CHAPITRE DEUXIÈME
LES GARLOVINGIENS
Sommaire. - Le Charlemagne des légendes, le Karl le Grand de l'histoire. — Ses successeurs. — Déchéance des Carlovingiens. — Puissance des évêques. — L'architecture religieuse, civile et militaire au ix" et au x» siècle. — Les meubles. — Le trône. — La couronne. Costumes et armes. — Les abbayes. Les rubrkateurs et les manuscrits. — Ornementation carlovingienne. Céramique et orfèvrerie.
^^1^^ ^ ARL LE Grand, Garolus magnus,
Gharlemagne, pour parler « en langage chrestien, » restera malgré tout l'une des plus belles figures de l'histoire de France ; car.
comme le dit M. Duruy, « la somme de bien accomplie par lui dépasse de beaucoup ce qui n'est que vaine renommée et ambition stérile. »
La légende a cerné sa tête d'un nimbe lumineux, qui l'a fait rayonnant à toujours, et, lorsqu'on l'étudié dans les chroniques de son temps, il est plus grand encore, peut-être, que dans les héroïques récits des poètes du moyen âge.
* Le frontispice de ce chapitre est composé d'ornements pris dans les manuscrits carlovin-
i02 L'ART NATIONAL.
Dans l'épopée de Thérould, le glorieux fils de Pépin Courte-taille a huit pieds de haut; son front est immense, sa barbe, couleur de neige :
Charlemagne em'pereur à la barbe fleurie.
Ses yeux de lion étincellent dans l'ombre de ses épais sourcils ; il mange comme un géant : le quart d'un mouton, un paon, un lièvre, deux gelinottes, plus une oie tout entière, et vide d'un seul trait des hanaps d'une grandeur colossale.
Sa force est immense. Dans ses doigts nerveux, il brise aisément quatre fers de chevaux; il tient sur la paume de sa main des chevaliers qu'il élève jusqu'à sa bouche pour les baiser gracieusement, et d'un seul coup de Joyeuse, sa vaillante épée, il pourfend de la tête en bas un preux tout armé séant sur son cheval.
Quand il s'avance, couronne en tête, les épaules revêtues d'un manteau de pourpre chargé d'or, fièrement appuyé sur son sceptre, serrant d'un genou vigoureux son bon cheval Teucidor, les plus courageux tremblent dans le fond de leur cœur.
Didier, du haut des murailles de Pavie, voit s'avancer son armée et, d'un œil triste, il énumère ces masses d'hommes qui viennent attaquer sa ville.
D'abord, ce sont les machines de guerre qui soulèvent au loin dans la plaine des nuages de poussière épaisse. — Voici le roi, demande-t-il à Ogierqui se tient près de lui, et le Danois lui répond : Pas encore.
A la suite défilent les soldats, puis les gardes, vieux guerriers qui ne connurent jamais le repos. — Cette fois au moins Charles est avec ceux-ci. — Pas encore, répond toujours le compagnon du roi lombard.
giens de la Bil)liolliî'quc nalionalo : 1» Livre des É'janfjHex, ancien fond» lalin ; 2" Manuscrit de l'an 989.
La lettre K est prise dans le livre de prières de Liiilhard, écrit pour le roi Charles le Chauve; les ornements qui l'entourent, dans Icvangéliaire de Godescalc, écrit pour Charlemagne, et le cadre dans un manuscrit de la Bibliothèque de Bruxelles, évangéliairc du ix» ou du X» siècle.
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Alors paraissent les évêques, les abbés, les clercs de la chapelle et les comtes. — Cette fois, c'est lui qui se dresse au milieu de cette troupe si richement caparaçonnée, et Didier s'écrie : — Descendons et cachons-nous dans la terre, loin de la face d'un si terrible ennemi.
Fig. 81. — L'empereur Lothaire. — Tire d'un livre des Évangiles, écrit et orné pour ce prince. (Bibliothèque nationale, no 256 de l'ancien fonds latin.)
Mais Ogier lui répond. — Tout ceci n'est pas même l'escorte du grand empereur. Quand vous verrez les moissons s'agiter d'horreur dans les champs et le Pô, ce fleuve de feu, se réfugier de crainte sous vos murailles, vous pourrez croire qu'il s'approche, — et comme Charles, couvert d'une armure brillante, la main gauche armée d'une lance et la droite appuyée sur son invincible épée , se montre à l'horizon, Didier chancelle et tombe à terre, tremblant comme la feuille agitée par le souffle de la tempête.
