CHAPITRE TROISIEME
LES BYZANTINS
Sommaire. — Les premiers Capétiens : l'an mil et VApocahjpse de saint Jean. — Les monstres dans les sculptures des cathédrales, dans les manuscrits, dans les meubles. — L'Agneau. — TA et l'Q. — La Croix. — La Trinité. — La Main divine. — Le Christ suzerain universel. — Le Royaume de Dieu et l'Église militante. — Forteresses épiscopales. — Première réaction des écoles françaises. — L'Art national en Auvergne. — La statuaire au xi" siècle. — Cbûfcaux féodaux. — .\rmcs. — Costumes de la noblesse et du peuple.
VEC Louis V, fils de Lothaire, que les historiens appellent Louis Y Enfant, ou Louis le Fainéant, disparurent de France les derniers vestiges de la race carlovingicnne.
Charles le Gros , après son odieux pacte avec les Normands devant Paris, avait été déposé par les évêques; il s'en fut mourir de ji^^ douleur et de misère chez les siens, dans les provinces rhénanes.
Ses successeurs s'aliénèrent de plus en plus les esprits, dans tout le royaume, en faisant soutenir
Le frontispice de ce chapitre est formé : 1" d'une première bande provenant d'au frag-
leurs prétentions à la couronne par leurs parents de Germanie.
Charles le Simple, le stuUus que nous connaissons, malgré ses rapports quotidiens avec le fameux Haganon, son favori, qui prenait en public le chapeau du roi pour s'en couvrir la tête, ne releva guère le prestige de la couronne.
Après lui, sous la main puissante de Hugues le Grand, duc de France, qui avait si sagement refusé le sceptre, porté par deux de ses ancêtres, Eudes et Robert, régnèrent successivement Raoul de Burgondie, dont les chroniqueurs font à peine mention; Louis d'Outremer, que son mariage avec la sœur d'Othon d'Allemagne avait germanisé de plus en plus. Celui-là se contenta d'être simple roi de Laon ; car, de l'héritage du grand Karl, il n'était resté pour tout fief à ses chétifs descendants que cette ville et la petite province du Soissonnais.
Après lui vinrent Lothaire , qui fut empoisonné par la reine Hemme, sa femme ; puis Louis V enfin, son jeune fils, dont on ne peut expliquer la mort rapide que par un crime longtemps prémédité.
Le changement de dynastie si bien préparé par Hugues le Grand, « froid et prudent calculateur, qui avait passé sa vie à agrandir, à fortifier, à enraciner sa maison dans le sol, » (Henri Martin, t. H, p. 516) se fit donc sans révolution apparente.
Hugues Capet \ son fils, comte de Paris et duc de France comme lui, n'eut, pour ainsi dire, qu'à tendre la main pour se saisir de la couronne.
Une assemblée, composée des grands (primates) et des évêques, fut convoquée à Senlis. Le Capet avait pour compétiteur Karl de
ment de frise en pierre conservé au Musée du Puy-en-Velay; 2° d'un motif [central copié sur le ympan de l'église de Colleville-sur-Mer (Calvados) ; 3» d'une ornementation prise dans l'église de Saint-Germer.
La lettre A a été dessinée d'après un manuscrit du xi^ siècle, appartenant à la bibliothèque de Poitiers.
1. Ce surnom de Capet vient, dit-on, de la grosseur de sa tête [capito). D'autres le font dériver de cappatus, bien pourvu de chapes, c'est-à-dire de riches abbayes. Du Gange prétend qu'on l'appela Capet parce qu'il se couvrait ordinairement le front d'un capuce. M. Henri Martin, qui trouve bien frivoles toutes ces origines pour un nom si fameux, croit qu'il lui fut donné à cause de son naturel opiniâtre et persévérant : Hugues VEntélé, de caput (tête).
Nous laissons îi de plus experts le soin d'élucider la question.
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Lorraine, l'oncle du dernier roi. Adalbéron, jeune prélat, bel esprit et rhéteur, amant, dit-on, de la reine Hemme, présidait la séance. « Confier le sceptre à Karl, s'écria-t-il, jamais ! il a ravalé la dignité française en se mettant sans honte au service d'un roi étranger; énervé dans une hideuse torpeur, il n'a pas la foi qui sait gouverner; d'ailleurs, les royaumes ne s'acquièrent point par droit héréditaire, mais par noblesse de sang et sagesse d'esprit. Choisissons Hugues, illustre par ses actions et sa puissance, et nous trouverons en lui un protecteur, non seulement de la chose publique, mais encore de la chose de chacun. » (Henri Martin, t. H, p. 547.)
Tous applaudirent, et, du consentement unanime, Hugues fut élevé à la royauté.
De Senlis on se transporta à Noyon, et là, le métropolitain et les autres évêques sanctionnèrent, par l'onction du sacre, le choix de l'assemblée nationale et l'irrévocable déchéance de la race carlovingienne (juillet 987).
Sylvestre H, de Rome, consulté, approuva tout. « Hugues, écrivait-il, était roi de fait et par ses œuvres. » Dieu le bénissait.
Les saints eux-mêmes, si l'on en croit la légende, l'assurèrent de la protection céleste. Saint Valéry, auquel il faisait construire une église, lui parla de sa propre bouche et lui promit la couronne, « à lui et à ses descendants dans les siècles des siècles. »
Après ces augustes paroles, il n'y avait plus rien à dire. La troisième race prenait place définitivement dans l'histoire de France. Tout s'inclina désormais devant le Fih aîné de l'Eglise, titre pompeux que les papes octroyèrent, dans leur bonté souveraine, au nouveau monarque.
Charles de Lorraine, frère de Lothaire, oncle de Louis V, essaya bien de résister quelque temps; mais, fait prisonnier par trahison \ il