre la musique ne leur a pas été refusée en attendant Feutrée dans la béatitude éternelle. Amicalement groupées^ elles écoutent Casella avec un attendrissement douloureux et un plaisir pénible^
78 l'art MOBBllNE.
car la douceur de ces sons les fait songet aux concerts célestes dont ils seront privés longtemps encore.
Plus loin y des figures errant sous des arbres tendent leurs bras vers les fruits qu'elles ne peuvent atteindre et qui pendent sur leurs tètes. La main les ei&eure^ mais sans les jamais détacher du rameau que le jour où la peine est finie.
D'autres coupables^ plus chargés de péchés > descendent râpre flanc de la colline ^ courbés sous une énorme pierre qui les ploie en deut et leur met presque les genoux au menton, tandis que les âmes épurées déjà montent vers la montagne de lumière par l'étroit sentier creusé dans le roc.
A droite , sur le lac étineelant qui baigne le pied de la montagne, s'avance une barque pilotée pal? un ange, dont les longues ailes déployées servent de voiles au soufile de Dieu qui la pousse ; elle vient chercher les âmes dont le temps est achevé et qui vont jouir enfin de la vue du triangle rayonnant.
Dans la partie supérieure voltigent, sous la conduite d'un roi et d'un guerrier, les essaims limbiques de ces petits enfants, morts sans baptême , qui n'ont reçu la vie que pour la perdre, âmes à peine éveillées , souflOies innocents exhalés aussitôt, et dont nulle souillure n'altère la pureté, si ce n'est la tache originelle, que lavera un court bain de quelques siècles dans la piscine des expiations.
Celte composition forme un contraste bien senti avec celle de l'enfer. Dans l'enfer, ce ne sont que supplices hideux, contorsions violentes, soufirances inouïes, mais principalement physiques î la punition est matérielle, brutale et barbare comme le crime ; le bourreau est aussi
LE tAWTïtÉON. Y9
cruel que le coupable, et Tatrocité du fchàtiment fait presque douter de sa légitimité. C'est le vieil enfer aussi monstrueux que la vieille justice, aveé ses roues, ses chevalets, ses tenailles et ses brodequins. Mais le progrès continue dans Textra-monde comme dans celui-ci , Tenfer 80 civilise et devient le purgatoire , enfer temporaire où l'on n'anéantit pas le coupable, où Seulement on le purifie par des peines morales , pour le rendre digne de la société des bienbeureuï. La mélancolie anxieuse, le d^sir souffrant, Tattêûte morne du purgatoire, ont été aussi bien rendus par le peintre ^e les coiiVûlsioûs> les tortures et les épouvantéments de l'enfer.-
A la pointé de la tvoix se tronvé le diS(|ue qui renferme l'Elysée, idéal de la rémunération antique.
A la gauche du spectateur s'élève un petit monument de forme circulaire } ses colonnes sont festonnées de guirlandes de fleurs par de petits amours qui les soutiennent et s'y suspendent} quelques-uns d'eux jouent de la lyre.
A travers les entre-colonnements, on aperçoit, dans la lumière et dans la Splendeur, un joyeux banquet philosophique. De gais convives > composés de tout ce que l'an^ tiqulté a de plus illustre et présidés par Épicure , reçoivent et fêtent de leur mieux les nouveau-venus qui s'ont -Rabelais, Montaigne et La Fontaine. Épioure donne l'accolade à Rabelais. Anacréoû et Horace > un peu ivres de cette aimable ivresse qui surexcite la i*alsOn et développe les facultés poétiques, font un accueil fraternel au bonhomme La Fontaine; Môtitaigne retrouve son cher La Boëtle; Plutarque> Plalon, Aristote, amicalement groupés, sourient à ces nobles lUtelligeuCes qu'ils attendent depuis longtemps.
80 l'art modernk.
Près de la rotonde du banquet , des enfants de dix ou douze ans dansent au son d'une musique exécutée par de belles jeunes femmes à qui Mozart et Haydn retournent les feuillets.