Charles est toujours, dans la légende, accompagné par les douze pairs de France, nobles hommes majestueux et terribles, que suivent de loin leurs écuyers, faisant vibrer dans le vent une forêt de lances et des étendards sans nombre.
Fig. 82. — Le roi Charles le Chauve, d'après la Bible autrefois conservée au Musée des souverains.
A ses côtés chevauche sur Vaillantif Rolland, son neveu, caressant de la main Durandal, lame fameuse qui fait voler sous ses coups les plus durs rochers des montagnes pyrénéennes. — Olivier se tient à sa gauche, portant au flanc la fière Closamonù, « que d'autres quelquefois appellent Haute-Glaire. »
Karl le Grand, de par les poètes, est le sublime chef de tous les paladins du monde; « merveilleux homme, dit Blancardin, qui conquit Fouille et Galabre, et vers Angleterre, passant la mer salée, rapporta de si loin le tribut à Saint-Pierre. » Héros incommensurable, qui
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vainquit cent nations, Saxons, Sarrasins, Aquitains, Lombards et autres, dont le seul nom, au dire des envoyés d'Haroun-al-Raschid, faisait pâlir les Grecs et les Macédoniens, qui le craignaient plus qu'ils ne redoutaient les formidables tempêtes de la mer d'Ionie.
Voilà le Gharlemagne des poètes; passons à celui des historiens.
Fig. 83. — Charles le Chauve, couronné roi de Lorraine en 860. Tiré d'un livre de prières écrit par Liuthard.
— D'après Éginhard, qui vécut à sa cour, Karl était un homme gros, mais robuste, à la tête ronde, au cou court, au ventre très proéminent; ses yeux étaient vifs, son nez un peu long, ses cheveux entièrement blancs. La mosaïque de Saint-Jean-de-Latran, œuvre de 797, le représente la figure rasée, ayant pour toute barbe une simple moustache longue '. Son costume très simple différait peu de celui du
1. La barbe gri/fuigne, on le voit, n'a jamais existé que dans l'imagination des poètes. Charles était trop Sicambre de race pour porter autre chose que la longue moustache de ses a'ieux, k-s Hipuaircs. La mosaïque du ti-iclinium de Léon III a été exécutée de son temps, et nous
peuple : il portait toujours la saie dos Vénètes, des pantalons de toile de lin, serrés aux jambes par des bandelettes croisées, et, quand il sortait, une peau de brebis, garnie de ses poils, ou quelque manteau sombre orné de fourrure '. Deux fois seulement, à Rome, il consentit à revêtir la chlamyde et à chausser le cothurne latin.
Il mangeait peu, haïssait l'ivrognerie et se contentait, sur les quatre plats qu'on lui servait régulièrement à ses repas, d'un simple rôti qui était son mets de préférence.
En revanche, sa soif de science était immense. Esprit curieux et investigateur, il eût voulu tout connaître dans le monde des idées comme dans le monde des faits. Savoir était pour lui une passion irrésistible et comme un besoin personnel. Il parlait le latin aussi bien que le tudesque; il entendait le grec, mais ne parvint jamais à le prononcer convenablement. Pierre de Pise lui enseigna la grammaire;
pouvons voir d;ins la figure agenouillée qu'elle reproduit un portrait pour ai^^i dire authentique.
Court vùtii, les jambes ornées de bandelettes, la tète coifTée d'un bonnet plutôt que d'une couronne, cette image est bien loin, quand on sait la regarder, de celle du Charlemagne des légendes. M. Charton, dans sa remarquable Hisloire de France, en a publié une reproduction très fidèle, à laquelle nous renvoyons le lecteur (tome \", p. 183).
Une statuette en bronze, autrefois conservée dans le trésor de la cathédrale de Metz, nous donne encore un Charlemagne avec simple moustache, assez semblable h celui de Saint-Jean-dc- Latran. Cette œuvre passe pour avoir été fabriquée à l'époque carlovingienne ; nous la croyons beaucoup plus récente. M. Charton l'a de même publiée, dans les documents originaux de son premier volume, p. 181.