Le premier plan est occupé par une magnifique, fontaine qui est celle de Jouvence. Là se baignent les vieillards qui veulent redevenir enfants. Les différentes phases de la métamorphose sont rendues de la façon la plus pittoresque : on voit la jeunesse envahir ces membres flétris et les roses du printemps refleurir sur ces joues parcheminées; le crâne chauve sent germer tout i coup de soyeuses boucles b^nes ou blondes : entré septuagénaire dans Tonde régénératrice ^ Ton ressort adolescent ou bambin. Voyez donc ces petits bambins^ gérontes tout à Theure, pour sortir du bassin^ s'accrocher aux rebords du marbre^ trop haut pour eux^ et rejoindre leurs camarades qui jouent sur la rive à la manière antique^ soit aux osselets^ soit aux tessères , soit au disque ) ou qui s'occupent à remplir des corbeilles de fleurs qu'ils chargent sur leur tète.
Au fond se promènent des amis ou des groupes plus ten* dres^ qui se perdent et disparaissent dans les allées ombreuses des bosquets élyséens; d'autres s'abandoiment à quelque rêve contemplatif^ ou dorment tranquilles sur un gazon étoile de fleurs.
Dans le ceintre supérieur roule le char de Bacchus , traîné par des centaures^ et guidé par Clastor et PoUux , les héros de l'amitié. Le dieu^ entouré de sa joyeuse suite ^ est à moitié couché sur le sein d'Ariane endormie.
Le peintre a fait ainsi de Bacchus^ malgré la colère de Platon^ qui refuse au dieu du vin cette pacifique souveraineté^ la divinité tutélaire de cet heureux et tiauquillc em-
pire oCl ne sont guère placés que ceux qui n'éprouvent pas encore ou n'éprouvent plus les passions violentes , c'est-àdire les enfants et les vieillards. Là régnent les plaisirs tempérés^ la causerie intime et philosophique^ la vue des beaux ombrages, la gaieté du banquet, l'ivresse intelligente et la sensualité délicate , toutes les jouissances qui pivotent sur la cardinale d'amitié. Bacchus, il est vrai, a bien sa femme avec lui, mais elle dort, emblème ingénieux qui montre que la femme est d'un emploi hasardeux dans les harmonies amicales.
Le Paradis est placé dans le bras droit de la croix. Les portes de la cité céleste, bâtie au-dessus des nuages, sont ouvertes par saint Pierre et saint Jean; la Vierge, revêtue du soleil, entourée de sept séraphins qui chantent en s'accompagnant de leurs harpes d'or, s'avance pour recevoir la foule des dirétiens purs et fervents qui s'élèvent sans aucun secours d'ailes ou de nuées, depuis le bas de la composition, entrsdnés dans ce mouvement ascensionnel par l'intensité du désir.
Parmi les groupes , on reconnaît aisément Dante , notre grand ami, guidé par Béatrix. Il détourne la tète, car ses yeux voilés encore des ombres humaines ne peuvent supporter l'éblouissement de la lumière divine.
Raphaël et f ra Angelico de Fiesole se tiennent aux pieds de la Vierge dans une attitude d'admiration amoureuse. Eux qui l'ont tant adorée sur terre, n'ont-ils pas droit de s'agenouiller au ciel, plus près que personne de leur dame et souveraine? •
Le bas du tableau est rempli par une résurrection. Des anges chargés de réveiller les dormeurs de la vallée de Josaphat volent près de terre et rasent le sol comme des
M l'AAT MOBIRn.
hirondelles^ aTeo une grftce aérienne ex(iui8e. La plupart
des morts y au sortir de leurs tombeaux^ sont couronnés par les mains célestes. Le peintre^ comme vous pensez bien , n'a pas oublié le vieux Florentin , objet de son admiration particulière. Anticipant sur la décision de Dieu^ il lui fait poser sur le fronts par trois grands anges, la couronne de son triple génie, sans attendre qu'il soit tout à fait débarrassé des plis de son linceul.
Plus au fond, à gauche, passe un <^har traîné par des colombes; c'est celui de TAmonr qui s'unit à Psyché par un baisé éternel. Autour des immortels amants, de petits archers lancent des flèches à travers un nuage mystérieux qui, en s'entr'ouvrant par intervalles, laisse apercevoir des groupes amoureux moins éthérés que ceux admis au paradis de la Vierge. Des amours ailés entraînent et poussent même sous le nuage un couple plus passionné que les autres; le mystère s'étend sur leur extase.
Ainsi le peintre qui nous a fait entrer avec lui dans TEnfer, le Purgatoire et les ChampîJ-Élysées, n'a pu ici nous mener plus loin. Les images manquent pour peindre le bonheur; l'imagination, hélas 1 se refuse aux chimères heureuses : l'on trouve cent supplices pour un plaisir.
L'amour immatériel, l'amour pur, accord parfait de Pâme, sont les plus hautes jouissances qu'on puisse rêver ici-bas : la Vierge au seuil du paradis est le type de l'amour mystique, de l'aspiration idéale; Gupidon s'unis* saut à Psyché représente la seconde espèce d'amour, qui , moins subtil , n'en est pas moins noble et divin. .
Dans la pensée de l'artiste, l'Enfer c'est l'envie, le Purgatoire le doute, l'Elysée l'intelligence, le Paradis l'amour. ■^ Chacun, après sa mort, a ce qu'il cherche dans sa vie :
la peine et la rémunération ne sont que le rêve de chacun accompli. L'envieux a les supplices, Tindififérent les lim., bes, le philosophe le banquet de Platon, Pamoureux Tobjet de son désir , Marie ou Psyché, Tâme seule ou Tâme avec le corps, suivant son vœu. L'homme se juge luimême et le tribunal suprême n'est qu'un symbole. — Mortels , ne vous tourmeni,ez pas quand vous sortirez de la vie. Vous portez en vous-mêmes votre enfer et votre paradis; vous aurez tout ce que vous aurez voulu.
L^éndnciation très-succinte du projet de décoration imaginé pour le Panthéon^ et déjà réalisé par Ghenavard^ ne nous a pas demandé moins de six articles y et Ton trouvera sans doute que nous avons été bref ^ en songeant que notre travail; outre l'histoire universelle depuis Adam jusqu'à nos jours ^ contient les cosmogonies et les théogonies de tous les peuples ^ plus une immense galerie de portraits idéalisés, où aucune individualité caractéristique n'est oubliée^ enfin ce monde-ci et l'autre^ puisque l'artiste a complété sa gr^de épopée de l'àme humaine y en la suivant hors de la vie sensible dans les séjours de rémunérations et de peines que lui assignent les diverses religions.
Nul édifice antique ou moderne n'a vu se déployer sur ses murailles unplusvaste poème pittoresque. Cent soixante tableaux de dix-huit pieds de haut sur onze de large^ une frise de huit cents pieds de long y quatre piliers gigantesques revêtus de peintures, caissons et pendentifs, cinq mosaïques de soixante-dix pieds de diamètre, où s'agitept des compositions toufiues et fourmillantes, forment un total formidable de personnages; on ferait une armée en
us PANTHÉON. 85
animant cette foule plus nombreuse encore que les légions de figures peintes en style néo-byzantin du mont Athos^ dans cette église greccpie de Salamine ^ qui étonne si fort les voyageurs.