1. 11 se raillait sans cesse du luxe et de la vanité des grands seigneurs de sa cour, qui tous avaient adopté les riches costumes de soie des Orientaux.
Un jour, c'est le moine de Saint-Gall qui raconte cette anecdote, qu'il se reposait à Aquilée après la guerre de Lombardie, il trouva près de la porte de sa chapelle, comme il sortait d'ou'ir la sainte messe, une troupe de ces jeunes gens endimanchés, et tout reluisants de broderies et d'étoffes voyantes. — Il pleuvait à verse. — Beau temps pour la chasse, cria le roi. — Allons, mes enfants, ?i cheval ; partons comme nous sommes, nous n'avons que faire de rentrer au logis nous changer. — Charles avait jeté le matin sa fameuse peau de mouton sur ses épaules. Les chiens furent amenés, les chevaux s'élancèrent, et tout le jour, à travers les halliers, les ronces et les épines, on poursuivit la bête jusqu'au fond de la forêt prochaine. A la nuit, lorsque rentrèrent les chasseurs, les gentilshommes n'avaient plus sur le corps que des lambeaux sans forme. L'empereur lança son vêlement rustique aux mains d'un valet. — Demain, que tous se présentent ici dans le même coitume, ordonna-t-il. — Honteux et mécontents, quand ils vinrent à l'heure dite dans le triste équipage de la veille, Ciiarles les accueillit en souriant. — As-tu fait sécher mon manteau? dcinanda-t-il au comte qui se tenait près de lui. — La peau de brebis, blanche et toute fraîche, lui fut remise par le serviteur. La montrant alors aux jeunes hommes, il se contenta de leur dire : — Ceci vaut mieux que vos guenilles. — Il y avait beaucoup du futur Béarnais, dans le fils de Berthc au grand pied.
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Alcuin, la rhétorique et la connaissance du cours des astres ; Théodulfc, la poésie et la musique.
Il devint fort habile à chanter au lutrin. « Il essaya aussi d'apprendre à écrire. C'est Eginhard qui le raconte [Vita Karoli Magni,
I'"ig. 84. — Kntrevue fabuleuse de Constantin et de Cliarlemagi.e, d'après les vitraux de Saint-Denis.
xxv). Il portait partout avec lui des tablettes et du parchemin qu'il plaçait sous le chevet de son lit, afm de s'exercer, quand il avait un moment de libre, à tracer des caractères; mais il réussit peu dans cette étude, pour l'avoir entreprise trop tard. »
En fait de littérature, son goût consistait surtout à essayer de chercher le sens symbolique des Ecritures sacrées.
On trouve la quête du mystère au fond du caractère de la race
germanique. Il ambitionna toujours de connaître le dessous de la Bible et des prophètes.
Alcuin lui répétait sans cesse qu'il voulait faire de sa capitale une nouvelle Athènes. Karl ne comprit jamais rien à cette idée de
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Fig. 85. — Tours et remparts carlovingiens, d'après : l" un manuscrit du ix" siècle, conservé à la Bibliothèque nationale, manuscrit latin Astronomie, fonds Saint-Germain, no 434 ; 2o Commentaires d'Ilnymon sur le livre d'Ezéchiel, même fonds, n» 303.
renaissance païenne. — Virgile! Virgile! répétait-il à l'archevêque Rikulfe, qui passait pour un admirateur du chantre de Didon et du pieux fils d'Anchise, j'aimerais mieux posséder l'esprit des quatre évangélistes que celui des douze livres de V Enéide.
11 méritait bien d'être Voint du Seigneur ; aussi fut-il très flatté du nom de David, qu'on lui donna dans l'Académie un peu barbare où Théodulfe se nommait Pindare, ce même Rikulfe Damœtas, Alcuin
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Alhinus Flaccus , Èginhar d Calliopeus , Anghilbert Homère, et les princesses Gisèle et Gondrade, Lucia et Eulalie.
Fig. 86. — Palais d'un roi carlovfngien, d'après une miniature d'un manuscrit du ixe siècle, à la Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles.
Les femmes jouèrent un très grand rôle à la cour de Gharlemagne; pour son compte, il en eut neuf.