C'est la première fois qu'a lieu une tentatiTe de ce genre pratiquée sur une si grande échelle : jusqu'à présent les ressources de la peinture appliquées à la décoration des temples ou des palais n'ayaient guère rendu que les symboles des religions fausses ou vraies^ les hauts faits plus ou moins authentiques des dynasties légitimes ou usurpatrices. Tous les dieux et tous les rois avaient trouvé dans les arts des interprètes soumis et des adulateurs pleins de souplesse : le saint le plus obscur a eu ses chapelles décorées de chefs-d'œuvre. Le moindre quart de dieu antique a eu des milliers de statues en marbre; les rois les moins glorieux ont fait peindre vingt fois leur légende chimérique^ et jamais cette idée si simple et si grande de rendre justice au génie humain par une glorification synthétique de ses phénomènes et de ses évolutions n'était venue à personne.
Cependant; cette intelligence qui^ dès les premiers jours du monde ; renonce aux délices de TÉden pour avoir la connaissance du bien et du mal^ et s'élance du paradis à la recherche d'un idéal supérieur , préférant la lutte et l'exercice de son libre arbitre au bonheur sous conditions; cette âme universelle ^ à qui les générations y en se succédant sans s'interrompre ; prêtent leurs corps collectifs ^ et dont les facultés éclatent par tant de manifestations, splendides; valent bien qu'on les célèbre dans une apothéose colossale, suprême effort de l'art.
L'artiste qui a conçu cette pensée a mis dans Taccom-
86 l^AM MODfeRtà.
ï)lisseméttt de sa tâche la plus haute impattialîté philosophique et le plus religieux respect des traditions. 11 a tout TU eu grand et s'est placé en dehors du temps et de Pespace. A voir ces peintures, vous ne devineriez ni sa religion, flî sa patrie, ni môme son époque, si quelques figures, pour aiûsi dite contemporaines, ne vous en donnaient la date * Bacchus et Jésus-Christ , César et Napoléon , Sophocle et Racine , Athènes et Rome , le vieux monde et le nouveau, les dieux, les héros, les civilisations sont à leur^ rang; l'Orient même y trouverait le calife Hakem, le dernier homme qui se soit proclamé Dieu et qu'on ait cru. Aucune étroite préférence de clocher : ITiumanité n'a qu*une patrie qui est la terre. Les petites raies bleues et rouges qui délimitent les royaumes doivent disparaître , et d'ailleurs on ne les retrouve pas sur le monde réel.
Il est temps que les pays ne se prennent plus pour leurs propres fétiches. Une nation civilisée devrait avoir honte de se regarder perpétuellement le nombril comme ces fakiïs de l'Inde abîmés dans la contemplation de leur moi. La France a eu longtemps ce travers de s'encenser ellemême et de chanter dévotement sa propre litanie. Les grands hommes appartiennent à tous les pays. Shakespeare n'est pas plus Anglais que Molière n'est Français : ils sont humains. Leur patrie physique ne peut les revendiquer exclusivement. Un héros , un poëte , sont les résultats de toutes les civilisations et les produits de rintelligence universelle. Virgile, quoique mort depuis deux mille ans, est jioire contemporain, notre arai, notre frère; sa pensée haute la nôtre. Nous connaissons Raphaël comme s'il vivait. Les siècles et les patries n'existent pas : ce qui est
tÊ VAiinÊùtf. 87
Vji^itnent intellig^H traiment grande viittiment beau^ est étemel et général.
La terre n'est pas déjà si Taste et le temps si considéra^ Me pour découper Ptltie en petites parcelles et Fautre en périodes mesurées : pour satisfaire notre soif, qu'est-ce quMne coupe de six mille ans remplie par le vin d'un millier de petlples,la pensée d^une vingtaine de poôtes et les rêves théogoniqucs de sept ou huit révélateurs ? Plus de Walhallah, plus de musée de Versailles! Que les héros prennent leur place dans le chœur général de Thumanité et se classent par la pôrportion î tant pis pour ceux qui ne peuvent supporter le voisinage ! Ceux qui n'étaient grands qu'à leur époque et dans leur endroit sont petits. César est à Paris, et en dix-huit cent quarante-huit, aussi intéressant que le jour où il a passé le Rubicon. Sa taille n'est pas diminuée d'une ligne et sa gloire n'a cas un rayon de moins malgré le lever de Tdstre napoléonieû.
La France n'a pas fourni toutes les figures de la composition de Chenavard, mais elle tient magnifiquement son rang dans cette immense assemblée de toutes les civilisations et de toutes les gloires : les Chinois seuls peuvent croire qu'ils occupent le centre de l'univers et que, hors l'Empire du Milieu, tout n'est que stupidité et barbarie.
L'impartialité que l'artiste a montrée pour les nations et pour les hommes, il l'a montrée pour les religions qui ne sont , â vrai dire, sous la variété de leurs symbolismes, que Fexpression de la même pensée. Toute religion se réduit philosophiquement à trois points : une théurgie, une cosmogonie, une morale, c'est-à-dire l'explication de l'ôlrc ou des êtres divins, de la création des choses et de la conscience. Au point de vue abstrait, les noms des huit ou
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dix mille dieux qui ont régné ou rident encore sur la terre ne sont que les épithètes de la litanie de l'Absolu. Jého^ah^ Braluna^ Jupiter^ Âllah^ qu'importe le nom^ c'est toujours Tinfini^ l'éternel^ Tincompréhensible^ le jour sans ombre^ la sagesse sans erreur^ le torrent de yie, le fluide imparticulaire qui traverse les univers compactes^ qui se meut dans nous et dans lequel nous nous mouvons^ le suprême amour^ la suprême intelligence et la suprême justice!
L'artiste philosophe ne s'est donc prononcé pour aucun système religieux^ il les a tous admis comme l'expression du même désir^ assignant à chacun une place plus ou moins large^ selon qu'ils ont plus ou moins contribué au bonheur et aux progrès de l'humanité. Comme le Panthéon de Rome^ le Panthéon de Chenavard reçoit tous les dieux ; ils sont là^ chacun avec ses attributs^ guidant le peuple et la civilisation qui les adorait^ tous pieusement rendus^ et revêtus de leurs plus belles formes par le pinceau consciencieux de l'artiste.
Les hommes de toutes les nations et de tous les temps peuvent entrer dans ce temple et y trouver les objets de leurs vénérations. Le Ghaldéen y verra ses étoiles^ ^'Égyptienson Osiris^ son Isis et son Typhon; l'indien^ Brahma et tous ses avatars; l'Hébreu^ Jéhovah; le Perse^ Ormudz et Ahrimane; le Grec et le Romain, leur Olympe au grand complet; le chrétien, son Christ glorifié dix-hmt fois; le barbare du Nor4^ ses dieux frissonnants sous la neige des pôles; le Musulman, ennemi des images, son prophète, la face voilée par une flamme; le Druse, son kalife Hakem avec ses prunelles d'azur et son masque de lion. Chacun pourra faire sa prière dans cette église universelle, vraie
mélropole du genre humain^ aussi bien faite pour Homère que pour Dante, pour Alexandre que pour Gharlemagne, pour Phidias que pour Raphaël^ pour Triptolème que pour Watt, pour ArJstote que pour Lavoisier, où l'hiérophante, le mage, le pontife, le prêtre, Timan se réunissent dans un hymne commun, immense acclamation du fini deyant Pinfini!
Ce sera le temple de la Raison, non pas comme Tentendaient les révolutionnaires voltairiens, c'est-à-dire la Raison négative et stérile, mais bien le temple de la Raison affirmative et féconde : certes, l'heure est bien choisie pour élever un pareil monument. L'humanité se résume au moment de s'élancer vers le nouvel avenir que lui ouvrent les inventions modernes. Le monde de l'imprimerie, de la poudre à canon, de la vapeur et de l'électricité n'est pas réalisé encore, et la face des civilisations va être renouvelée.
Le Panthéon de Chenavard sera donc comme une espèce d'encyclopédie de l'art renfermant le passé et le présent, déjà illuminé par l'aube de l'ère future. Historien des religions anciennes, il est le prophète de la religion nouvelle, le règne de la Raison, dernière et suprême évolution de l'humanité.