La première, Himiltrude, fille de sa nation (on sait que la race de Pépin appartenait aux Francs Ripuaires), d'une condition infé-
Heure, lui donna plusieurs enfants. Il la répudia pour épouser Desiderata, la fille de Didier, roi des Lombards, qu'il renvoya à son père au bout d'une année.
Après, il prit pour femme Hildegarde, qui mourut à Thionville, en 783; puis Fastrade, fdle du comte Rodolphe, femme altière et cruelle, qui ne laissa dans la vie du roi que des souvenirs de cruauté. Fastrade était une femme de race mérovingienne.
Après la mort de cette Frédégonde d'un nouveau genre, Karl
Kig. 87. — Galeries et maisons earlovingiennes, d'après un manuscrit du xo siècle, Biblia sacra, conservé à la Bibliothèque nationale.
s'unit à Liutgarde, femme de race allemande, jeune enfant à peine plus âgée que les filles d'Hildegarde et qui partageait leurs jeu.x et leurs travaux.
Il la perdit à Tours, en l'an 800, à l'époque de son couronnement comme empereur.
« Après sa mort, Karl ne contracta plus de mariage légitime ; mais il prit quatre concubines, Mathalgarde, Gherwinde, Saxonne de naissance, Régina, qui engendra Drogo et Hughes, et Adalinde, dont il eut Théoderic. » Eginhard ne nous apprend pas si Karl eut ces quatre concubines l'une après l'autre ou toutes ensemble, ce qui est probable; car le très sage Karl fut fort adonné aux femmes jusque
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dans sa vieillesse. (Henri Martin, Hisioiî^e de France, tome II, p. 33(5.) Les mœurs du palais étaient quelque peu relâchées. Karl témoignait une grande indulgence pour les faiblesses de ses enfants et de ses amis. « Il aimait tant ses fils et ses filles, qu'il ne prenait jamais ses repas sans eux, et les emmenait dans tous ses voyages. Ses fils
Fig. 88. — Intérieur de la cour d'un palais du temps de Charlemagne, d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, no 510.
chevauchaient à côté de lui ; ses filles le suivaient de près, sous la protection d'une arrière-garde de soldats du palais préposés cà ce soin. »
Elles étaient très belles, et il avait pour elles une tendresse extrême. L'évêque Théodulfe nous représente les filles d'Hildegarde venant l'une après l'autre déposer un tendre baiser sur le front blanchi de leur vieux père et le couronnant tour à tour, Berthe de roses, Hothrude de violettes, et Gisèle de lis odorants. — Le tableau tracé par le poète épiscopal est plein de charme et laisse deviner pourquoi
l'empereur, ne pouvant se priver de si douces caresses, ne voulut jamais consentir à marier aucune de ces charmantes princesses.
Hélas! Ces belles et vives damoiselles se dédommagèrent amplement, sans scrupule, du refus que faisait leur père de les marier. — « Elles avaient presque toutes des amants parmi les personnages les plus distingués du palais. — Anghilbert, avant de devenir abbé de Saint-Riquier, avait eu de la princesse Berthe trois enfants, dont l'un fut l'historien Nithard; on connaît les amours d'Himiltrude et d'Odillon; Rotrude, fiancée dans son enfance à l'empereur d'Orient, eut aussi un fils naturel. » (Henri Martin, tome II, p. 337.) Eginhard, enfin, fut le préféré de la belle Emma, fille ou nièce de Gharlemagne '.
Quand mourut l'empereur Charles, le premier acte de son dévot successeur, ce pieux mystique « dont les lèvres ne s'entr'ouvrirent jamais assez dans un sourire pour laisser voir ses dents blanches, » le premier devoir de Ludovicus pius fut de purger le palais de tous ces hommes néfastes qu'il appelait les complices de ses sœurs.
Le Débonnaire, après son sacre, dépêchadonc vers Aix-la-Chapelle Warnaire et Lambert, gens austères et chastes, comme tous ceux qui
1. La chronique de Lauresheim, monastère qu'Éginhard enrichit de ses dons ei où il mourut, raconte, au sujet des amours de cet illustre historien, une anecdote très intéressante, qui nous donne en quelques lignes un aspect tout à fait nouveau, mais très vrai, de la cour de Gharlemagne.