Avantage qui n'est pas à dédaigner dans ce temps où les gouvernements se chassent comme les vagues sur la rive, ni la royauté, ni la république, ni la dictature, ni le despotisme n'ont rien à rayer sur ses murailles. Aucun fait crûment contemporain n'y pourrait choquer les aversions ou les rancîmes d'un régime quelconque. Certes rien n'était plus facile que de couvrir ces vastes surfaces de sujets irritants et de flatteries peintes à l'adresse du jour. Il ne
manque pas de petits faits que l'orgueil de ceux qui y ont participé tend à croire énormes, et dont toute la reproduction eût été accueillie ayec complaisance; mais tout en étant de son temps, Tartiste doit éviter V actualité. Raphaël peignait dans les chambres du Vatican l'jfe>o/e d'Athènes, au lieu de glorifier la victoire de Montepulciano, ou tout autre exploit papal de même force, très - illustre et trèsinsignifiant. L'occasion était belle pour Chenavard de mettre là des tambours, des canons, des troupiers de Sambre-et-Meuse, des grognards de l'empire, mais l'artiste dégage toujours l'idée des faits, et préfère la cause au résultat. Sa large synthèse embrasse tout sans l'alourdir par les détails.
Ce gigantesque travail, l'artiste, contrairenient aux opinions reçues aujourd'hui^ que les œuvres d'art cherchent l'originalité pour principal mérite, a déclaré ne pas vou^ loir l'exécuter lui - même : — il faudrait deux cents ans à un seul homme pour revêtir cet énorme édifice de son vêtement colorié. Mais ce n'est pas là la raison du peintre. Il trouve que les grandes œuvres doivent être impersonnelles, et paraître plutôt le produit d'une mystérieuse agrégation que l'expression d'une nature particulière. 11 est impossible d'assigner leur part de travail aux laborieux ouvriers qui oût élevé et ciselé les cathédrales; excepté quelques noms conservés dans la poussière des chartes, les auteurs de ces chefs-d'œuvre sont inconnus. Chenavard veut que ces tableaux se déroulent sur les murs et sur les frises sans qu'on pense à la main qui les a tracés et fixés.
Tout le travail paraîtra sortir de la même main et de la même palette comme eu un seul jour, et pour ainsi dire
sans eflfort : un Briarée collectif dirigé par une pensée unique accomplira en peu de temps cette besogne cyclopéenne, — un cerveau et mille bras !
Voici la manière de procéder de l'artiste ï il dessine au trait d'une façon arrêtée ses conlpositîons dont il livre un calque à son collaborateur Papety, qui les copie au fusain sur une plus grande échelle. Le talent intelligent et souple de M. Pàpety le rend admirablement propre â ce travail, qui n'exige pas moins d*habileté que d^abnégation. Chenavard arrête l'effet, ôte ou âjolite aux contours, donne de l'accent, et fait de ce dessin exécuté par un autre une chose tout à fait sienùe. Alors on fixe le fusain au moyen de vernis et d'essence pour que la poussière noire ne s'envole pas au premier souffle, et l'on passe au carton définitif, qui a la grandeur du tableau même qu'il représente. Chenavard retouche cette dernière édition de sa pensée, la corrige et lui imprime le caractère. — Ce sont ces cartons qu'il doit faire mettre en place et apprécier par le public avant de commencer à peindre : on verra ainsi toute l'œuvre, et malgré l'absence de tons, on pourra préjuger de l'effet.
Les grands cartons achevés, des esquisses calquées sur les dessins fixés seront peintes d'abord en grisaille avec du blanc et de la terre de Cassel par son collaborateur, puis glacés légèrement par Chenavard des tons qu'il aura choisis. Les bleus, les rouges, les verts seront mis en place. Ensuite, l'esquisse achevée et reprise sera placée à côté du grand carton.
Les peintures murales ébauchées aussi en grisaille par vingt-cinq ou trente peintres amis, disciples ou simples travailleurs, recevront d'après ces esquisses leur coloration
au moyen de glacis que TaHiste directeur pourra continuellement retoucher et rectifier, redressant ainsi les fausses interprétations de sa pensée. De cette sorte, il aura Tavantage d'arriver avec toute sa fougue sur un travail bien assis, solide et régulier, et d'imprimer facilement un style unique à Tœuvre de ces mains diverses.
Gomme on voit, Vintention du maître est de sacrifier à Tœuvre toutes les personnalités, même la sienne; caprice de main, ragoût de brosse, accent individuel, il abandonne ces mièvreries aux peintres de chevalet. A Tépoque de développement où nous sommes, Toriginalité d'un artiste, si piquante qu'elle soit, ne peut suffire à défrayer les travaux gigantesques et collectifs faits pour les multitudes ; il faut que l'ordre et la méthode viennent au secours de la science et de l'inspiration.
Chenavard, s'il s'est peu préoccupé du faire, semble avoir trouvé une science nouvelle, les mathématiques de la composition. On dirait que, par une analyse sagace et patiente, il s'est rendu compte de la manière de composer de tous les maîtres, qu'il a désarticulé leurs groupes, pénétré le secret de leurs lignes, mis à jour leurs artifices, découvert leurs habitudes et leurs tics même. La composition pyramidale à ligues convergentes ou divergentes, à simple ou double foyer, à un ou plusieurs plans, plafonnante, balancée, rhythmique, à contre-poids, avec ou sans repoussoirs, il connaît tout; il a combiné toutes les manières possibles d'assembler des figures, il connaît les types générateurs des groupes, le point de départ et d'arrivée des lignes, et peut mettre un géomètre au service de l'artiste.
Cette qualité si neuve , si inconnue, donne, sans qu'elle ait été cherchée le moins du monde ^ une originalité pro-
fonde à Vœuvre immense dont nous venons de reproduire, autant que la plume le peut^ les principaux linéaments et les intentions les plus importantes.
L'on comprend^ d'après ce que nous avons dit^ que le mérite d'exécution^ proprement dit, est tout à fait secondaire dans un parail travail. Cependant, la méthode suivie par Tartiste, dont le but a été d'écrire sa pensée avec le crayon, comme le poète le fait avec la plume, ne laisse •rien à désirer sous le rapport de la science pratique et du métier. Titien, Paul Véronèse, Corrége ne procédaient pas autrement, et l'aspect général ie ces peintures maintenues dans la gamme de la fresque , sans en avoir la crudité et la sécheresse, aura certainement un aspect très-doux et très-harmonieux.
Lorsque M. Ledru-Rolin donna le Panthéon à Ghenavard, et ce sera peut-être le seul acte de son ministère ,dont la postérité lui saura gré, on s'étonna du mode de rémunération demandé par l'artiste. Cette idée de peintres payés à raison de dix francs la journée, — c'est le prix auquel le maître lui-même avait évalué son travail, — ^parut un peu singulier et blessa quelques susceptibilités, fort honorables d'ailleurs : on voulut voir là une dégradation de l'art, très-imaginaire à notre avis. — Qu'importe que ce soit le tableau et le travail qui soit payé? Pierre-Paul Rubens, qui n'était pas un rapin, demandait un florin par heure et ne se croyait nullement déshonoré pour cela. ,
Cette manière est la plus sûre, la seule peutrètre, de conduire à bien ces immenses travaux, et l'expérience en prouvera toute la sagesse. — Dans deux ans, les cartons seront mis en place et livrés à l'examen public. Dans huit
M i'a&t mobernb.
ans, leg peintures terminée» feront du Panthéon le riyal de flaint-Pieire de Rome, et sur une table de marbre l'on gravera rinscription suivante : a Ckenavard invenit, deli" mamt et direxit adiunœuttbus Papety, Comairas, etc. »
Septembre 4 B|8,