Eginhard poursuivait Emma de ses déclarations brûlantes. Après une résistance convenable, la belle s'était laissé prendre ; mais, comme on devait avant tout sauver les apparences, leur union resta longtemps cachée à tous les yeux. Los rendez-vous se donnaient la nuit, dans le bâtiment occupé par les jeunes filles du roi. — Or, un beau malin qu'Éginhard sortait, il se trouva qu'il avait neigé et qu'un blanc tapis couvrait la cour entière, vierge d'aucun sentier. — Des traces de pieds d'homme sortant du gynécée, c'était un peu compromettant pour ces dames ; comme il hésitait, la belle Emma lui tendit ses épaules, et, l'amour lui donnant des forces, elle le transport i jusqu'à la porte extérieure de ce coin du palais. Mais il se trouva que Charles, ce même jour levé bien avant l'aurore, assista d'une fenêtre de son logis à la scène de cet amoureux voyage. Eginhard l'apprit le lendemain de la bouche même d'Emma. Il sollicita tout aussitôt du roi une mission lointaine. Karl ajourna sa réponse ; puis, à quelque temps de là, comme il se trouvait au milieu de ses conseillers et de ses courtisans, il raconta lui-même l'aventure, leur demandant quelle punition méritait le secrétaire infidèle. Tous le condamnèrent aux peines les plus terribles'. Karl alors se contenta de répondre à Eginhard : « Tu as fait parvenir à nos oreilles les plaintes de ce que notre royale munificence n'avait pas encore répondu dignement à tes services. Si j'avais connu plus tôt ton désir, je t'aurais accordé les honneurs qui te sont dus. Comme je veux te voir toujours fidèle à moi et attaché à ma personne, je te donne en mariage ma fille, celle qui, ajouta-t-il en riant, fa si docilement porté. » [llist. populaire de la France, p. 118.)
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l'entouraient du reste, avec ordre de chasser impitoyablement les criminels démons incubes et succubes, qui menaient à mal le saint troupeau.
L'un de ces monstres, Hodoïn, osa se défendre; on le massacra
Fig. 89. — Tours carlovingiennes, tirées de la Bible de Cliarles le Chauve et du manuscrit de V Astronomie. (Bibliothèque Dationale.)
sans pitié ; quelques autres s'enfuirent ; puis, le roi survenant, il fil arracher les yeux à Tullius, le dernier survivant des galants de la cour.
On relégua les belles princesses dans des monastères et dans des abbayes. Leurs femmes, nombreuse escorte de servantes dont elles aimaient à s'entourer, furent ignominieusement jetées dehors : puis Louis, frappant de son front pendant des heures entières le pavé des églises, demanda pardon à Dieu de ce scandale et, l'affaire terminée, rendit grâce au Seigneur.
l'art national. — il 8
Nous n'avons pas, heureusement, à faire ici l'histoire de ce règne de prosternation continuelle, où le fils indigne de Karl le Grand
Kig. 90. — Maisons carlovingiennes, d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale. (Commentaires sur le livre d'Ézéchiel et Astronomie.)
se courbe sans cesse devant tout ce qu'il sent le dominer, lui infime. Ici, c'est au pied d'Etienne IV qu'il fléchit le genou, par trois fois, baisant humblement la terre que vient de fouler la mule de celui qu'il appelle l'envoyé du Seigneur.
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Là, il demande à Dieu pardon d'avoir crevé les yeux de son neveu Bernard et se soumet spontanément à la pénitence canonique, en se traînant aux pieds des évêques auxquels il demande l'absolution de
Fig. 91. — Eglise de Saint Martin d'Angers, actuellement entrepôt des tabacs.
son crime. Ce que craint surtout cet homme, c'est le courroux céleste, qu'il a provoqué par les péchés de son peuple et les siens propres; sa seule préoccupation est d'implorer et de se soumettre à tous les arrêts du ciel.
A Saint-Médard de Soissons, il s'étend sur un cilice ; il ôte sa ceinture et son épée, lève au ciel ses bras désolés et revêt avec une joie sainte la robe de pénitent que lui présentent des moines.
Kig. 92. — Chapelle de Saint-Michel-de-l'Aiguille, près du Puy-cn-Velay.
Au moindre prétexte, il s'enfuit dans des abbayes, passe ses nuits à pleurer comme une femme, chasse de sa pensée, par haute pudeur, la belle Judith, son épouse légitime, la reprend et la quitte à nouveau sur un simple signe de ses prêtres.